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Jésus, fils de... (1) Fils de Marie ?

1 Juillet 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

 

Pourle mois de juillet, une petite trilogie sur la filiation de Jésus dans l'évangile selon Marc

Prédication du 1er juillet 2007
Marc VI, 1 à 6

N'est-il pas le fils de Marie ?
C'est avec un texte difficile que nous entamons ce cycle sur la filiation de Jésus dans l'évangile selon Marc.
Non pas difficile à cause des frères et des sœurs de Jésus qui sont mentionnés ici. Que Marie ait eu d'autres enfants avec Joseph ne vient en rien contredire les récits évangéliques. La seule chose qui puisse pousser à faire de ces frères et sœurs de Jésus, des cousins, c’est de vouloir absolument que Marie soit perpétuellement vierge. Libre aux catholiques de le croire, mais pour nous protestants, force est de constater que c’est une affirmation dont on ne trouve nulle trace dans la Bible.
La difficulté, ici, c'est que nous sommes face à un échec de Jésus qui nous est difficilement compréhensible.

Revoyons donc un peu ce texte : Jésus revient à Nazareth, dans sa patrie précise Marc. Là, il retrouve vraisemblablement sa famille, ses amis, ceux avec qui il a joué, enfant, ceux auprès de qui il a travaillé. Bref, c'est un véritable retour au pays. Il est chez lui et c'est dans sa synagogue, face aux siens qu'il enseigne. Et tous reconnaissent la sagesse de son enseignement. On est bien loin de l'époque où sa famille, persuadée qu'il avait perdu la tête voulait l'enfermer. Pour le lecteur d'aujourd'hui, tous les ingrédients sont réunis pour un succès éclatant : l'enfant du pays, une prédication qui fait mouche, des prodiges accomplis aux yeux de tous, tout y est !
Et c'est un échec presque complet ! Pourquoi ? Que s'est il passé ?
Ici, je crois urgent de dire à quel point notre société est différente de celle des contemporains de Jésus.
Aujourd'hui, nous accordons plus de valeur à la proximité qu'à la compétence. Nous donnons plus d'autorité à celui qui est « comme nous » qu'à celui qui serait « au dessus de nous ». Notre société se méfie des élites, elle se donne comme stars des gens ordinaires enfermés dans un loft. Politiciens et publicitaires l'on bien compris "le bon sens près de chez vous". La proximité a pour nous plus d'importance que la compétence. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Je ne suis pas certain que la question soit pertinente.
Mais ce qui est sûr, c'est que sur ce point nous différons complètement des contemporains de Jésus. Pour eux, une parole d'autorité venait forcément de haut, d'un intellectuel de renom, d'un docteur reconnu. C’est, en quelque sorte une société de castes, qui n’aime pas beaucoup le mélange des genre. Que le petit charpentier local soit, sans aucune raison, investi d'une si grande sagesse et d'une si grande puissance, c'est insupportable, c'est un bouleversement bien trop important. C’est pour les gens de Nazareth une cause de scandale : ils sont incapables de l’admettre, incapables de reconnaître le bien fondé de son enseignement, quelle qu’en soit la sagesse.
Alors, est-ce que notre différence signifie que nous aurions mieux reçu Jésus s’il était né à Évreux, à notre époque ? Est ce que l’attitude des gens de Nazareth est réellement incompréhensible pour nous ?
En fait, je ne le crois pas. Bien sûr nous donnons beaucoup d’importance à la proximité mais tout comme les gens de Nazareth, nous avons vite fait d’enfermer les gens dans l’image que nous avons d’eux.
« N’est-il pas le fils de Marie ? »c’est à dire : on sait ce qu’on peut attendre de lui,
on sait déjà ce qu’il va dire et s’il sort de cette image que nous avons de lui, s’il se révèle différent, au bout du compte, nous sommes incapables de nous en apercevoir. 
Et cette attitude, nous la rencontrons très souvent. Chez les autres, bien sûr : il nous est, à tous, arrivé de nous sentir enfermé dans l’image que d’autres avaient de nous. Et je suis bien persuadé que si nous y réfléchissons un peu , il nous est, à tous, arrivé d’enfermer l’autre dans une image.

Eh c’est bien ce qui arrive à Jésus. De retour à Nazareth, il est, littéralement, prisonnier de l’image que ses compatriotes ont de lui. Et cela le tient en échec : « il ne parvenait pas à faire à cet endroit le moindre miracle ». Et ce fiasco est, pour le moins, troublant. Cela signifie-t-il que Jésus est comme un bateleur ? Un charlatan qui ne peut accomplir des prodiges que si ses spectateurs croient déjà en lui ? Va-t-il brandir l’excuse de tous les médiums, de tous les spirites : « il y a parmi vous un esprit fort »….
Bien sûr que non ! Ce serait en contradiction complète avec l’évangile de Marc qui est tout à fait capable de souligner le manque de foi des disciples même de Jésus (Mc IV, 40) et qui précise bien que des guérisons eurent lieu à Nazareth. La question n’est donc pas dans la crédulité du public. Mais avec cet épisode, Marc montre bien que reconnaître la sagesse de Jésus ne suffit pas. Si Jésus n’est qu’un maître de sagesse, un enseignant, un maître de la loi alors nous ne pouvons pas recevoir réellement son enseignement. En effet, il est trop radical, trop exigeant, bien trop au-dessus de nos forces… S’il n’est qu’un sage humain, alors il est comme le roi du Petit prince qui serait déraisonnable de nous donner des ordres auxquels nous ne pouvons pas obéir… Reconnaître la sagesse de Jésus ne suffit pas. C’est le premier enseignement que nous pouvons tirer de cet échec.
Mais j’irai plus loin, ce texte nous dit aussi que nous tenons Dieu en échec lorsque nous l’enfermons dans nos images. « N’est-il pas le fils de Marie ? Comment pourrait-il nous apporter quelque chose de neuf ? ». « N’est-il pas le Dieu qui juge et qui condamne, comment pourrait-il me sauver ? ». « N’est il pas le Dieu de la loi et des commandements, comment pourrait-il me libérer ? » mais aussi « N’est-il pas le Dieu d’amour, comment pourrait-il me corriger ? » « N’est-il pas le Dieu de la liberté, comment pourrait-il faire de moi un serviteur ? ». Toutes nos images de Dieu sont autant de frein à son action pour nous. En effet, nous avons toujours tendance à opposer le Dieu aimant au Dieu qui corrige, le Dieu exigeant au Dieu libérateur et vice-versa.
Mais Dieu veut me transformer, me guérir de moi-même, faire mourir en moi ce qui me fait mourir et chaque fois que je l’enfermons dans mes images, dans mes étiquettes, je m’oppose à son projet pour moi.
Et si nous cessions de toujours vouloir ranger Dieu dans les cases de notre esprit ? Et si nous acceptions de nous laisser surprendre, interpeller, bouleverser par lui ?

« N’est-il pas le fils de Marie ? » Oui, assurément il l’est. Il s’est fait l’un des nôtres. Il est venu à nous. Il est comme nous. Mais sa parole reste radicalement nouvelle et surprenante. Elle est notre vie et notre libération.

Amen.

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