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La bénédiction

3 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Prédication du 1er janvier 2006
Nombres VI 22 à 27

 En ces temps de nouvelle année, je suis heureux que le texte que nous avons entendu puisse être reçu comme un vœu de Nouvel an. En ces temps, qui ont été pour beaucoup, des temps de fêtes familiales et de retrouvaille, ce texte vient aussi nous faire réfléchir sur la puissance de nos mots. Ce matin, toutefois, je ne parlerais pas de la puissance destructrice de nos paroles, je ne m’étendrai pas sur les mots blessant dont nous sommes la cible ou le responsable. Ce matin, le texte nous fait prendre la mesure de la capacité bénéfique de nos paroles.

 
En effet, la bénédiction, nous le voyons dans ce texte, est avant tout une parole. C’est d’ailleur rendu dans notre langue puisque bénir vient de benedicere : « dire bien ». Le mot hébreux est encore plus fort. Son origine n’est pas certaine mais on sait très bien ce qu’il est devenu. Le terme que nous traduisons par bénir se dit « Barak » et c’est de là que vient le mot baraka, que nous utilisons parfois dans le sens de chance. Mais c’est bien plus, la bénédiction, la baraka est une véritable puissance ; C’est logique : la bénédiction est une parole qui vient de Dieu or, nous le savons, le propre de la parole de Dieu c’est d’accomplir ce qu’elle dit.
 
La bénédiction est donc une parole divine efficace, pourvu, nous dit le texte que les bons termes soit employés. Une parole qui peut lier le nom de Dieu à ceux qui en sont bénéficiaires… Voilà qui a de quoi nous inquiéter… En effet, à cette époque dans ces cultures (sémitiques ou égyptienne), une parole qui utilise le nom de la divinité pour le lier, pour pousser cette divinité à faire ce que l’on veut, c’est le principe même de la magie… Et c’est vrai que la bénédiction peut rapidement devenir une affaire de magie. Elle est d’ailleurs largement utilisée comme telle par un bon nombre de rebouteux. Et puis, plus proche de nous, il est permis de s’interroger : quand on se met à bénir des moissonneuses batteuses, des meutes de chien ou des champs, est on encore dans le domaine du « merci à Dieu » ou dans celui de la magie ? Le glissement entre « être porteur d’une bonne parole qui vient de Dieu » et « essayer de m’approprier par cette parole le pouvoir de Dieu » est rapide. D’ailleurs, le texte biblique est parfaitement conscient de ce danger et les exemples sont nombreux de bénédictions qui « échappent » à celui qui bénit : Balaam, Jacob bénissant les fils de Joseph en croisant les mains, et même Jacob usurpant la bénédiction réservée à son frère sont autant de rappel que quel que soit celui qui bénit, quelles que soient les conventions, la bénédiction, la baraka reste la propriété de Dieu et que c’est Lui qui en choisit le bénéficiaire. Ainsi, la bénédiction n’est pas une formule magique qui capture Dieu, elle est une prière qui se tourne vers Dieu tout en le laissant maître…
 
Ceci dit, il faut bien dire que nous autres, protestants réformés, nous ne courrons pas vraiment le risque d’établir une confusion entre bénédiction et magie. Nous sommes bien trop timide pour bénir pour cela. Il nous faut donc nous confronter à une autre réticence vis à vis de la bénédiction : et si tous cela ce n’était que paroles creuses et formules toutes faites. Joyeux noël, bonne année, soyez béni, c’est bien joli mais nous le savons, les actes valent mieux que les paroles.
Alors « Que le SEIGNEUR fasse rayonner sur toi son regard et t’accorde sa grâce ! »
Paroles, paroles chanterait Dalida… Tout ça, tout ces mots, n’est-ce pas du vent, au bout du compte…
Eh bien, ce matin, avant de parler de la bénédiction, de cette parole qui vient de Dieu, je voudrais mettre une nuance à cette idée que les paroles ne servent à rien, qu’elles sont vides, qu’elles ne sont que du vent… Je voudrai réhabiliter les conventions, les expressions telles que « joyeux noël ! » ou « meilleurs vœux ». En effet, nous savons à quels points nos paroles peuvent être blessantes alors pourquoi ne reconnaîtrions-nous pas aussi à nos mots le pouvoir de faire du bien, de construire, de consoler… Un mot, une carte de vœu, ce n’est sans doute pas grand chose mais cela manifeste qu’à un moment nos pensées sont allées vers l’autre, que nous nous sommes détournés de nous même pour nous tourner vers lui et cela, c’est précieux… Et ça fait véritablement du bien…
La bénédiction appartient à ces paroles agréables à entendre mais elle est bien plus. Nous l’avons vu la bénédiction est une parole qui vient de Dieu. Et la Genèse notamment montre que la bénédiction est toujours du domaine de la fécondité : dans le récit de la création, Dieu bénit les animaux et leur dit « croissez et multipliez » puis Dieu bénit Abraham en lui promettant qu’il serait père d’une multitude. Eh bien notre bénédiction est aussi une parole féconde. « Bénissez ceux qui vous maudissent » nous dit Jésus. Je ne sais pas ce qui se passe pour l’ennemi que je bénis, je ne sais pas si ma bénédiction le change d’une manière ou d’une autre. Mais je sais que ma bénédiction me transforme moi, qu’elle change mon regard. Je ne peux pas bénir quelqu’un et continuer à le voir comme une personne à haïr. Les mots valent peut-être moins que les actes mais lorsqu’ils nous viennent de Dieu, nos mots suscitent nos actes, ils en sont la source.
Ainsi plutôt que de ranger la bénédiction avec nos vœux de bonne année, de joyeux noël parmi les paroles toute faites, mieux vaudrait prier que nos paroles toutes faites, non « bonne année ! » et nos « joyeux noël » deviennent des paroles de bénédiction. C’est à dire non pas seulement des paroles qui fassent plaisir à recevoir mais des paroles qui nous mobilisent nous-même qui les prononçons. Quand je souhaite joyeux noël à quelqu’un que puis-je faire pour que son Noël soit plus joyeux ? Quand je souhaite bonne année à quelqu’un, que puis-je faire pour améliorer son année. Inutile de chercher l’impossible, le difficile, simplement nous laisser un peu plus conduire par nos propres paroles…
 
Frères et sœurs, que nos paroles deviennent parole de bénédiction. Une parole douce à recevoir, une parole tournée vers l’autre et vers Dieu, une parole qui nous transforme et suscite nos actes.
 Amen
 

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casper 06/01/2006 14:01

Bonne année Eric,
puisse ton Dieu apporter pour toi et tes proches le bonheur que chaque homme mérite.