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La mort de la religion

29 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 29 janvier 2006

Malachie III 1 à 5

Hébreux  II 14à 18

Luc II 22 à 40

Le retour du religieux ! On voit parfois des titres de ce genre dans les journaux. On la croyait vaincue, repoussée dans la tourmente des idées fausses vaincues par la raison mais voilà que la religion revient et qu’elle n’est pas contente. Et cela fait frémir d’horreur les athées qui nous entourent. Eh bien c’est dommage qu’ils ne connaissent pas l’évangile ou qu’ils n’y croient pas, cela les rassurerait. En effet, non la religion ne reviendra pas. Tout au plus assistons nous actuellement à un soubressaut d'agonie. Mais la religion est appelée à disparaître, c'est en tout cas la promesse que nous adressent les textes que nous avons entendus ce matin…

 

Le Temple est sans doute le point commun entre les trois textes que les Lectures pour tous nous indiquent pour ce matin. Malachie annonce le retour de Dieu dans son Temple, la lettre aux Hébreux nous présente Jésus Christ comme souverain sacrificateur ou grand prêtre, la fonction la plus étroitement liée au Temple, Temple qui sert enfin de décors au passage de Luc que nous venons d’entendre. Il n’est pas inutile de rappeler en quelque mots que le Temple est, à l’époque, le lieu par excellence de la religion. Le judaïsme n’a qu’un temple : celui de Jérusalem et pour cause, le Temple étant censé être la demeure de Dieu, vu qu’il n’y a qu’un Dieu, il ne peut y avoir qu’une demeure. (Je rappelle au passage que les protestants français ont fait le pire choix qui soit en appelant leurs église « temple ». En effet, étymologiquement parlant l’église est le lieu où l’on se rassemble, le temple est le lieu où Dieu réside.) Ainsi, le Temple de Jérusalem est le lieu ou le croyant vient se présenter devant son Dieu lui offrir des sacrifices de louange ou de repentance. Les prêtres, attachés au Temple, jouent le rôle d’intermédiaire. Et cet ensemble, lieu, rites, et prêtres est ce qu’il est coutume d’appeler la religion. La religion en effet c’est, d’après le dictionnaire, un ensemble d’actes rituels liés à la conception d’un domaine sacré distinct du profane, et destinés à mettre l’âme humaine en relation avec Dieu (le petit Robert). La religion donc relie l’humain à Dieu (l’étymologie est douteuse mais elle a le mérite d’être claire. Mais elle met aussi de l’ordre, elle sépare le profane du sacré, elle établit une frontière. Or, le Temple avec ses différents niveaux d’accès illustre très bien cette frontière entre profane et sacré. Dans la Bible, la religion est donc étroitement liée au Temple puisque c’est là qu’on lieu les rites les plus importants…  En fait, le véritable point commun entre ces trois textes, ce n’est pas le Temple, c’est justement la religion que le temple représente. Et ces trois textes nous montrent justement la mort de la religion.

 Malachie est, d’après la tradition juive, le dernier des prophètes, après lui, dit le Talmud, le Saint Esprit se retire d’Israël. Le livre de Malachie est sans doute l’un des livres prophétiques les plus religieux de la Bible. Son projet est en effet de restaurer en Israël le bon culte, des rituels justes et un clergé droit. Bref, un livre essentiellement religieux et voilà qu’au milieu de ce projet survient cette annonce. Le Seigneur reviendra dans son temple et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle : en effet, devant lui, nul ne pourra se tenir debout, c’est à dire, nul ne pourra se dire juste. Et Dieu dira ce qu’il condamne, il témoignera dit le texte contre les sorciers et les adultères, contre ceux qui font de faux serments, contre ceux qui oppriment le salarié, la veuve et l’orphelin, qui lèsent l’immigré. Ce ne sont donc pas les mauvaises pratiques religieuses qui sont ici en cause mais bien les relations viciées au prochain et tout particulièrement au plus faible. J’insiste ici sur la défense de l’immigré, mis sur le même plan que la veuve et l’orphelin.  De quoi nous faire revoir l’idée que la Première Alliance est horriblement nationaliste, non ? La vraie relation à Dieu ne se joue donc pas à travers les rituels et prescriptions religieuses mais bien dans les relations quotidiennes à l’autre. En cela, Malachie ne détonne pas par rapport aux autres prophètes. S’il fustige la mauvaise tenue des prêtres, des cultes, des rituels c’est tout simplement parce que cette « mauvaise religion » est la manifestation d’une relation polluée aux autres, mais l’essentiel est bien non pas dans le rituel mais dans le comportement vis à vis du prochain. 

De plus, la religion perd ici une de ses prérogatives, elle échoue à rétablir la relation entre l’homme et son Dieu, à corriger les comportements déviants et c’est Dieu qui vient lui même faire le travail. En effet, ce qui commence par se présenter comme un jugement, ce feu qui vient brûler les pécheurs s’avèrent non pas un feu de châtiment mais un feu purificateur. La menace devient promesse. Ici, le feu ne détruit pas :  il purifie et renouvelle. Ce n’est pas l’humain qui est anéanti mais ce qui l’oppose à Dieu. Bref, le plus religieux des prophète l’annonce déjà, Dieu ne sous traite plus, il ne prend plus d’intermédiaire, il intervient lui-même.

 C’est l’idée reprise par la lettre aux hébreux qui va donner à Jésus ce titre très particulier de « souverain sacrificateur ». Là encore, on est en plein dans le langage religieux : sacrificateur, service de Dieu, expiation. Et pourtant, quel renversement dans ce langage ! Tout d’abord, je vous rappelle qu’en Israël, les sacrificateurs sont une lignée, on est prêtre de père en fils. Or Jésus n’est absolument un membre de cette lignée, c’est donc une remarquablement nouveau de lui donner ce titre. Mais ce n’est pas la plus grande surprise de ce texte. Dans la Première Alliance, le grand prêtre reçoit son titre par sa naissance, c’est parce qu’il est membre de la tribu de Levi qu’il a ce rôle d’intermédiaire entre l’homme et Dieu. Mais ce rôle, il doit s’en montrer digne. Quand le grand prêtre défaille, il attire sur lui et souvent sur tout le peuple la colère de Dieu. C’est souvent le rôle des prophètes de dénoncer la défaillance du grand prêtre. Bref, pour être l’intermédiaire entre Dieu et l’homme, le grand prêtre doit s’élever au dessus des hommes. Il est, par excellence, l’homme qui doit monter vers Dieu. Et voilà que dans la lettre aux Hébreux, le nouveau grande prêtre descend de Dieu vers l’homme. Le nouveau grand prêtre n’est pas celui qui est inaccessible à la tentation, c’est celui qui, alors qu’il n’aurait jamais dû connaître la tentation va souffrir de la tentation. Pour être comme nous ! Encore une fois, c’est un fameux coup porté à la religion en général. L’idée religieuse consiste à élever l’homme vers Dieu et voilà que Dieu s’abaisse complètement vers l’homme pour éliminer tout ce qui nous sépare de lui. Et bien sûr, puisque Dieu a rejoint l’humanité, il n’y a plus besoin d’intermédiaires, de grands prêtres autre que Jésus Christ.

 

Ces notions sans doute très abstraites sont rendues tout à fait concrètes dans le récit de Luc. Au beau milieu de la pratique religieuse classique (les sacrifices ordonnés, le Temple) voilà qu’un événement inattendu se produit. Un événement qui fait passer tout le décorum religieux au second plan, et l’estompe même complètement : un vieillard prend un bébé dans ses bras. Quoi de plus naturel, de plus quotidien que cette scène ? Quoi de plus profane que ce geste ? Et pourtant Siméon le sait : cet enfant, c’est le salut promis à Israël. Dieu a rejoint son peuple, il est entré dans son Temple comme il l’avait promis mais pas dans la toute-puissance, pas dans une manifestation glorieuse qui ne laisserait à l’homme d’autres solutions que de s’incliner. Non, Dieu choisit la faiblesse et la simplicité d’un nouveau né. Un signe si facile à contester. Un signe qui nous demande non une religion, un rituel compliqué mais juste la confiance. A l’intérieur  du Temple même, les atours de la religion tombent, plus besoin de rituels pour rencontrer Dieu, plus de sacré à tenir à l’écart du profane, Dieu vient à nous dans la fragilité d’une naissance, dans la simplicité d’une rencontre. Un vieillard prend un enfant dans ses bras et c’est toute la religion qui s’effondre pour laisser place à la foi, à la rencontre avec le Dieu vivant…

Non, frères et sœurs, la religion ne revient pas. Aucun rite ne nous est utile pour accéder à Dieu. C’est Lui qui est venu à nous. Il a abolit la séparation entre profane et sacré, il a détruit ce qui nous séparait de lui et il appelle aujourd’hui chacun de nous à le reconnaître à sentir sa présence. C’est dans cette rencontre que nos cœurs seront transformés, que toutes nos relations aux autres seront restaurées. La religion peut mourir, la foi demeure et c'est elle qui nous conduit

Amen

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