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Entre l'effort et la grâce

7 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

La foi chrétienne représente une position très nuancée quant à la capacité transformatrice de l’éthique. D’une part, la foi ne cesse de parler de ses conséquences éthiques, concentrées dans le terme agapè désignant l’amour divin et ses répercussions dans les relations entre les humains ; d’autre part, elle conteste que l’éthique puisse sauver l’homme de l’emprise du mal et briser l’horizon de sa finitude. Autrement dit, la foi chrétienne demande l’effort, et qui dit effort, dit aussi éthique. Mais ayant un sens aigu des limites de l’éthique et par conséquent de la puissance libératrice de la loi qui ordonne l’éthique, elle commence par annoncer cette promesse que l’homme est libéré de toutes les figures de la mort avant même qu’il commence à agir. Celui qui prend cette promesse au pied de la lettre est sauvé, quand bien même après cela, il souffre mille morts ou devient victime de sa propre défaillance ou de celle des autres. La foi chrétienne ne commence donc pas par l’éthique. Elle commence par la promesse qui lui est propre. Ensuite, mais seulement ensuite, vient l’éthique.

« Les catholiques croient au salut par les œuvres alors que les protestants croient au salut par grâce.» Flemming Fleinert-Jensen tord ici le cou à cette idée fausse. Il rappelle tout d’abord que pour les chrétiens, catholiques comme protestants, la justification de l’homme, sa raison d’être est d’abord dans un geste gratuit de Dieu, un geste d’amour.
Mais cette mise au point ne doit pas faire oublier les différences… Et Fleinert-Jensen nous entraîne à la suite de Paul de Tarse, de Martin Luther, il examine la déclaration commune sur la doctrine de la justification signée en 1999 par le Vatican et la Fédération Luthérienne Mondiale et ainsi, il présente à la fois la réelle proximité entre catholicisme et protestantisme sur la question de la justification (l’individu est toujours plus que son destin, que la somme de ses qualités et de ses défauts, son identité ne se résume pas à son histoire mais il la reçoit d’un autre) et les différences qui demeurent (pour être rapide, on pourrait dire que pour les catholiques, dans la justification, la grâce de Dieu est première alors que pour les protestants, elle est seule). Ce qui est particulièrement appréciable c'est que ce parcours sur la justification en trois grandes étapes, n'oublie pas les transitions, il nous parle rapidement de l'évolution du christianisme après Paul et n'oublie pas après Luther, le concile de Trente et la Contre Réforme...
Mais Entre l’effort et la grâce ne propose pas seulement un regard historique sur la doctrine de la justification, il nous invite également à réfléchir sur ce qu’est la loi, sur ce qui est de l’ordre du « reçu » et, loin des caricatures et des mauvais procès, sur la place occupée par l’éthique dans le catholicisme et le protestantisme (Flemming Fleinert-Jensen se concentre bien sûr sur la pensée luthérienne, mais le réformé que je suis n’a pas vu grand-chose à redire).
Bref, malgré un titre dont il aurait fallu, à mon avis, inverser les termes, une bonne approche de cette question qui est au cœur non seulement du christianisme mais de toute réflexion sur l’humain…

Flemming Fleinert-Jensen : Entre l'effort et la grâce. Essai sur la justification de l'homme. Ed. Cerf

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marie 14/03/2008 17:22

Pour compléter les références catho ( ou simplement chrétiennes ;-))) Lc 17, 10-10) De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques (inutiles) : nous n'avons fait que notre devoir. »

Très cordialement

Eric George 14/03/2008 18:09

Ca, c'est bien une référence commune (donc chrétienne). Et je vous rejoins : elle exprime bien l'idée d'oeuvres absolument indépendantes de la grâce. Aucun salaire, récompense ou conséquence à retirer de notre travail.

marie 16/02/2008 22:10

Encore une référence bien "catho" ;-))

http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P1A.HTM

article 302 et suivants

Cordialement

marie

marie 16/02/2008 21:59

Cher Éric,

Je crois être tout à fait catholique (et j'espère partager ma foi avec les Luthériens ;-))) quand je dis que la grâce suffit mais que Dieu qui offre gratuitement son amour et son salut (qui s'offre Lui-même) attend une réponse de l'homme que sa Grâce, seule, rend possible.

http://www.portstnicolas.org/spip.php?article1004

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/documents/rc_pc_chrstuni_doc_31101999_cath-luth-joint-declaration_fr.html

20. Lorsque les catholiques affirment que, lors de la préparation en vue de la justification et de son acceptation, la personne humaine « coopère » par son approbation à l’agir justifiant de Dieu, ils considèrent une telle approbation personnelle comme étant une action de la grâce et non pas le résultat d’une action dont la personne humaine serait capable.

S'il y a différence (de sensibilité ?), c'est plutôt que les Catholiques insistent sur la possibilité pour un baptisé, un justifié, de refuser la grâce, de la gaspiller, de s'éloigner de Dieu et, à l'inverse, sur le fait que des non-baptisés, sans qu'il y ait eu de leur part refus volontaire, qui auront vécu selon leur conscience, seront tout autant sauvés par grâce également. En Jésus, le salut est offert à tous les hommes. Jésus est mort pour tous les hommes. C'est comme cela que je comprends Matthieu 25,31- 26,6. Dieu ne peut pas nous sauver contre notre volonté mais nous n'avons qu'un mot à dire pour être sauvés : OUI !

Tout comme vous, j'espère avec une ferme confiance que tout homme découvrant à sa mort l'amour infini de Dieu, Dieu infiniment Amour, criera ou balbutiera ce oui. En tout cas, je suis sûre que, par grâce, l'amour de Dieu étant infini, il sera donné à chaque homme de pouvoir le faire et je prie pour que tous le fassent … et ne réagissent pas comme l'intendant de Matthieu 25, 14-30 ou Lc 19, 11-17.

Voir http://www.dominicains.be/praedicatio/article_praedicatio.php3?id_article=1062

Cette parabole n'est pas pour nous inquiéter mais pour nous stimuler. Comme les paroles de Jésus en Luc 13.4

Je me retrouve d'ailleurs aussi totalement dans une homélie orthodoxe comme celle-ci :

http://catecheseorthodoxe.free.fr/article.php3?id_article=125

Ou pour faire bonne mesure :

http://www.protestants.org/faq/questions/htm/souffrance.htm

Ce sont des pages sur lesquelles je suis tombée en cherchant mes références ;-))


Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père et … dans l'Eglise catholique !!!

Amicalement

marie

Eric George 16/02/2008 22:49

Chère Marie, La différence est en effet dans cette idée que Dieu attend une réponse de l'homme ou que l'homme peut refuser la grâce. Puisqu'il y a possibilité humaine de dire "non", c'est bien que la grâce est première mais pas tout à fait "seule". Ce qui ne signifie pas que les oeuvres ou la sanctification n'aient pas leur importance (l'article protestant auquel vous renvoyez en est un bon exemple) mais au regard de la justification, elles ne sont rien.La différence est subtile, suffisament importante pour nous distinguer, pas suffisament pour nous opposer. Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père... en plus de l'Eglise catholique romaine... ;o)Très fraternellement

marie 16/02/2008 14:16

Pour reprendre les formules utilisées, si vous dites comme protestant que la grâce est seule (ou première, pour les catholiques), je dirais, comme catholique, que la grâce est seule et qu'elle est première (plutôt dans cet ordre-là). Elle est seule comme Dieu est Unique et comme Jésus-Christ est l'unique Sauveur ; elle est première comme Dieu le Père est la première Personne de la Trinité. Le rapprochement peut paraître audacieux mais il est parlant. Le fait de tenir ensemble des réalités apparemment contradictoires (Dieu et la Trinité,...) me paraît assez courant, pour ne pas dire fondamental dans le christianisme, Dieu étant toujours au-delà de ce que nous pouvons en dire.. Pour reprendre Saint Paul, en Jésus, Dieu s'est réconcilié les hommes, en Jésus, la création a été renouvelée. Il n'y a pas de limite à la grâce de Dieu. Par le baptême, par grâce « pure », nous devenons (protestant, orthodoxe, catholique) fils de Dieu, membres du corps du Christ ; nous sommes introduits dans la vie même de la Trinité, nous y participons. C'est dans la grâce première que les actes du croyant prennent leur valeur. Quand Paul dit : " "Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son corps qui est l'Eglise.", il ne pense pas rien "ajouter" au salut qui nous est offert en Jésus-Christ mais pouvoir y être associé. Ses souffrances, en elle-mêmes inutiles, non recherchées, provoquées souvent par d'autres hommes, sont elles aussi assumées par le Christ et en prennent, par grâce, un poids d'amour et de résurrection. Pour moi, le salut, c'est justement que nos actes puissent retrouver une valeur, que nous soyons réintroduits dans la relation homme-Dieu, introduits dans la vie trinitaire. Et le salut, par grâce, est offert aux hommes de tous les temps, de tous les continents même ceux qui sont morts avant la venue de Jésus (c'est ce que signifie la "descente aux enfers"). Comme dit la liturgie catholique de la veillée pascale : "Bienheureuse la faute qui nous a valu un tel Sauveur !"

Bonne préparation aux fêtes pascales

Eric George 16/02/2008 16:25

En fait, le livre traite de la grâce au regard de la justification. Or sur ce point, le catholicisme dit très clairement que la grâce est première mais qu'il doit y avoir réponse et réponse active de l'homme. C'est en celà que la théologie de Luther s'en distingue.