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Famille, je vous hais...me

13 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

 

Cette fois, je n’ai pas mis en ligne l’exposé introductif à notre café biblique. Tout simplement parce que pour faciliter l’échange de parole dans la salle et éviter le ping-pong entre l’assemblée et un pasteur désespérément bavard (que mes frères et cousins arrêtent de rire, nous (j’étais du nombre) n’étions que trois à me trouver trop bavard), l’exposé introductif n’était pas de moi. En effet, nous avions décidé de changer un peu la formule en commençant la discussion par un échange profane autour du thème avant de réagir sur un éclairage biblique…

Premier constat, malgré le titre et l’exposé introductif assez complet, l’échange n’a montré la famille que sous un jour positif, comme lieu de mémoire, d’accueil, de transmission de valeur avec une quelques questions importantes « Les parents doivent-ils en savoir plus que leurs enfants ? « qu’est ce qui crée le lien dans la famille ? » et une idée récurrente : la famille est agressée par la société. Cette attitude montre à quel point, le public (majoritairement chrétien) ressentait la famille comme affaiblie, fragilisée et à quel point la famille reste « une valeur chrétienne de référence ».

 

Pourtant, lorsqu’on arrive à l’éclairage biblique, les perspectives changent. La Bible, écrite dans des sociétés dans laquelle la famille était plus forte, est plus nuancée. Bien sûr, la famille y est vu comme une bénédiction : promesse de postérité et de prospérité et en tant que telle , elle est reconnue comme un pilier de la société par les textes « Honores ton père et ta mère afin de jouir du pays que ton Dieu t’a donné ». Mais la famille n’est pas idéalisée, loin de là. Elle est montrée aussi comme un lieu d’enfermement, de débordement et de jalousie. Le premier meurtre biblique est un fratricide et ce n’est pas le seul dans les textes. Avec le nouveau testament, la critique s’intensifie encore. Jésus se montre très sévère vis à vis de la famille, aussi bien vis à vis de la famille en général que vis à vis de la sienne. En fait, la famille est attaqué par Jésus pour deux raisons. Premièrement, elle peut très vite devenir un lieu d’étouffement, c’est dans la famille qu’on est le plus facilement condamné à être ce que nos parents étaient, ce que nous étions enfant ou adolescent… C’est souvent à l’intérieur même de la famille qu’il est le plus difficile de se forger une personnalité à part…Nul n’est prophète en son pays. Deuxièmement, la famille sous son aspect de clan devient facilement un lieu d’isolement, d’étouffement, de rejet de l’autre, de celui qui n’est pas de la tribu et sinon de rejet, du moins d’ignorance. « Préférer ses filles à ses nièces, ses nièces à ses cousines, ses cousines aux autres » pour reprendre le discours d’un politique cela peut paraître tout à fait normal, mais c’est absolument contraire à l’évangile.

 

Pourtant, ces critiques ne sont pas une condamnation de la famille, elles en relèvent juste les aspects problématiques et dangereux, elles nous donne aussi la possibilité d’être libres vis à vis de nos liens familiaux. Certes, il peut paraître difficile au regard des paroles de Jésus de faire de la famille LA valeur chrétienne par excellence, mais il ne faut pas oublier que le langage utilisé par l’Eglise est un langage familial. Les chrétiens de toute confession s’appellent entre eux « frères et sœurs ». Et si ce langage est choisi c’est d’une part pour nous rappeler que nous appartenons à un groupe qui va bien plus loin que les liens du sang mais aussi parce que la famille peut être le premier lieu de la grâce : « on choisit ses copains mais rarement sa famille ». La famille peut être le premier lieu où l’on peut être aimé et apprécié sans avoir besoin de faire ses preuves.

 

Pour conclure, le discours biblique ne consiste pas à dire la famille c’est bien ou c’est mal (même si certains paroissiens semblent maintenant se demander si leur pasteur n’est pas un peu anti-famille (le risque à prendre lorsqu’on sort un peu des sentiers battus de la morale chrétienne traditionnelle pour se frotter aux textes bibliques) )mais il nous offre une libération vis à vis des liens familiaux non pas pour dissoudre ces liens mais pour les vivre au mieux. De plus, la Bible n’offre aucun modèle de famille. Au contraire, écrite dans différentes cultures, elle parle de familles très différentes les unes des autres (la famille clan de l’époque d’Abraham n’a sans doute pas grand chose à voir avec la cellule familiale judéo-romaine de l’époque de Jésus), si bien que quel que soit notre modèle familial nous pouvons recevoir son message et que rien ne nous autorise à établir un modèle familial exemplaire qui en condamnerait d’autres.

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casper 13/01/2006 15:48

Pour info, de quel parti est tiré le programme politique "préférer ses filles à ses nièces, ses nièces à ses cousines, ses cousines aux autres?"
Merci

Eric George 13/01/2006 18:31

C'était une phrase de JM Lepen visant à illustrer le principe de préférence nationale. Principe tout aussi incompatible avec l'Evangile que l'exemple censé l'illustrer...