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Le blasphèmateur et le premier accueilli

12 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

bon-larron.jpgPrédication du 25 novembre 07
II Samuel V, 1 à 3
Colossiens I, 12 à 20
Luc XXIII, 35 à 43

C’est un texte qui peut sembler un peu curieux alors que nous préparons à entrer dans al période de l’Avent mais que je trouve particulièrement intéressant pour sortir du temps de l’Église… Aujourd’hui, nous ne parlerons pas du paradis, mais nous nous interrogerons sur le blasphème et sur la promesse, avant de voir comment cette promesse de Jésus à celui que l’on appelle « le bon larron » peut nous s’adresser à nous.

Commençons par ne pas parler du paradis. Aujourd'hui, tu seras avec moi au paradis. Sur cette brève promesse repose la vision chrétienne classique de l'au-delà. Vous savez ? Celle avec l'enfer où vont rôtir les méchants et le paradis où les gentils vont jouer de la lyre après leur mort... Pour tout dire, cette mention du Paradis me paraît un peu courte pour justifier toute un discours sur l'au-delà. D'autant que c’est l’unique fois ou le paradis est montré comme leu ou aller après la mort et qu'elle est contradictoire avec nos plus anciennes confessions de foi : comment le "bon larron" pourrait-il être le jour même au paradis avec Jésus alors que nous confessons que celui-ci est "descendu aux enfers" ? Bref du point de vue de ce qui se passe après la mort, le seul intérêt de ce passage est d'offrir un contrepoint biblique à l'idée tout aussi biblique  résurrection finale et collective des morts et ainsi de nous conduire à  avouer humblement notre ignorance sur la manière dont la mort sera vaincue. Alors que faire de ce "tu seras avec moi au paradis" ? Eh bien, il me semble préciser très clarement que Jésus ne se content pas de nous rejoindre dans notre souffrance et notre mort mais qu'il nous promet la vie...

Dans ce passage, bien plus intéressante est cette dernière rencontre de Jésus avec deux hommes : ces deux malfaiteurs dont il partage le sort. Ces deux hommes dont nous ne connaissons pas l’histoire mais dont nous savons qu’ils ont mérité leurs sorts (il ne s’agit bien sûr pas de justifier ici la peine de mort et encore moins le supplice de la crucifixion, mais simplement de rappeler que, si l’on s’en tient au texte , ces deux hommes ne sont pas, ne sont pas contrairement à Jésus, des innocents condamnés mais bel et bien des criminels). Il n’y a donc pas ici de bon ou de mauvais larron, simplement les deux derniers hommes qui entourent Jésus. Et ces deux hommes sont, à proprement parler, du gibier de potence
Du premier, le texte nous dit qu’il insulte Jésus, qu’il blasphème dit le grec . "N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous avec » Étrange blasphème, en vérité , on a connu plus cinglant, plus offensant… Bien sûr que les propos du criminels sont à comprendre sous le signe de l’ironie, à mettre avec les moqueries des soldats et des chefs religieux. Mais tout de même, si l’on regarde un peu les mots, quel reproche peut-on faire à cet appel ? Jésus y est reconnu comme Messie et comme sauveur. C’est une prière qui lui est adressée : « Toi qui es le Messie sauve toi et sauve nous avec. »Est-ce dans l’ironie, dans la moquerie, dans le ton que réside le blasphème ? Je ne crois pas… Après tout. C’est bien une vision tout à fait correcte de Jésus de Nazareth qui amène le premier criminel à rire de lui : le messie, celui qui est oint de Dieu ne devrait il pas être triomphant ? Et puis, que peut on attendre d’un sauveur qui ne sauve pas ? Le blasphème du premier criminel, tout comme celui des chefs religieux c’est que leur image du messie, leur image de Dieu est tellement bien étudiée, tellement ancrée dans leurs esprits qu’ils refusent de se laisser surprendre. Et c’est dans ce catéchisme si parfait, dans cette théologie  que réside le blasphème : si Dieu n’est pas tel que je crois qu’il est, alors il n’est pas Dieu. Si Dieu n’agit pas comme je m’attend à ce qu’il agisse alors il n’est pas Dieu. Si Dieu n’est pas conforme à mon attente de Dieu, alors il n’est pas Dieu…
Face à ce blasphème, n’en déplaise à Mel Gibson, il n’y a pas de réponse (dans La passion du Christ, un corbeau vient crever les yeux du blasphémateur) Dieu reste silencieux, en peut que rester silencieux,  face à notre refus de nous laisser surprendre.

En revanche, une réponse va être donnée au deuxième criminel. Et cette réponse est bien plus scandaleuse que le blasphème du premier criminel. "Aujourd'hui, tu seras avec moi au Paradis". Aujourd'hui, tu seras pris dans ma grâce. Ainsi donc, selon Luc, le premier à être pris dans le salut offert sur la croix est un criminel non repenti et même pas chrétien.
En effet, si je m'en tiens à ce que dit le texte, rien ne me permet d'affirmer le repentir du deuxième criminel : il reconnaît sa culpabilité, il affirme qu'il mérite son sort mais n'exprime aucun regret. Pas de "Pardonne-moi", pas de "je suis un homme pécheur". Ici, même si nous voulons ou pensons qu'il y a repentir, nous devons reconnaître que ce n'est pas ce qui intéresse Luc.
Que le second criminel ne soit pas chrétien, c'est une évidence. Mais je voudrais quand même la développer un petit peu. Il n'a pas reçu le baptême, n'a pas participé au repas du Seigneur, il ne confesse pas la divinité de Jésus et sa confession est finalement moins précise, moins théologiquement correcte que l'ironie du premier criminel. D'ailleurs, si ça se trouve, il n'a même pas une confession de foi trinitaire ! Et pourtant c'est lui qui, le premier, est pris dans cette communion parfaite avec le Christ  "Aujourd'hui tu seras avec moi".
Alors que faire de ce récit ? En quoi la réponse au 2eme criminel nous parle-t-elle ?
Tout d'abord, il me semble qu'elle nous met en garde en tant qu'Église contre notre propension à juger, à réclamer de casiers judiciaires vierges, des attestations de repentir en bonne et due forme, des confessions de foi irréprochables, une adhésion sans faille à nos dogmes et doctrines... Rappelons-nous, quand nous posons  nos conditions d'admission, nos critères de christianisme, de celui qui fut le premier accueilli...
Et puis, cette réponse au second criminel est aussi une réponse pour nous quand nous nous demandons comment vivre notre salut dès aujourd'hui. Vous avez remarqué ? Celui qui demande "Sauve-nous tout de suite" n'a pas de réponse mais à celui demande "Souviens-toi de moi plus tard", il est répondu "Tout de suite". Alors, où est le secret de cette immédiateté du salut ? Je le vois dans la confession de foi minimale de ce brigand...
Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes; alors que lui n’a rien fait C'est à dire : « contrairement à Jésus de Nazareth je ne puis me prévaloir d'aucune justice. Je ne mérite pas ce que je demande »
Quand tu viendras dans ton règne. C’est à dire : « je crois que sur toi la mort n’a pas de prise et ne t’empêchera pas de régner. »
Souviens-toi de moi. C’est à dire :  « c’est en toi seul que réside mon espérance. Même si je ne le mérite pas, parce que je ne le mérite pas mon salut ne peut venir que de toi. »

Voilà, frères et sœurs, se tourner entièrement, exclusivement vers Jésus Christ, ne rien attendre de nos propre mérites, c’est vivre, dès aujourd’hui le salut… Voici donc ce que nous pouvons demander à l’Esprit saint, non pas un catéchisme parfait, taillé sur mesure, répondant à toutes les questions,  mais l’affirmation simple que notre seule espérance est en celui qui nous a rejoint sur la croix et dont nous annonçons qu’il est vivant.

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