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Noé (1) : Une actualité antédiluvienne

17 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 17 février 2008
Romains III, 9 à 20
Matthieu XII, 38 à 42
Genèse VI, 1 à 13

Pendant ce temps de carême, je vous propose de suivre un des personnages bibliques les plus célèbres, celui dont l’aventure est le plus souvent représentée, un personnage que l’on réserve d’ordinaire aux enfants. Pourtant, son histoire est tout à fait sérieuse et à bien des égards sombre et tragique. Nous suivrons la geste de Noé.

A quoi ressemblait la terre avant le déluge ? Je veux dire, à quoi ressemblait cette humanité dont la méchanceté se multipliait sur la terre ? Si j’en crois les péplums bibliques hollywoodiens, l’orgie, la violence et l’idolâtrie régnaient sur terre. Et la Bible, qu’en dit-elle ?
Le texte nous parle également de violence : « à cause des hommes, la terre est rempli de violence ». Mais elle ne parle ni d’orgie, ni d’idolâtrie, son propos est bien moins visuel, je crois qu’il faut aller chercher la méchanceté qui se multiplie dans cette histoire mystérieuse de géants engendrés par les fils de Dieu et les filles d’homme. Sur ces fils de Dieu qui trouvent les filles d’homme à leur goût, on a raconté beaucoup de choses : anges déchus ou non, extra-terrestres, récemment j’ai trouvé une interprétation intéressante : les fils de Dieu seraient les descendant de Seth qui se seraient laissé séduire par les descendante de Caïn, les filles d’homme. Mais en fait, savoir qui étaient les fils de Dieu et qui étaient les filles d’homme et même qui était leur progéniture, ces géants et ces héros ne me paraît pas vraiment nécessaire pour comprendre qu’ici ce texte nous parle de confusion et d’autre part, d’orgueil.
En premier lieu, il y a indifférenciation, ce qui est de Dieu et ce qui est de l’homme se mélange. Or cette confusion est un retour en arrière. La création du monde raconte comment Dieu met de l’ordre, comment il sépare la lumière des ténèbres, les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, la terre sèche de l’océan… Et voilà qu’ici tout semble se mélanger à nouveau, retourner au magma originel.
Et cela donne naissance aux héros, à ces hommes qui se confondent avec ces mystérieux géants censés peuplés la terre. Je vois dans ces héros, dans ces géants l’homme qui domine, l’homme qui s’élève par la seule force de son bras, l’homme qui prétend à être, par lui-même, un dieu, l’homme qui veut se faire un nom. Ces héros sont ainsi figure de l’orgueil d’un humain qui refuse sa place de créature et prétend dominer seul le monde. Cet orgueil dont découle toute violence.
Alors, loin du cinéma et des gravures, loin des images grandguignolesque, loin des orgies et des sacrifices humains se déroulant dans l’ombre de terrifiantes idoles, le monde d’avant le déluge, ce monde ou règne la méchanceté est un monde de confusion ou dominent l’orgueil et la violence. Bref, un monde qui ressemble singulièrement au nôtre. En effet, la culture de masse a envahis le monde, et quel que soit le continent on s’habille pareil, on mange pareil on regarde et on lit les même choses, l’homme gagne chaque jour en puissance et prétend chaque jour dominer un peu plus sur le monde qui l’entoure et la violence est omniprésente : le fort écrase le faible, le riche saigne le pauvre…
Il est inutile d’aller très loin pour imaginer le monde antédiluvien, inutile de faire appel à un imaginaire fantastique : il suffit d’ouvrir nos journaux…
Suis-je en train d’annoncer l’imminence du déluge ? Devrions nous démonter les charpentes de ce temple pour bâtir une arche ? Ce serait oublier deux choses. Premièrement ce que je viens de dire sur notre monde n’est pas propre à notre époque. Oui, nous vivons dans une période trouble, une période de mutation mais il ne faut pas rêver à l’âge d’or. La violence, l’orgueil de l’homme et même la confusion ont toujours existé et au regard d’autres époques, je ne suis pas sûr qu’elles soient bien plus grandes aujourd’hui. En fait, je pense que chaque génération humaine ressemble à l’humanité antédiluvienne…
Et puis surtout, le récit biblique du déluge n’est pas le récit d’une condamnation et d’une fin mais celui d’une restauration et d’une promesse. Mais nous aurons tout le temps de parler de ce Noé dont le nom évoque la restauration, et il y a quand même un déluge.

« Toute chair avait une conduite dissolue sur la terre et Dieu dit à Noé : Pour moi, la fin de toute chair est arrivée ! Car à cause des hommes la terre est remplie de violence et je vais les dissoudre avec la terre ». Qu’on lise le déluge comme un châtiment envoyé par Dieu ou comme la conséquence de la malignité des hommes, une chose demeure : le déluge est une dé-création, c’est un retour au tohu-bohu primitif. Le déluge, c’est l’échec de la création, un échec que le texte dit dans des termes très forts : Dieu se repent d’avoir fait l’homme sur la terre. Dieu veut repartir à zéro, tirer un trait sur ce qu’il a commencé et reprendre, peut-être, une œuvre nouvelle sur une page neuve. Et paradoxalement, de cette colère de Dieu, nous pouvons tirer un message d’amour : ce repentir de Dieu nous dit  aussi l’incroyable intérêt qu’il nous porte : notre orgueil, notre violence sont une véritable blessure pour lui. Nous ne sommes rien au regard de la grandeur de Dieu et pourtant, il nous prend tellement à cœur que nous avons le pouvoir de l’excéder, de le faire se repentir. Dieu nous aime d’un tel amour que nous pouvons lui déchirer, littéralement lui retourner, le cœur. On est bien loin du Dieu horloger, indifférent à ce monde, on n’est bien loin d’un Dieu qui nous prend de haut. Cette colère de Dieu face à la méchanceté de l’homme, loin de nous parler d’un juge lointain, nous dit un Dieu dont le cœur saigne pour nous.
Et puis se produit un véritable prodige, quelque chose de bien plus incroyable qu’un déluge de 40 jours qui noie la terre : Dieu ne met pas son projet à exécution : Il renonce à repartir de zéro. En effet, alors que le temps du repentir n’est plus, alors que sa décision est arrêtée : cette terre dissolue sera dissoute, un homme trouve grâce aux yeux de Dieu et en cet homme sera préservée non seulement l’humanité mais la création toute entière.

De cet homme, dont le nom Noé, évoque la restauration, le texte nous dit qu’ « il trouvé grâce aux yeux de YHVH » et qu’il était « juste et intègre et qu’il suivit les voies de Dieu ».
Alors si l’on suit une lecture classique on peut avoir l’impression que alors que Dieu, excédé par la méchanceté de l’homme, décide d’en finir, il se rend compte qu’un homme, tel un petit village gaulois face à l’envahisseur romain, a résisté à la malignité ambiante et que Dieu décide d’épargner cette homme qui sera la bonne graine d’où repartir. C’est une lecture possible, mais compte tenu de l’ordre du texte qui nous dit d’abord que Noé trouva grâce aux yeux de YHVH, compte tenu que le seul signe de la justice de Noé se trouve dans son obéissance au commandement de construire l’arche, on peut légitimement se poser la question « Noé a-t-il trouvé grâce parce qu’il était juste ou Noé a-t-il été juste parce qu’il a trouvé grâce ? » Tout est affaire de lecture et quelle que soit notre réponse à cette question, le résultat est le même : en Noé, c’est toute l’humanité qui est épargnée (et on verra que cette humanité est bien la même avant et après le déluge)

Frères et sœurs, Dieu n’est pas indifférent au mal qui règne dans le monde, son cœur saigne et se révolte lorsque nous nous opposons à son projet créateur. Mais sa persévérance et sa fidélité sont plus grandes encore que sa colère et quand nous revenons au chaos, alors même que tout est perdu, il suscite des justes par lesquels notre humanité et la création toute entière peuvent repartir.

Amen

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