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Une mémoire libérée

19 Février 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 19 février 2006

Esaïe 43, 18-25

Philipiens III, 4 à 9

Matthieu IX, 16 à 17

« Ne vous souvenez pas », cet appel à l’amnésie résonne de manière surprenante dans la Bible. En effet, la Bible est avant tout un livre de mémoire. Alors, replongeons nous dans cette mémoire et voyons ce qu’elle signifie. C’est ainsi que nous verrons de quel passé, Esaïe nous invite à nous détourner et comment cette amnésie devient pour nous libératrice.

"Souviens-toi", « enseigne à tes enfants », « perpétue le souvenir »... Tout au long du texte biblique, Israël est appelé à faire mémoire, à s'enraciner dans son histoire. Cette importance de la mémoire n'est pas propre à Israël. Pour tous les peuples, l'histoire et sa relecture sont des vecteurs d'identité important. Mais cette identité historique est peut-être plus importante pour le peuple d'Israël. En effet, alors que les autres peuples peuvent se prévaloir de leur puissance militaire, de leur richesse, de leurs réalisations scientifiques ou artistiques pour affirmer leur identité, Israël n'existe que par son alliance avec le Dieu unique, or cette alliance se traduit d'abord par des évènements passés, les hauts faits du Seigneur pour son peuple. D'où l'importance primordiale de la mémoire. D'où, aussi, le côté surprenant de cette injonction : "Ne vous souvenez plus des premiers évènements" .Pourtant, faire mémoire, pour les hébreux ne signifie pas "Vivre au passé". Il s'agit plutôt de rendre présent, actuel, vivant les évènements du passé. C'est le sens de la fête de la Pâque juive : faire vivre au présent la sortie d'Égypte. Affirmer que cette libération n'est pas seulement celle des ancêtres il y a des milliers d'année mais qu'aujourd'hui encore Dieu fait sortir de servitude chaque membre de son peuple. La mémoire du peuple juif n'est pas une manière de retourner en arrière, mais bien un appel à vivre au présent. Ainsi, l'invitation à la mémoire et l'injonction d'Esaïe, "Ne vous souvenez pas", se rejoignent dans un même appel : "Vivez le temps présent, habitez l'aujourd'hui"

C'est en effet le sens premier de ce passage d'Esaïe, les temps anciens que le peuple est invité à ne pas reproduire, à oublier, à effacer : ce n'est pas la sortie d'Égypte, ce ne sont pas les jours d' Abraham et des patriarches. Non, bien sur que non ! Ce sont les temps de l'idolâtrie. Le temps où l'on se détournait de Dieu pour s'enchaîner à toutes sortes de rituels très compliqués. C'est assurément le culte des idoles et l'effroyable poids de ses exigences qui est dénoncé ici. Un poids qui se mesure aussi bien en temps qu'en argent. C'est à ce temps de contrainte, d'esclavage religieux que le peuple est invité à ne pas revenir, c'est de ces jours d'idolâtrie qu'il est appelé a s'éloigner pour entrer dans une ère nouvelle. Alors, bien sûr cet appel peut nous sembler un peu lointain. Il peut paraître ne pas nous concerner et disons le franchement, peut-être serait-il bon que le pasteur passe tout de suite à sa troisième partie.

Et pourtant, je voudrais m'attarder un peu. Je sais bien que nous ne brûlons plus d'holocaustes à la déesse de l'amour et de la fertilité pour qu'elle nous garde  éternellement beau, jeune et désirable. Nous préférons les miracles de la gym, des régimes et de la médecine moderne. Nous ne nous astreignons plus à des rituels magiques compliqués pour nous garantir une longue fortune. Nous préférons nous attacher à notre productivité, à nos épargnes bancaires, notre maîtrise du monde des finances et de  la bourse. Aux dieux lares qui protégeaient les foyers, nous préférons les verrous, alarmes et antivol. Nous n'avons plus peur de déclencher le  courroux de quelque esprit vengeur : aujourd'hui, ce qui nous angoisse c'est le décès d'un canard, la menace d’un attentat terroriste ou d’une agression. Bien sûr ces craintes sont bien fondées, de même que l’étaient la peur de la foudre ou de la maladie ou de la bête fauve qui se disait à travers la superstition. Bien sûr nos recettes de jeunesses, de beauté, de richesse sont plus rationnelles que les pratiques magiques de l’époque. Mais sont-elles vraiment plus infaillibles ?  Et surtout, leur but est il véritablement le but essentiel d’une existence ? Alors, peut-être avons nous à nous interroger, en notre âme et conscience : sommes-nous véritablement libéré du temps des idoles, n’est-il pas temps pour nous de renoncer aux jours d’autrefois et de l’esclavage ?  

 

Il y a une autre façon de comprendre cette libération par rapport au passé, une manière tout aussi actuelle. On a beaucoup parlé d’histoire ces derniers temps. Or, on en a pas vraiment parlé d’une façon libre. Après un long moment d’histoire glorieuse, nous sommes passé au temps du dénigrement. Et voilà que l’histoire positive voudrait aujourd’hui refaire surface. Cette oscillation permanente entre une lecture culpabilisée et culpabilisante et une lecture auto-justificatrice de notre histoire traduit une seule et même attitude : nous nous sentons prisonniers de cette histoire, constitués par celle-ci et incapables de nous affranchir. Mais, mes ancêtres ne sont pas moi et pourvu que je ne suive pas les mêmes voies qu’eux, je n’ai pas à me sentir coupable de leur fautes. Cela peut nous paraître logique et évident dans notre culture individualiste et pourtant les débats récents montrent à quel point, malgré notre individualisme, cela nous est difficile à vivre. Alors, pour une culture qui se voyait avant tout comme un peuple, imaginez à quel point cette annonce d’Esaïe est nouvelle.

Inutile d’ailleurs de faire un gros effort d’imagination. Car si cela est vrai pour notre histoire en tant que peuple ou que nation, cela est vrai aussi de notre histoire en tant qu’individu. Je peux échapper à mon passé, c’est la promesse d’Esaïe : je ne suis pas prisonnier de ce que j’ai fait, des erreurs que j’ai pu commettre, je peux commencer quelque chose de neuf. Et cette liberté, je la reçois parce que Dieu décide de pardonner. Car en effet, l’oubli de Dieu, cette amnésie sélective : je ne garde pas tes fautes en mémoire, signifie le pardon. Un pardon qui efface et nous libère. Un pardon qui permet le renouvellement. Ici, l’oubli ne nous empêche pas de tirer un enseignement de nos erreurs, il nous dit simplement qu’il n’est pas trop tard, qu’il n’est jamais trop tard pour nous détourner de ces erreurs, pour faire demi-tour et quitter un chemin qui ne mène nulle part…

"Si c’était à refaire, je le referais…" Je ne pense que cette affirmation est souvent une manière de plastronner, une gasconnade. Bien souvent, nous nous disons plutôt : si seulement c’était à refaire, si seulement je pouvais recommencer.. » Eh bien, parce que Dieu nous libère de notre passé, parce que Dieu nous le permet, aujourd’hui, nous le pouvons. Nous pouvons nous détourner d’un passé porteur de mort, un passé aliénant et commencer quelque chose de nouveau

Frères et sœurs, libres de l’esclavage de notre passé, nous pouvons commencer une vie nouvelle. Libres de la servitude de notre histoire, nous pouvons entamer la construction d’un monde nouveau

 

Du passé, Dieu fait table rase,

Peuple esclave debout, debout

Le monde peut changer de base

De nos liens, Dieu efface tout

Amen

 

 

 

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Commenter cet article

Krka 21/02/2006 15:18

Eugène Pottier revisité :)
 

Eric George 21/02/2006 19:11

Oups, ça s'est vu ? ;o)