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Un Évangile a-moral

11 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

C'est bien connu, la religion est porteuse de valeurs morales. C'est bien souvent la seule qualité qu'on lui accorde. C'est son rôle, son utilité, sa raison d'être. Cependant...
 
Ne jugez pas, et vous ne serez jamais jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez jamais condamnés ; absolvez, et vous serez absous. (Luc VI, 37)
 
Les prostituées et les collecteurs d'impôts entreront avant vous dans le Royaume de Dieu" (Matthieu XXI, 31)
 
Tout est permis mais tout n'est pas utile (I Corinthiens X, 23)
 
 

Autant d'exemples parmi d’autres encore qui montrent que le message de Jésus Christ est un message a-moral, dépourvu de morale. Comment pourrait-il en aller autrement ? La bonne nouvelle de Jésus Christ, c'est l'annonce d'un Dieu qui aime et qui sauve gratuitement, sans condition, sans tenir compte de nos mérites, de nos oeuvres. Comment pourrait-on édifier une morale sur une telle annonce ? Je devrais plutôt demander "Comment a-t-on pu, comment peut-on continuer à édifier une morale sur une telle annonce ?" La réponse est simple : en déformant l'annonce, en l'édulcorant. Pourquoi cette édulcoration ? Les réponses sont nombreuses. 
- Parce que l'amour inconditionnel de Dieu laisse une liberté effrayante.
- Parce qu'il est impossible de bâtir une société là-dessus.
- Parce qu'on ne peut pas prendre un pouvoir sur les humains avec un tel Évangile.
- Parce qu'on ne fait pas confiance à l'efficacité d'un tel message. On a peine à croire que celui qui reçoit la bonne nouvelle de l'amour inconditionnel de Dieu puisse réellement être transformé par celui-ci. En fait, la leçon de morale nous paraît plus efficace pour le changement de vie (la conversion) que l'annonce de la grâce de Dieu.

 
Nous avons fait d'un message radical une sage leçon de morale et nous récoltons les fruits de cette trahison. En effet, se poser comme juge des autres, c'est s'exposer à être jugé à son tour ; faire la morale, cela implique d'être irréprochable soi-même. Le christianisme a voulu prendre place parmi les religions respectables, pourvoyeuses de morale, il s'est détourné peu à peu de son message originel, jugé trop radical, trop incompréhensible. Aujourd'hui, il paye cette trahison au prix fort, tombant sous l'accusation que Jésus adressait aux pharisiens : "hypocrites !". Il vaudrait mieux continuer a encourir les premières accusations faites à l'Évangile de Christ, celles dont Paul faisait une lettre de noblesse : "Scandale et folie"...

 

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Krka 13/01/2006 13:21

Quand Jésus dit en Jean chapitre 8 verset 11 à la prostituée "Va et ne pèche plus", c'est que Jésus n'approuve pas le péché. Quel est sa définition du péché ? C'est certainement une référence à la Loi de Moïse et à des principes antérieurs. Les principes de la Loi s'appliquent donc à ses disciples.

 

Pour le passage de 1 corinthien 10:23, vu les condamnations sévères que Paul fait à certains pécheurs dans d'autres passages, je pense qu'il s'agit plus de points laissé à la conscience, et donc ce verset serait plutôt une invitation à ne pas abuser d'un droit pour ne pas choquer ses frères.

 

Tu dis, "C'est l'annonce d'un Dieu qui aime et qui sauve gratuitement, sans condition", En Jean 3:16, c'est à ceux qui exercent la foi qu'est promit la vie éternelle.

 

J'ai donc l'impression que l'on peut édifier (je dirai même conserver) une moral avec l'ensemble de ses annonces.

Eric George 13/01/2006 14:12

Jee crois qu'il a un malentendu. Je ne dis pas que la bonne nouvelle de Jésus Christ soit immorale (contre la morale) ni qu'elle conduise ceux qui la reçoivent à faire n'importe quoi...
Tu vois que mon article parle de conversion et de changement de vie. Le "Va et ne pèche plus" donné à la femme adultère procède de la grâce. La sentence contre l'adultère est la mort mais Jésus interpelle ceux qui se posent en juge : qui n'a jamais péché ? qui est digne de juger ? Ici, la morale tombe et avec elle, la condamnation. La femme est donc libérée par une parole de grâce. cette libération en mène pas au péché qui est un esclavage aussi.
Quant à Paul personnellement je crois que ça va beaucoup plus loin. Tout est permis : c'est à dire Dieu vous laisse une liberté absolue mais tout n'est pas utile, c'est à dire tout les chemin ne sont pas bon à prendre... La Bible ne parle pas en teme de morale, de bien ou de mal, elle parle en terme de bon ou de mauvais, de choses qui font vivre et d'autres qui font mourir. Mais surtout, elle rappelle que le pécheur reste aimé et que la rédemption est toujours possible.
Bien sûr que, tout comme toi, j'ai une morale, seulement l'Evangile m'appelle à aller plus loin que cette morale et à ne pas la laisser me rendre juge de mes frères et soeurs

Tthieu 11/01/2006 21:52

Jolie parole de blog!!! J'aime!!!

casper 11/01/2006 19:22

Quel message! quelle critique, j'ai rarement vu des gens d'église capable d'émettre une telle auto critique. Je ne suis pas sur que de telles paroles soient appréciés dans les églises et pourtant elles correspondent assez à ma conception des choses.
Cela rejoint Nietzsche lorsqu'il dit que les disciples ont corrompu le message du Christ...
Ces pages me plaisent décidément bien...

Eric George 12/01/2006 08:31

Merci beaucoup, mais il ne faut rien éxagérer... L'idée que je défend ici est assez répandue dans mon Eglise. peut-être pas majoritaire mais certainement pas rare. D'ailleurs j'étudie avec mes paroissiens le livre d'un penseur protestant qui est bien plus radical dans sa critique : J. Ellul : La subversion du christianisme.
Et puis aux yeux de certains collègues, ma théologie est désespérément classique, eux vont bien plus loin. En tout cas ce que j'ai écrit ici, je pourrais sans problème le dire en prédication : ce n'est pas un blog "sous le manteau"...