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La fin des temps, c'est pour quand ?

27 Novembre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

 Prédication du 27 novembre 2005

 

Esaïe LXIII 16 à LXIV 7

I Corinthiens I, 3 à 9

Marc XIII, 32 à 37

Vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est donc avec cet aveu d’ignorance, cet appel à l’imprévu que nous entrons dans la période de l’Avent, qui peut-être la période la plus planifiée, la plus organisée dans le temps de notre église. Calendriers et couronnes de l’Avent : le décompte a commencé. Heureusement, la Bible vient nous rappeler que nous ne savons pas quand aura lieu la mise à feu ! Vous ne savez pas quand ce sera le moment (…) veillez, c’est dans cette ignorance et cette exhortation que nous sommes appelés à vivre notre temps de l’Advenue…

Dans l’évangile selon Marc, peut avant sa mort, Jésus se livre à une petite apocalypse. Apocalypse, c’est à dire révélation mais aussi annonce, annonce de la fin des temps, annonce du retour glorieux du Fils de l’homme. Mais Jésus donne ici une conclusion un peu étrange à cette annonce : « Vous ne savez pas quand ce sera le moment ». Cette conclusion est d’autant plus étrange  que l’annonce commençait avec une description des signes annonciateurs de la fin… J’aime assez cette tension entre « voici les signes qui vous seront donnés » et « vous ne savez pas quand ce sera le moment ». En effet cette tension entre l’introduction et la conclusion  à de l’apocalypse selon Marc reflète très bien la tension entre deux lectures différentes des textes apocalyptiques de la Bible. La première lecture possible des apocalypses, c’est de déchiffrer chaque élément de ces apocalypse afin de pouvoir dater le retour du Fils de l’homme, de pouvoir inscrire la fin des temps dans notre agenda. L’autre lecture possible, consiste au contraire à expliquer que l’apocalypse n’est qu’un genre littéraire de l’antiquité, un genre littéraire qui permet de parler de façon voilée de l’oppresseur et de donner un sens aux difficultés rencontrées… Voilà, résumées et simplifiées à l’extrême les deux lectures proposées par les Églises.  Si vous êtes un peu théologiens, vous savez que c’est la deuxième lecture que préconise le plus souvent notre Église Réformée, en regardant avec une condescendance certaine, ceux qui cherchent à travers ces textes la preuve que le Royaume c’est pour bientôt. En effet, si nous ne savons pas quand viendra le moment, si le maître doit rentrer à l’improviste, c’est assez vain d’interpréter le moindre événement de l’actualité à la lumière de l’Apocalypse. Vain et dangereux même puisque à force de dire : c’est maintenant à chaque trouble de l’Histoire et de finalement se raviser on discrédite complètement le texte. Mais, notre lecture, si savante, si bien documentée est-elle vraiment meilleure ? Ne sommes nous pas en train d’enfermer les textes apocalyptiques dans leur histoire ? Ne sommes-nous pas en train de passer à côté de l’espérance très concrète qu’ils nous offrent ? N’avons nous pas perdu de vue la réalité de ce qu’ils annoncent : l’avènement du Royaume de Dieu au moment même où tout espoir aura disparu ? Sans doute plutôt qu’opter pour une de ces deux lectures, devrions nous garder la tension entre les deux. L’apocalypse nous parle de notre présent mais toute tentative de dater précisément ce qu’elle annonce est vaine.

Vous ne savez pas quand ce sera le moment. Je ne sais pas comment les disciples de Jésus pouvaient entendre cette phrase. Mais aujourd’hui, elle raisonne à mes oreilles comme une des phrases les plus difficiles de l’Evangile. Vous ne savez pas quand ce sera le moment… A l’heure où l'on demande aussi bien aux scientifiques qu'aux mages de nous dire ce que sera demain. A l’heure où météorologues, démographes, économistes, astronomes viennent nous abreuver de théories pour nous dire l’avenir (sur une semaine, quelques années ou plusieurs siècles) ; à l’heure où nous croulons sous les horoscopes grecs, égyptiens, chinois, indiens, celtes et autres, nous les chrétiens qu’avons-nous à répondre à cette question que tout le monde se pose : que va-t-il arriver demain ? « Le Fils de l’homme reviendra mais nous ne savons pas quand… ». Dans un monde qui a si soif de connaître l’avenir, Dieu nous invite à vivre au présent.   A l’heure des agendas, des organiseurs, des emplois du temps, des plannings, des projets de vie, reconnaissez que ce « Vous ne savez pas… » est un peu vague. Comment je la mets dans mon emplois du temps déjà surchargé, moi, la fin des temps si vous n’êtes pas un peu plus précis ? Dans un monde qui aime tout planifier, tout organiser, Dieu nous ouvre à l’imprévu  Vous ne savez pas quand ce sera le moment

Mais ce n’est pas une raison pour faire comme si ça n’allait jamais arriver. La venue du Royaume reste notre espérance et notre prière. Nous ne savons pas quand viendra ce moment mais nous l’attendons. Alors attendons

 

 

Bon, nous avons tenu 2 minutes… C’est long hein, sans rien faire ? Alors imaginez, 2000 ans…  Vous ne savez pas quand ce sera le moment. Et voilà exactement pourquoi Dieu ne daigne pas nous faire connaître ce moment. Afin que nous ne rentrions pas dans une attitude uniquement attentiste. Vous ne savez pas quand ce sera le moment, ce constat se termine sur un impératif : veillez

En fait, contrairement à ce que je disais tout à l’heure, peut-être que la période de l’Avent telle que la vivent les enfants (les miens en tout cas) offre une bonne image de ce que devrait être notre attente. Il y a certes le décompte des jours avant un évènement attendu avec impatience. J’ai été marqué par une prière de Madian enfant « Seigneur fais que Noël arrive, vite ! » Eh bien nous devrions avoir la même impatience vis à vis du royaume de Dieu, c’est en tout cas ce que nous disons « Que ton règne vienne »… Mais, peut-être parce que les adultes les rappelle à l’ordre quelque fois, il n’est pas non plus question de ne vivre que projeté vers Noël. Les enfants continuent à jouer, à se chamailler, à faire leur devoir à avoir leur soucis, à vivre quoi. L’attente est là, bien concrète dans leur cœur, dans leur esprit mais ils n’en oublient pas aujourd’hui. Je crois que c’est l’attente à laquelle Dieu nous invite. Pas une attente passive ou mystique. Jésus nous compare aux serviteurs d’un maître parti en voyage, pas à des mystiques coupés du monde. Veillez, celui qui attend n’est pas à genoux, les yeux rivés au ciel, il est debout, à l’œuvre dans ce monde. Attendre, ce n’est pas être déjà dans l’avenir, attendre, c’est être dans le présent mais sans se laisser enfermer par lui. Attendre, dit Jésus par une parabole c’est être à l’œuvre. Mais la comparaison est concise et c’est justement cette concision qui en dit long.  Tout d’abord, les serviteurs qui se voient confier la maison ne hâtent pas leur retour du maître en accomplissant leur service. Ce n’est donc pas nous qui établissons le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu ne dépend pas de nous.  Ensuite, rien n’est dit dans la parabole sur le sort de celui qui dormira lorsque le maître reviendra. On est suffisamment scandalisé lorsque les paraboles nous montrent un maître punissant ses serviteurs pour noter ici le silence à ce sujet. Veillez, n’est pas une menace, ce n’est pas par peur d’un châtiment à l’heure dernière que nous nous mettons au travail, ni dans l’espoir d’une récompense. Mais simplement parce que Dieu ne nous invite pas à nous couper de ce monde mais à y vivre et y être à l’œuvre.  Enfin, la parabole ne nous dit pas non plus en quoi consiste le travail des serviteurs et Jésus ne précise pas à quelle genre de veille il nous convie. Là encore, c’est à nous de voir quel est le service auxquels nous, chrétiens, sommes appelés dans le monde. C’est à chacun d’entre nous, de voir comment il peut, en tant que chrétien vivre dans ce monde la promesse du Royaume. A chacun d’entre nous de découvrir à quel service il est appelé en attendant le retour du maître de la maison. Si vraiment, il nous faut des indices, je vous rappellerai que la Bible use et abuse de verbe comme aimer (en actes plus qu’en paroles), guérir, servir, soutenir, prier, consoler, témoigner… Et que ces verbes sont tournés vers notre prochain

 Frères et sœurs, nous avons reçu cette promesse, le maître ne nous a pas abandonné, il vient à nous. Que cette promesse nous garde de tout désespoir, de tout renoncement, de tout orgueil aussi. Que notre espérance ne soit pas une fuite hors du monde mais qu’elle illumine notre présence dans ce monde.

Amen

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hector franz 03/12/2005 01:02

...merci pour ce texte, ce message...
Je viens de "perdre" depuis peu l'être qui comptait le plus pour moi, elle incarnait la force, le caractère, l'extrême gentillesse (donner avant de recevoir, c'était son action au jour le jour).
Très "croyante", ou croyante tout court, ou "certaine" que la vie a un sens, je l'accompagnais, moi, son petit-fils, dans les églises...Oui elle était catholique...Imaginez-la, vieille dame au dos courbé, marchant avec une cane, la jambe gauche pliée, bloquée depuis ses 8 ans où elle était tombée et s'était déplacé la rotule...Imaginé une vieille femme veuve aux yeux bleus et cheveux blancs, habillée en noir depuis 67...Lorsque je l'accompagnais dans les églises où elle brûlait des cierges, j'accusais le catholicisme de formalisme, de ritualisme bref de matérialisme...tout ce qui fallait pour nous empêcher de nous élever, d'aimer dieu...Mais je savais qu'elle était sincère, franche, "elle n'avait pas sa langue dans la poche" disait-on. Je savais qu'elle priez dieu tous les jours car j'ai eu la chance de l'avoir avec moi tous les jours. C'était ma grand-mère, elle était tzigane, elle ne savais ni lire ni écrire...mais quelle intelligence et simplicité à la fois!
Quelle bonté! Lorsqu'elle ne pouvais plus marcher, elle pouvais s'inquiéter et m'envoyer aider une vieille voisine qui avais du mal à descendre l'escalier..Lorsqu'elle fut alitée et qu'elle ne se reconnaissais pas dans la glace du placard, elle plaignais cette "pauvre vieille" qu'elle voyait à côté et m'envoyait chercher du café pour elle...
Lorsque j'étais en maîtrise de biochimie et que je ne savais pas où allaient me mener mes études au niveau emploi, j'ai préféré arrêter car j'avais une valeur sûre à côté de moi: cet amour que je lui portais et qu'elle me portait. Rien n'aurais pu remplacer ces moments passés avec elle...Depuis qu'elle est partie à 97 ans, je sais qu'elle est sauvée car elle a aimé, servi, fais confiance à Dieu, prié, accepté les épreuves.
Elle qui a vécu la seconde guerre en dormant dehors, sous les lavoirs quelquefois dans la neige, tenant tête aux SS, s'enlevant le bandeau qu'on lui mettait devant les yeux lorsqu'elle crut être fusillée, n'aimerait pas que je stagne aujourd'hui dans un boulot qui ne me ressemble pas (je travaille dans le nettoyage industriel).Elle qui ne savais ni lire ni écrire, n'aimerais pas (N'AIME PAS, je le sens) que je n'utilise pas mes diplômes. C'était une battante, qui allait de l'avant, toujours très active et donc gardait cette foi en elle comme valeur sûre...La foi, c'est l'essentiel mais Dieu aime les gens actifs:dès lors qu'on a compris que la mort est une invention humaine et que la vie est divine on doit s'efforcer d'aller de l'avant. Même si l'on souhaite que son règne vienne, il faut avancer, se battre. C'est pourquoi je vais personnellement préparer un CAPES, pour plaire à Dieu...
Tout ça pour vous dire que j'aime votre développement:je trouve que vous n'êtes pas catastrophiste, ni même alarmiste mais tout simplement serein, confiant car vous avez la foi et allez de l'avant.
Merci

Eric George 03/12/2005 08:47

Merci, Hector, pour ce témoignage et vos encouragement... En effet, vivre sa foi, son espérance, c'est avant tout vivre sa vie, tourné vers les autres, présent au monde qui nous entoure, sans peur. D'après ce que vous dites, votre grand mère en a été un très bon exemple. Puisse ce témoignage vous aider.
Toutes mes prières vous accompagnent