Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La note et le Verbe

5 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

musique.JPGPrédication du dimanche 3 juin 2007

Installation de l'orgue de l'Ecole de musique dans le temple

I Samuel X, 1 à 6
Matthieu XI, 16 à 19

« A quoi comparerai-je cette génération ? » Ainsi présenter, on peut facilement voir dans cette courte parabole, un simple mouvement d’humeur, Jésus déplorant que ses contemporains ne soient jamais satisfaits. Pourtant, cette comparaison est plus riche d’enseignement qu’un simple mot de mauvaise humeur, elle nous parle de ce qu’est la Parole, nous renseigne sur l’articulation entre la prédication de Jésus est celle de Jean le Baptiste et nous éclaire sur notre propre attitude par rapport à la Bonne Nouvelle.

Un air de flûte, une complainte… C’est par la musique que Jésus représente le message porté par Jean le Baptiste et par lui-même. Cette image, il l’emprunte à l’Ancien Testament. Par exemple, le signe distinctif de ces prophètes que le futur roi Saül doit rencontrer, c’est qu’ils sont musiciens. Or le prophète, c’est celui qui parle de la part de Dieu, et cette musique jouée par les prophètes est sans aucun doute considérée comme un moyen utilisé par Dieu pour nous faire parvenir sa parole. Alors pourquoi cette image ? pourquoi la musique ?
Tout d’abord, parce que la parole de Dieu veut atteindre le plus grand nombre : ce n’est pas un secret qui se murmure à l’oreille des seuls initiés. Or d’une part la musique porte loin, de plus loin que la voix humaine et d’autre part la musique est bien plus universelle que la parole humaine. Bien sûr elle change selon les cultures mais ces différences culturelle n’est jamais une barrière infranchissable et je peux tout à fait être touché au plus profond de mon être par une musique d’une toute autre culture que la mienne.
Ensuite, la musique parle à notre intelligence au delà de notre intelligence. Il me semble, en effet, que la musique est plus que le langage de l’émotion. Il y a de l’intelligence, de l’intellect dans la musique et celui qui sait l’entendre, qui sait l’analyser ne perd rien au niveau de l’émotion mais enrichit, élargit cette émotion. J’avoue mon peu de culture mélomane, mais en entendant parler certains bon amateurs de musique, j’ai acquis la conviction qu’une œuvre musicale en plus d’être belle peut être intelligente, intéressante. Il en va de même pour la Parole de Dieu. Elle ne nous demande certainement pas de renoncer à notre intelligence, à notre esprit critique. Le maître mot de la foi, ce n’est pas « ne cherche pas à comprendre ». La Parole éveille notre curiosité, attise notre intelligence mais elle nous pousse à aller encore plus loin. Contrairement à ce qu’on pense trop souvent, comprendre et ressentir ne s’opposent pas, ils peuvent aller ensemble et s’enlacer pour nous apporter une richesse encore plus grande…
Enfin, la musique conduit toujours au geste. C’est un doigt qui se dresse et bat la mesure, c’est une  tête qui se balance, c’est un pied qui marque le tempo, c’est un corps tout entier qui se met à danser… Mais même pour le moins danseur d’entre nous (et croyez-moi je sais de quoi je parle), il faut vraiment résister de toutes ses forces pour en pas être mis en mouvement par la musique. Il n’y a pas de différence profonde entre le mélomane qui marque la hoche doucement la tête en écoutant un concert et l’adolescente qui danse en rangeant sa chambre, un walkman vissé sur les oreilles. Les deux sont mus par leur musique. Il en va de même pour la Parole de Dieu, il est impossible de la recevoir et de ne pas être mis en action. C’est comme pour la musique, si je n’ai pas envie de me mettre en mouvement c’est que je ne la reçois pas…
D’ailleurs, en revenant à notre texte, les musiques évoquées par Jésus ont pour but de conduire à une action : le chant funèbre qui entraîne la lamentation et la musique de fête qui conduit à la danse. Les enfants de la comparaison le disent « on est allé d’un bout à l’autre de notre registre, et vous n’avez pas réagis… » Avec cette parole, Jésus n’oppose pas son ministère à celui de Jean le Baptiste, il lie les deux. La repentance proclamée par Jean (le chant funèbre) et la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus (l’air de fête) vont ensemble, ce sont deux face de la même médaille.
Je commence par l e chant funèbre. La repentance n’est pas la haine de soi. La haine de soi, c’est le déni (je déteste tellement mon action que je ne suis même pas capable d’assumer ce que j’ai fait) ou bien l’autoflagellation (je me vautre dans ma culpabilité et dans mon désespoir et passe mon temps à me punir)… La repentance n’a rien à voir avec cela. Dans la Bible, se repentir, ce n’est pas seulement  regretter d’avoir fait quelque chose et ne rien pouvoir y faire, c’est aussi changer, être transformer. Mon repentir n’est pas un regret stérile, c’est l’affirmation que je suis libre vis à vis de mes erreurs passées et que je peux prendre une autre route. Et ce nouveau départ, c’est la bonne nouvelle : parce que je suis aimé de Dieu gratuitement, je suis libre vis à vis de ma propre faiblesse, vis à vis de mes propres échecs…
Le chant funèbre et l’air de fête sont étroitement lié,  et Jésus le souligne en renversant l’ordre chronologique. Ce n’est pas d’abord Jean, puis Jésus, la repentance puis la Bonne Nouvelle. Non ! tout est indissociablement lié. Tout comme il est bon de pouvoir pleurer au moment du deuil, il est bon de pouvoir pleurer sur nos limites, nos échecs, nos fautes. Il est bon de ne pas tout garder en nous, de pouvoir exprimer, c’est à dire faire sortir ce qui nous fait souffrir. Et cela, sans peur d’être jugé, sans désespoir parce que nous savons que quoiqu’il arrive nous sommes aimés. Ainsi, même les larmes procèdent de la joie de la Bonne Nouvelle. Nous pouvons jeûner avec Jean le Baptiste pour manifester le changement de notre vie, mais n’oublions pas que Jésus mange et boit avec les pécheurs pour manifester une alliance nouvelle, une réconciliation complète…
Mais ce chant qui est tour à tour lamentation et hymne, les contemporains de Jésus refusent de l’entendre. Ils s’esclaffent de ce que Jean le Baptiste jeûne, ils s’indignent de ce que Jésus mange. Quelle que soit l’attitude, à leurs yeux, elle n’est jamais la bonne…

Eh bien ce refus d’entendre est finalement assez rassurant.
Rassurant d’abord parce que comparer la parole de Dieu à la musique est à double tranchant. En effet, on sait que la musique, par sa puissance émotionnelle, par les effets qu’elle a sur le corps, peut facilement devenir un moyen redoutable de manipulation.
Si tu veux contrôler le peuple commence par contrôler sa musique disait Platon
Alors, si la parole de Dieu est comme une musique, et une musique intensément émotionnelle (un chant funèbre, un air de fête), il y a de quoi s’inquiéter : ne sommes nous pas manipulés ?
Et voilà que le chant s’avère impuissant, que les hommes refusent de l’entendre. Ce qui montre bien qu’ils conservent toute leur liberté. La musique ne nous agit que si elle nous atteint. Exactement comme la parole. Et ici, nous voyons bien que la Parole n’est pas une tyrannie écrasante, mais qu’elle reste légère, offerte à tous mais sans contrainte aucune.
Cette liberté laissée aux hommes, c’est aussi une liberté pour la parole. En effet que l’homme la reçoive ou non, la chanson ne s’arrête pas. Elle reste dans l’air, accessible à chacun. Et cela c’est un soulagement pour nous aussi bien comme récepteurs que comme témoins.
En effet, cette parole offerte comme une musique. Nous devons bien reconnaître que nous ne l’entendons pas toujours… Eh bien que notre surdité ne nous fasse pas désespérer. La musique reste dans l’air, attendant que chacun d’entre nous l’entende et se laisse agir par elle. Y être sourd aujourd’hui ne signifie qu’elle soit définitivement perdue pour nous.
Et puis, c’est aussi un soulagement pour nous lorsque nous jouons notre rôle de témoins (ce rôle que Jésus nous confie)… En effet, lorsque nous reprenons cette Bonne Nouvelle comme un chant, lorsque nous tentons de la faire entendre au monde, nous sommes souvent agacés, parfois blessés par l’indifférence polie, voire l’hostilité que le monde oppose à notre chant… Mais nous oublions dans ces cas là que nous ne sommes pas tenu au résultat, notre rôle n’est pas de hurler notre chant à l’oreille du monde jusqu’à être entendu. Il nous suffit de fredonner la chanson, comme on fredonne un air que l’on a dans la tête, donnant ainsi à notre voisin une chance d’entendre à son tour cette musique qui libère. Mais si personne ne nous entend, si personne ne nous écoute, eh bien ce verset vient nous rappeler que Jésus lui-même ne fut pas forcément entendu à son époque… Ce qui devrait suffire à nous rassurer et à nous inviter à plus de patience et de modestie…

Frères et sœurs, la Bonne Nouvelle se fait entendre à nous, elle flotte dans l’air comme une musique entraînante, laissons nous saisir par elle, entrons dans la danse et laissons-là nous transformer en musiciens.

Amen

Partager cet article

Commenter cet article