Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jésus, fils de ... (2) Fils de l'homme

13 Juillet 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 8 juillet 2007
I Samuel XXI, 2 à 7
Marc II, 23 à III, 6

Le texte sur lequel je propose que nous nous penchions ce matin met le fils de l’homme face au sabbat et il m’a semblé que c’était une clé intéressante pour interpréter ce titre de Fils de l’homme que Jésus se donne à travers les évangiles

A la base de cet épisode, une simple affaire de glanage : les disciples de Jésus arrachent des épis dans un champs. Un épisode sans grande importance et on lui préfère souvent les épisodes de guérison le jour du Sabbat : au moins, les enjeux nous semblent plus importants qu’une petite fringale apostolique. Mais en fait, cet épisode précis révèle l’attitude de Jésus face au sabbat dans ce qu’elle a de plus révolutionnaire.
En effet, enfreindre le sabbat pour guérir n’a rien de surprenant pour un juif et bien avant Jésus, on entend des rabbins affirmer que le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. Guérir un jour de sabbat n’a de quoi indigner que les milieux les plus radicaux et ultra-orthodoxes, ceux que l’on qualifierait aujourd’hui d’intégristes. Bien sûr ils existaient à l’époque de Jésus mais cet épisode montre bien que Jésus ne  se contente pas de s’opposer aux intégristes et de proposer un judaïsme modéré et moderne.
En effet, si beaucoup de rabbins admettent volontiers qu’il est permis de faire le bien le jour du Sabbat, ils s’empressent de définir juridiquement ce bien pour lequel il est permis d’enfreindre le sabbat. Or Jésus ne pose ici aucune règle, il ne dresse aucune liste des exceptions permises au sabbat. Et il ne se contente pas d’affirmer son droit à la guérison, droit que la grande majorité serait prête à lui reconnaître. Il affirme que ses disciples on le droit de glaner en plein sabbat. C’est ouvrir la porte à tout les possibles et l’évocation de David est assez provocatrice. En effet, à la lecture de I Samuel 21, 2 à 7, il est évident que la situation n’est pas la même : David ruse pour recevoir les pains d’Ahimelek, il se prétend en mission royale alors qu’il est en fuite, et cette ruse même a lieu dans une situation de vie ou de mort. Rien de tel pour les disciples de Jésus. Du coup, pour leur défense, Jésus évoque ce qui fut une malhonnêteté de la part de David mais sans que ses disciples à lui bénéficient des mêmes circonstances atténuantes que David (la situation d’urgence). On voit donc ce que cette polémique autour du sabbat a de provocateur et de scandaleux. Ce n’est pas quelques exceptions que Jésus propose ici au sabbat mais bien une liberté complète. Mais cette liberté n’exclut absolument pas que l’on respecte le sabbat.
Après tout, celui est déclaré « pour l’homme », c’est à dire « bon, avantageux pour l’homme ». Le sabbat est donc à pratiquer non pas par soumission, pointillisme religieux, il est à mettre en œuvre quand il est avantageux pour nous.
Et c’est là qu’intervient le fils de l’homme

Fils de l’homme (ou plus exactement « fils d’homme »), ce titre reste un mystère pour les exégètes et je ne prétends pas le résoudre ce matin. Je me contenterai de dire ma compréhension de ce titre par lequel Jésus présentait sa mission.
Tout d’abord les faits, les auteurs du Nouveau Testament ne placent se titre que dans la bouche de Jésus (et une fois dans celle d’Etienne lors de sa lapidation), il ne semble donc pas que d’autres aient appelé Jésus ainsi durant son ministère. Ce titre n’évoque rien dans la langue grecque. Il s’agit donc certainement d’une traduction d’un terme araméen, terme qui vient sans aucun doute de l’hébreux. En effet on trouve bien le « fils de l’homme dans l’Ancien Testament. Le problème c’est qu’il fait référence à deux idées assez différentes. Dans le livre d’Ezéchiel ou dans le psaume 8 par exemple, il désigne, assez logiquement l’être humain ordinaire : un fils d’homme, c’est un homme… Mais dans le livre de Daniel, le fils d’homme devient un personnage apocalyptique à part entière et l’expression revêt une dimension bien plus eschatologique.
Alors quand Jésus s’appelle fils de l’homme, affirme-t-il son humanité ? Ou, au contraire, évoque-t-il sa transcendance ?
Eh bien, normand d’adoption, j’ai tendance à répondre : « Les deux, mon commandant ». Jésus est le Fils de l’homme c’est à dire qu’il est ce que nous sommes et nous montre ce que nous serons. En effet, en tant qu’être humain, nous ne sommes pas achevés, nous ne sommes pas encore à l’image de Dieu et Jésus nous révèle ce qu’est l’homme à l’image de Dieu.
Le rapport au sabbat va nous en donner une illustration.
 le fils de l’homme est seigneur du sabbat. Ce n’est pas au nom de sa divinité que Jésus est seigneur du Sabbat. Il ne se présente pas comme un nouveau Dieu venu remettre en question les vieilles règles de l’ancien Dieu. Si Jésus est maître du sabbat, c’est en tant qu’humain ordinaire. C’est parce que le sabbat est fait pour l’homme. Le fils de l’homme est seigneur du sabbat parce que le sabbat n’est pas une règle absolue mais un moyen de mieux vivre. Une conduite qui ne devrait être suivie que lorsqu’elle est bonne pour nous.
- Ah mais alors, si je ne décide de ne plus suivre les règles que lorsqu’elles m’arrangent, ça va être le chaos.
- Effectivement, mais il n’est pas question de ne les suivre que quand elles nous arrangent mais que quand elles sont bonnes pour nous.
- Oui mais alors comment est-ce que je sais quand une règle est bonne ou non pour moi ?
Et voilà qu’entre en scène l’aspect eschatologique du Fils de l’homme. Le Fils de l’homme seigneur du Sabbat ce n’est pas nous dans notre inachèvement. En effet, parce que nous sommes inachevés, nous sommes incapables de savoir quand une pratique est avantageuse pour nous. Et même quand nous le savons, bien souvent, la bonne pratique, le bon chemin s’avère difficile voire impossible. Nous ne pouvons que renouveler le constat de Paul : « Je ne fais pas le bien que je veux mais je pratique le mal que je ne veux pas ». Voilà ce qu’est notre situation actuelle. Et dans cette position, notre revendication de liberté par rapport à la loi n’est que la manifestation d’un autre esclavage. Je ne veux pas faire ce qui est bon pour moi, mais ce qui m’arrange là, maintenant, tout de suite. En cela, je suis inachevé, pas encore tout à fait libéré de cette gangue de boue dont je suis issus.
Mais Jésus, en tant que fils de l’homme vient me révéler ce que je suis appelé à être, un homme parfaitement libre : libre vis à vis de la loi, libre vis à vis de mes pulsions de mort.

Frères et sœurs, cet achèvement, cette véritable liberté, nous ne pouvons pas l’atteindre par nos propre forces. Cela reviendrait à prétendre que nous sommes nos propres créateurs. Et pourtant, parce que nous reconnaissons en Jésus Christ, le fils de l’homme, l’homme véritable, cette liberté parfaite nous pouvons la vivre dès aujourd’hui en laissant le Christ vivre en nous. En effet, en se faisant ce que je suis, Jésus m’annonce et me permet de vivre dès aujourd’hui ce que je serai. Parce que Jésus le Fils de l’homme est également Dieu, le fils.

Amen

 

Partager cet article

Commenter cet article