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Noé (2) Un coffre à la mer

24 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

no-.jpgPrédication du dimanche 24 février 2008
Genèse VI, 9 à VIII, 5
Romains VIII, 19 à 24

Après une présentation de cette humanité condamnée au déluge, cette humanité qui reste la notre, nous voici au cœur de la tempête, au cœur du sujet. Dieu effaça tous les êtres qui étaient sur la terre : depuis les humains jusqu’au bétail, aux bestioles et aux oiseaux du ciel, ils furent effacés de la terre. Il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l’arche. Le déluge et l’arche. La destruction et la protection.

Il y a très longtemps, les hommes étaient très méchants. Dieu en eut assez de leur méchanceté. Alors, comme Il ne faisait pas dans le détail, Il décida de noyer la terre et tout ce qui s'y trouvait. Heureusement, Noé était gentil et il eut le droit de construire un bateau et d'y faire monter des animaux pour les sauver.
C'est souvent ainsi que l'on présente l'histoire du déluge. Une histoire édifiante où les méchants sont punis et où le juste sauve le monde. Mais si Noé est incontestablement le héro, si les méchants sont les autres hommes, quelle est la place de Dieu ? Dans un film américain, il serait le supérieur hiérarchique prévenant le héros : "Si vous ne parvenez pas à récupérer les microfilms dans les 12 heures, nous devrons bombarder la ville et vous avec". Bref, un Dieu certes puissant et juste mais incapable d'effectuer une frappe chirurgicale. C'est sans doute aussi pour cela que le récit du déluge est si souvent relégué au rang des contes enfantins. Pourtant, je crois que l’histoire de Noé est sérieuse et qu’elle va bien plus loin que ce résumé rapide.
Qu’est ce que le déluge ? C’est le monde qui se déconstruit. Il ne s’agit pas d’une averse de 40 jours et 40 nuit, il s’agit dit le texte de la voûte céleste, de cette barrière entre les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, qui s’ouvre. Il s’agit donc d’un retour au chaos originel. Il ne s’agit pas de supprimer les humains qui sont décidément trop mauvais mais de retrancher toute vie de notre planète, la ramenant à la terre déserte du commencement. D’ailleurs, la fin du déluge s’inscrit comme le début d’une création : Dieu envoya un souffle sur la terre et les eaux baissèrent. Ce souffle sur la terre inondée est bien le même que ce souffle de dieu qui planait à la surface de l’eau.
Bref, je ne vois pas dans ce récit du déluge l’histoire d’un coup de torchon d’un Dieu en colère, un grand nettoyage de printemps qui s’est passé il y a très longtemps. Le déluge me parle d’un monde qui se désagrège à cause de la folie des hommes, de ce monde dans lequel je vis. Il me dit que l’homme n’est pas la seule victime de sa propre folie : quand la Bible parle de tous les animaux, il faut bien sûr comprendre tout ce qui est vivant. Oui, par son orgueil qui le pousse dans une véritable fuite en avant, par sa violence qui l’empêche de respecter ce qui vit, l’homme oppose à l’acte créateur de Dieu un acte dé-créateur. C’est de cette réalité que nous parle le récit du déluge.
Attention, il ne s’agit pas de voir dans le déluge, une sorte de prédiction qui annonçait avec plusieurs siècles d’avance, ce qui se passe aujourd’hui, le réchauffement de la planète, les catastrophes écologiques ou que sais-je encore. A chaque génération, le récit du déluge parle de son quotidien, de sa peur et de sa responsabilité. Mais ce récit n’est pas seulement menace ou constat, il est aussi promesse.

 Tout d’abord, même en maintenant une lecture littérale, même en conservant l’idée que le déluge est envoyé par Dieu, il faut garder en tête que ce déluge dure 40 jours, un nombre qui dans la Bible signifie la préparation et la reconstruction. Ainsi, même le Dieu terrible qui provoque le déluge est avant tout un Dieu qui reconstruit, qui ouvre un avenir.
Mais surtout, il n’y aurait pas de sens à parler du déluge sans parler de l’arche. Face à ce monde qui se délite, Dieu pose un bateau, ou plutôt, une arche, c'est-à-dire un coffre. Et j’insiste sur ce terme de coffre puisque c’est effectivement ce dont il s’agit : bien plus qu’un bateau, l’arche est un coffre-fort, à l’intérieur duquel Dieu préserve ce qu’il a de précieux : un échantillon de tout ce qui vit, non pas en souvenir mais pour repartir.
Le récit du déluge, bien plus que d’un Dieu qui détruit me parle d’un Dieu qui préserve. Et il m’enseigne bien des aspects de cet acte protecteur de Dieu.
Commençons par le plus tragique : dans ce récit, Dieu ne peut protéger tout le monde. Seule une famille humaine est sauvée. On peut bien sûr rappeler que c’était la seule famille juste (enfin la famille du seul juste serait plus respectueux du texte biblique mais il faut également dire que seul un couple de chaque espèce animale (ou 7 pour les animaux purs). Cela sous entend un choix, un choix qui peut paraître injuste ou arbitraire, un choix qui est sans doute impossible. Mais vaut-il mieux laisser périr tout le monde quand on ne peut en sauver qu’un seul ? Et puis cette dimension tragique est tout de même atténuée si on se rappelle que le récit du déluge se situe moins à l’échelle de l’individu qu’à l’échelle du vivant. Or à l’échelle du vivant : toutes les espèces sont sauvées et c’est là, la volonté de Dieu. L’acte protecteur de Dieu ne nous préserve pas de tous les coups mais il empêche l’anéantissement complet.
Le deuxième aspect évident est la solidarité à nouveau affirmée entre l’humain et le reste du vivant. Si tout ce qui est vivant souffre de la folie de l’homme, l’humain ne sera pas préservé sans ce qui l’entoure. Ce discours peut nous sembler assez banal, abreuvés comme nous le sommes par le souci écologique. Mais il ne faut pas oublier que pour la Bible, l’anthropocentrisme est de rigueur : l’humain n’est pas seulement une partie de la création, il en est le sommet, l’aboutissement. Mais ici, le texte lui rappelle que, quelle que soit sa place, il ne peut exister seul. On retrouvera d’ailleurs cette solidarité dans Paul et même dans l’apocalypse : « un ciel nouveau et une terre nouvelle. »
Fais–toi une arche en bois de résineux ; tu diviseras cette arche en cellules et tu la couvriras d’un enduit, au dedans et au dehors. Voici comment tu la feras : l’arche aura trois cents coudées de longueur, cinquante coudées de largeur et trente coudées de hauteur. Tu feras à l’arche une ouverture d’une coudée, disposée tout en haut ; tu placeras la porte de l’arche sur le côté ; tu feras un étage inférieur, un deuxième et un troisième (Gen VI, 14 à 16) et les légendes juives sont nombreuses qui mettent Noé à l’œuvre à l’intérieur de l’arche pendant et après le déluge, courant de cellule en cellule pour s’occuper des animaux dont il a la charge. L’acte protecteur de Dieu ne suscite pas l’oisiveté, bien au contraire, il met l’homme au travail.
Pour le quatrième aspect de cet acte protecteur de Dieu, il faut faire appel à notre imagination. Après tout le récit du déluge n’est pas seulement un récit théologique riche en symbole et en enseignements, c’est aussi un conte, il nous invite donc à nous projeter un peu. Imaginez-vous donc dans une caisse de  avec toute votre famille. Ajoutez-y un représentant de chaque espèce animale. Dites-vous bien que vous allez y rester un an sans mettre le nez dehors. Imaginez l’enfermement, le bruit, l’odeur et vous aurez une petite idée de la vie de Noé et des siens dans l’arche. Il faudrait dire aussi les choc des eaux déferlent sur l’arche, la peur d’être ainsi à la merci des éléments, le désespoir de ne voir de terre sèche nulle part. Je crois qu’il est important de se représenter cette vie de Noé de façon aussi concrète parce que la protection de Dieu n’est justement pas un cocon douillet et magique. Or, bien souvent, ce qui nous fait douter de la présence de Dieu dans notre vie, de sa protection, c’est justement l’inconfort, la peur, le sentiment de n’être pas tant à l’abris que ça. Sous son aspect enfantin, l’arche de Noé nous parle de façon très réaliste de cette protection qui est tout sauf confortable. Il nous parle de cette protection qui semble si faible alors qu’elle est si forte. Et ainsi, ce texte peut ouvrir une véritable espérance pour tous ceux qui souffrent, pour tous ceux qui doutent, pour tous ceux qui espèrent. Parce qu’avec un tel texte, aucun désastre, aucun doute, aucune peur ne prouve l’absence de Dieu.

Frères et sœur, ce conte de Noé » vient répondre à nos peurs qu’elles soient cosmiques ou intimes. Non, l’humanité ne disparaîtra pas. Non, les tempêtes qui bouleversent nos vies ne signifient pas que nous sommes abandonné de Dieu.

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Danielle 14/03/2008 11:40

Bonjour ! un ptit coucou ! bon vendredi ! bisous !