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Synode en ville rose

7 Mai 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale


Y a rien à faire, un journal de synode c'est moins intéressant qu'un carnet de voyage (moins drôle à écrire en tout cas).
Contrairement à l'année dernière ce synode n'était pas vraiment historique (on peut pas non plus l'être tous les ans) : pas de grands projets comme celui de la fondation d'une Eglise luthéro-réformée, pas de grands thèmes de société. Seulement un état des lieux des expérimentations en cours dans nos huit régions, quelques discussions sur le DEFAP et Théovie, mais franchement rien de palpitant. Du coup, je n'ai pas tenu un journal de synode et je vous livre juste quelques flash (je devrais écrire flashes, non ?)
Tout d'abord la fin d'un mythe. L'identité du généreux donateur qui finançait des projets selon des critères précis est enfin révélée. J'imaginais un milliardaire huguenot, appelant Marcel Manoel (président du Conseil National de l'ERF) sur une ligne privée. Mais non. Notre généreux donateur n'est ni Robbin Masters, ni Charlie mais une fondation aidant différentes Eglises.

Ici, même les mémés aiment la castagne

Je vais aussi grommeler un peu sur certaines conditions de débats. Une fois de plus deux sujets (sur les trois principaux) ne sont abordés en travail de groupe que par la moitié des délégués synodaux, l'autre moitié devra donc voter après un débat en plénière d'une vingtaine de minutes. Or, cette fois la lourdeur de l'emploi du temps est une excuse difficile à invoquer (deux soirées libres, c'est du jamais vu). Bref, une fois de plus, un vrai débat n'est pas vraiment facilité... Je dois néanmoins admettre que la proposition finale des rapporteurs me paraît reprendre assez fidèlement les différentes opinions exprimées par le synode. Il me reste donc à redevenir consensuel et à saluer la volonté d'écoute et de synthèse de nos rapporteurs mais aussi à lire avec plus de vigilance les prochaines propositions d'emplois du temps. Un jour il faudra que je développe ma réflexion sur cette tension permanente entre le conseil national et le synode, tension que je perçois de plus en plus comme féconde...

Ta violence bouillonne jusque dans tes violettes

Quoiqu'il en soit, c'est quand l'Eglise cesse de se regarder le nombril que ce synode national devient réellement intéressant.
  • C'est ce voeu "Cimade" qui pose, encore, inlassablement, la question de nos politiques d'immigration. Lors de la présentation de voeu, on apprend que la Cimade agace et que les autorités civiles lui demandent  "une communication plus discrète et moins critique". Ben voyons... En fait la ligne de communication de la Cimade n'a pas changé mais elle est de plus en plus relayée; L'Etat osera-t-il aller chercher des interlocuteurs plus dociles ?
  • C'est ce message du synode aux Eglises chrétiennes en Algérie, dont  la situation est de plus en plus difficile : lieux de culte fermés, personnes expulsées.
  • Ce sont aussi les invités du synode :
  • Deux envoyés du Rwanda nous racontent cette Eglise qui doit se reconstruire  après un génocide dont ses membres ont été qui victimes, qui bourreaux. Quand la nécessité et l'impossibilité du pardon prennent un tour terriblement concret...

  • Enfin le représentant de l'Eglise canadienne qui vient nous dire cette démarche amorcée pour la défense des autochtones qui est devenu un véritable chemin de repentance pour l'Eglise. "Nous nous posions en défenseurs, et nous avons découverts que nous étions les perpétrateurs de l'injustice" Et de nous raconter comment l'Etat canadien arracha des enfants indiens à leurs familles, allant parfois jusqu'au kidnapping, pour les placer dans des instituts chrétiens dont le rôle était de leur faire, à force de mauvais traitements, rejeter leur culture. Et la question se pose, avec une acuité nouvelle, de l'acculturation ou de l'inculturation. Peut-on témoigner de l'Evangile au mépris de la culture qui le reçoit ?

C'est peut-être pour ça qu'on te dit Ville Rose

Enfin, ce petit tour d'horizon ne serait pas complet si je taisais le principal plaisir : les coulisses. Je ne m'éterniserai pas sur les retrouvailles de collègues ni sur les discussions de couloir (même si ça m'a fait plaisir de retrouver certains canaques et de pouvoir faire bisquer Laurence parce que moi j'ai revu son vieux copain de groupe de jeunes-euh ! (et qu'en plus on a pu parler boulot sans que nos épouses respectives ne nous séparent manu-militari) et je m'étendrai un peu sur les familles d'accueil.
Ben oui, l'Eglise n'a pas forcément les moyens de loger ses délégués à l'hôtel et le synodal est un individu délicat qui aime trop son confort pour qu'on réquisitionne la première pension du coin. Alors la solution, c'est la famille d'accueil. Comme il est de notoriété publique que je suis un ours, vous vous doutez bien que ce n’est pas une solution qui me séduise tant que ça sur le papier : envahir de parfaits inconnus pendant 4 jours (et envahir au sens fort du terme puisqu’en plus de nous loger,  nos hôtes doivent aussi nous véhiculer matin et soir. Et pourtant, je dois dire que c’est toujours intéressant. Mais cette année, c’était mieux que intéressant. D’abord j’ai été mis à l’aise par une chambre qui aurait pu être ma chambre ado : quelques jeux de société (dont un Space hulk et un tantrix), une bibliothèque où la science fiction et l’héroïc-fantasy côtoient la poésie, il n’en faut pas beaucoup plus pour que je me sente chez moi. Mais surtout, les discussions avec nos hôtes ont été de véritables plaisirs et notre soirée libre n’a pas été le moment le moins enrichissant du synode.  Bref, une rencontre dont on aurait aimé qu’elle se prolonge au-delà du synode… Surtout que mon côté « anxieux sur l’horaire » m’a poussé à quitter le culte comme un voleur pour être certain de ne pas rater mon train et donc à ne pas leur dire au-revoir. Un grand, grand merci à Marie et Alain pour l’accueil, pour les échanges et pour la visite de la ville rose donc.

Pourrai-je encore y revoir ma pincée de tuiles ?

Au terme de ce synode, il est de plus en plus évident qu’ « humour et débat » viennent remplacer « rigueur et austérité » comme mamelles du protestantisme. Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai…


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