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Barth et l''être de l'homme en Jésus Christ (2) L'amour

3 Mai 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

[La conversion de l’homme à Dieu opérée en Jésus Christ] se produit (2) dans l’acte de soumission de l’homme aux directives de Dieu – ou, si l’on veut, à sa loi, à son commandement, à ses ordres et ses exigences. Que l’homme accepte que Dieu le dirige, tel est son être sous la forme de l’amour chrétien. Il s’agit encore, sous un angle différent, de l’œuvre du Saint Esprit qui fait de l’homme un chrétien (…)

L’homme ne peut justement voir dans le royaume de la liberté son propre domaine et s’y mouvoir au gré de es fantaisies. S’il le faisait, il prouverait simplement qu’il n’est plus libre, qu’il a déjà secrètement quitté sa vraie place. Le royaume de la liberté est la maison du père céleste, et, pour s’y mouvoir, l’homme a besoin que ce Père céleste le dirige. Et c’est ce qui se produit. La liberté en vue de laquelle il a été affranchi en jésus Christ consiste en ce que l’homme n’est pas seul, laissé à lui-même, réduit à ses propres jugements, livré à son arbitraire, prisonnier de ses caprices. Car s’il était seul, laissé à lui-même etc., cela signifierait qu’il serait retombé dans la servitude dont il a été libéré : la servitude de l’homme rebelle, ennemi de Dieu et perdu. Etre libre veut dire être en accord spontanément et de bon gré avec la liberté souveraine de Dieu. Cette liberté est l’être de l’homme –non pas en soi mais en Jésus Christ, dans le royaume qui, en lui, nous est ouvert et nous enveloppe déjà de toutes parts. Parce que nous sommes libres en Jésus Christ, et non pas en nous-même, parce qu’en lui nous sommes les alliés et les enfants de Dieu, nous avons besoin que Dieu nous donne ne lui les directives divines, lui-même qui nous introduit dans la liberté et nous éveille pour que nous sachions vivre en elle –lui-même qui est notre seigneur et notre roi. En ce sens, il est également notre réconciliateur – l’auteur de notre conversion à Dieu. (…)

A ce sujet, la remarque suivante s’impose d’emblée : la soumission de l’homme aux directives de dieu, c'est-à-dire sa sanctification, est elle-même une forme de réconciliation exécutée et révélée en Jésus Christ –une composante de l’action accomplie par Jésus Christ pour ramener l’homme à Dieu. On n’a donc pas le droit de distinguer la sanctification de la justification, en disant que la première serait la contribution de l’homme à la seconde. La sanctification n’est pas une auto-sanctification, elle ne vient pas compléter la justification accordée à l’homme par Dieu, mais elle se produit par et en Jésus-Christ qui, selon I Cor I, 30 a été fait pour nous à la fois justification et sanctification (…)

De même que, comme le montre ce qu’il a accompli et révélé en Jésus-Christ, Dieu, de toute éternité, n’a pas voulu être sans l’homme, ainsi l’home qui connaît cette volonté divine, ne veut plus être sans Dieu ; et dans tout ce qu’il fait, il est animé par la volonté de chercher et trouver dieu, c'est-à-dire de se mettre en quête de ses commandements, de se laisser guider par ses décisions et comportements, ainsi que par ses directives. L’existence sans amour est un mensonge et une erreur qui se trouvent définitivement derrière lui. Il est ainsi délivré de la crainte qu’il éprouvait ou du plaisir qu’il prenait à compter sur ses seules forces, à se croire responsable de tout, à être son propre maître, etc. Il s’agit là de l’illusion qu’il a abandonnée au moment où il a découvert son lien avec Dieu, et dans laquelle il ne veut plus vivre. Il la connaît certes encore, cette illusion. Elle exerce sur lui une pression constante. Mais elle n’a plus aucun pouvoir sur lui, depuis qu’il a fait cette découverte. Il l’écarte chaque fois qu’elle se représente à lui. Il vit désormais pour chercher Dieu dans toutes ses actions. On peut sans doute parfois décrire l’amour pour Dieu à l’aide de termes plus forts, du point de vue poétique et rhétorique. Mais il ne faut pas oublier que tout ce qu’on peut en affirmer se réduit finalement à la constatation du fait suivant qui ne va certainement pas de soi : l’homme est admis à chercher de son côté le Dieu qui, en Jésus Christ, l’a d’abord cherché et trouvé, lui, un être perdu ; il est donc admis à agir conformément au faire de Dieu et à réaliser ainsi pour sa part la communion qui a été établie par lui. Et surtout il convient de ne jamais séparer l’amour pour Dieu et donc la recherche de Dieu, de l’action humaine qui en découle nécessairement. La contemplation de Dieu, avec la joie qu’elle donne, peut sans doute entrer en ligne de compte (gardons-nous ici d’être par trop fanatiquement des antimystiques !) si elle n’est qu’un moment de l’action qui « met en œuvre » l’amour pour Dieu, mais elle ne saurait remplacer cette action. L’être réconcilié de l’homme – nous voulons dire sa conversion à Dieu envisagée sous le second aspect qu’elle revêt, la sanctification – est un être actif. C’est en agissant qu’on aime Dieu, ou alors on ne l’aime pas. (…) L’amour chrétien est al liberté que l’homme a reçue en cadeau et qu’il lui faut confirmer. Ce serait altérer complètement son caractère essentiel que de vouloir lui assigner la tâche – en soi impossible et superflue – d’accomplir, de concrétiser ou ne serait-ce que de compléter la justification de l’homme. Nul ne peut aimer et n’aimera Dieu sans la foi, c'est-à-dire s’il ne croit pas au verdict que Dieu a prononcé et qui fonde sa communion avec lui. Mais, de même que dans la foi et s’il est vraiment justifié par la foi, l’homme n’a pas le droit de loucher à gauche ou à droite, vers ses bonnes œuvres ou ses péchés, ainsi, dans l’amour – dans ses œuvres d’amour pour Dieu – il n’a pas à loucher vers la possibilité d’établir lui-même après coup ou de corriger le fondement qui a été posé une fois pour toutes. L’amour chrétien n’exige rien de Dieu, il sait qu’il n’y a plus rien à attendre de sa part, qui ne lui aurait pas déjà été donné. Il ne veut pas recevoir quelque chose de Dieu, puisque Dieu est déjà tout pour lui. Il ne veut que dieu lui-même, parce qu’il est Dieu –ce dieu-là ; il désire simplement l’aimer, comme il est permis et prescrit de le faire sans plus, sans réserve et sans arrière pensée, à l’homme réconcilié avec lui en vertu du verdict exécuté et révélé en Jésus Christ. Un amour par lequel l’homme croirait devoir se justifier devant Dieu ne procèderait pas de la foi ; il ne serait pas un amour libre, pur, s’attachant à Dieu pour Dieu lui-même – parce qu’il est ce Dieu là. Il serait redevenu le produit de la vieille mentalité mercantile que nous connaissons si bien, l’œuvre de l’homme qui hait Dieu au lieu de le louer et de le magnifier ; autrement dit, il signifierait que nous sommes retombés dans le climat du péché, de l’alliance rompue. L’amour chrétien pour Dieu, lui, est un amour libre, pur, qui loue et magnifie sans réserve la grâce divine. Il est capital pour l’éthique chrétienne qu’en tant qu’il constitue une forme particulière et indépendante de la conversion de l’homme à Dieu (c'est-à-dire de sa réconciliation avec lui), il soit compris exclusivement ainsi (…)

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