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Dieu pour vivre ou vivre pour Dieu

25 Mai 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 mai 2008
Deutéronome VIII, 2 à 16
I Corinthiens X, 16 à 17
Jean VI, 51 à 59

« Je suis le pain de vie », cette parole est bien plus surprenante qu’un gâteau au miel qui vient recouvrir le désert pour nourrir une population affamée. Elle a bousculé ceux qui l’entendaient dans leur sentiment religieux, elle a ébranlé les disciples de Jésus dans leur volonté de suivre le maître et aujourd’hui elle nous étonne encore par le contexte que Jean lui donne.

 C’est ce que Jésus dit alors qu’il enseignait dans la synagogue à Capharnaüm. C’est sans doute aujourd’hui le verset le plus surprenant du texte. En effet, il est impossible, en entendant ce long discours sur Jésus comme pain de vie, sur son corps qui est nourriture et son sang qui est breuvage, sans penser à la Cène. Et voilà que Jean ne place pas ce discours au moment du dernier repas. Dernier repas au cours duquel, il ne place d’ailleurs pas l’institution de la Cène… Alors, Jean n’avait-il jamais entendu parler de ce partage du pain et du vin et de l’ordre donné par Jésus juste avant son arrestation ? Ignorait-il ce rite qui rassemblait les communautés chrétiennes si l’on en croit les lettres de Paul ? Cela me paraît peut vraisemblable : bien sûr les moyens de communications n’étaient pas aussi rapide qu’aujourd’hui mais il ne faudrait pas s’imaginer les premières communautés chrétiennes vivant complètement en autarcie, dans l’ignorance complète les unes des autres.
Mais alors pourquoi séparer ainsi cette parole sur le pain de vie du geste de la Cène ? Eh bien, je crois que Jean nous donne ainsi un enseignement sur le sens profond de la Cène. Il nous oblige à revoir un peu nos querelles de clocher, nos bagarres d’interprétation. La question essentielle n’est pas de savoir comment le Christ est présent lorsque nous partageons le pain et le vin. Ce n’est pas de savoir ce qui est nécessaire pour qu’il soit présent. Ce n’est pas de savoir si Jésus est dans le pain, sur le pain, sous le pain, à côté et de quel côté. La question n’est pas de savoir si le pain est ou non Jésus. La vraie question que nous devons nous poser lorsque nous partageons la Cène, mais aussi à chaque moment de notre vie ; la question que ni les juifs « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger », ni les disciples « Elle est dure cette parole et qui peut la recevoir ? » ne veulent se poser, c’est :
Est-ce que Jésus est le pain de vie ? Est-il la seule vraie nourriture et vraie boisson ?

Le pain de vie, la vraie nourriture et le vrai breuvage : qu’est ce que cela veut dire ? La réponse est simple : il faut manger pour vivre. Jésus est donc ce dont nous avons besoin pour vivre. Et c’est bien cela qui scandalise les opposants à Jésus, bien plus qu’une question d’anthropophagie : les opposants juifs à Jésus ne sont pas stupides, ils savent très bien ce qu’est un langage symbolique. Mais Jésus affirme ici être plus que la manne tombée du ciel. Or la manne, c’est Moïse, c’est la Loi. Jésus affirme être plus que la loi et pour les pharisiens c’est inacceptable !
Mais je crois que nous pouvons aller encore plus loin dans le scandale que représente cette affirmation. Nous connaissons tous cette devise qu’Harpagon voulait faire graver au-dessus de sa cheminée. Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. Et je crois qu’elle est très vraie. Or, si Jésus est la vraie nourriture, le vraie manger et si Jésus est Dieu, nous pouvons entendre : Il faut Dieu pour vivre et non vivre pour Dieu. Quand Jésus affirme être le vrai pain, il se pose contre notre sentiment religieux.
En effet, j’ai, bien souvent la tentation de vivre pour Dieu. Je veux lui plaire. Et, bien sûr, je m’imagine qu’à la clef, il y aura une récompense. Parce que, nous sommes entre nous et je peux vous l’avouer : quand je veux vivre pour Dieu, je veux vivre pour moi. Et puis il y a un  autre avantage à vouloir vivre pour Dieu, c’est que c’est mon choix. D’une part, je peux m’enorgueillir d’avoir fait le bon choix : puisque tant de gens vénèrent de faux dieux voire pas de dieu du tout, faut-il que je sois malin pour avoir choisi le bon ! D’autre part, je peux quand j’en ai ras-le-bol arrêter de vivre pour Dieu. Tant pis pour ma récompense mais quand ça devient trop dur, je peux démissionner et ranger Dieu bien au fond de son placard, arrêter de vivre pour lui… J’ai le sentiment que je ne suis pas tout à fait le seul à avoir cette tentation…
Et voilà que Jésus me dit : Je suis le pain de vie, je suis ce qui te fait vivre. Tu n’as pas le choix. Si tu ne vis pas de moi, tu es mort. Jésus vient renverser mon tranquille sentiment religieux : Il faut Dieu pour vivre. Dieu n’est pas le but que tu décides d’atteindre : il est la seule source de ta vie. Il n’est pas question ici d’avoir une vision utilitaire de Dieu. Dieu n’est pas la cerise sur le gâteau, il n’est pas non plus l’outil qui va me faciliter la vie. Il m’est complètement, absolument indispensable. Je ne peux pas me passer de lui et toute vie que j’entends trouver ailleurs qu’en lui n’est qu’une illusion de vie.

Mais si les pharisiens sont scandalisés dans leur sentiment religieux, les disciples le sont aussi et plus profondément encore : « elle est dure cette parole est qui peut la recevoir ». Et oui, même si je reconnais en Jésus celui qui me donne de vivre, cette idée du pain de vie me heurte. D’autant que Jésus, impitoyablement, passe d’un vague
esqiw manger  au verbe trwgw mâcher, croquer.
Or, ce verbe me renvoie à mon péché, à mon hostilité profonde envers Dieu : manger et à fortiori, manger de la viande, c’est tuer, c’est détruire. J’aimerai pouvoir prélever mon entrecôte sans faire de mal au malheureux ruminant mais c’est impossible. C’est ma nature : je dois tuer ce qui me fait vivre. Et cette tragédie est si profondément ancrée en moi qu’elle s’applique même à ma relation à Dieu. Quand mon Dieu vient à moi, comme Jacob, je ne puis faire autrement que le combattre. Quand mon Dieu vient à moi, je ne puis faire autrement qu’essayer de le détruire. Il est impossible que la rencontre entre l’homme et son Dieu se passe à l’amiable : un des deux doit mourir et Dieu a décidé que ce serait Lui-même qui mourrait. On s’oppose souvent à la fatalité de la croix au nom d’un Dieu d’amour, et l’on a raison comment un Dieu d’amour pourrait-il avoir besoin d’un sacrifice sanglant. Mais ce n’est pas Dieu qui fait de la croix une nécessité, mais bien l’homme… C’est l’homme qui s’oppose à Dieu de toutes ses forces. Toutefois si la croix est une fatalité, sur la croix, Dieu brise la fatalité et voilà qu’en se laissant détruire, il devient notre vie.
Le verbe mâcher, croquer implique un investissement fort (c'est le mot que les grecs emploient pour manger des fruits secs ou des aliments crus, de ceux qui résistent sous la dent). La mort de Jésus Christ me fait vivre, ce n’est pas simplement une affirmation intellectuelle ou spirituelle. Je voudrais faire appel à un deuxième proverbe, plus récent : « Je suis ce que je mange ». Oui, manger, mastiquer Jésus le Christ c’est me laisser envahir par lui, c’est renoncer à cette illusion de vie pour vivre selon sa vie, selon son amour. Oui, dès aujourd’hui nous pouvons quitter notre mort,  c’est à dire de notre enfermement en nous même : l’immobilisme de nos peurs, de nos jugements, de notre égoïsme et, en laissant Christ prendre place en nous, entrer dans le mouvement de son amour. Mâcher le Christ c’est nous mettre en action tout en reconnaissant que nous sommes agis par lui, c’est faire tout en reconnaissant que ce n’est pas moi qui fait. Et oui, cette parole est dure à entendre, dure à recevoir, dure à vivre.

Mais pourtant, mon frère, ma sœur, cette parole est pour toi, pour moi : une parole de vie. Alors, laisse toi saisir par cet amour et, avec le crucifié, mords la vie à pleine dent !



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Bootchano 01/02/2013 23:57


Bonjour,


j'aurais une question à poser, je ne sais pas si cette discution est encor surveillée... premièrement je sais bien que Jésus est le pain de vie comme il le dit lui-même, mais voici comment je
l'interprète: Jésus est le pain de vie sens lequel nous ne pouvons vivre, ce pain est la parole car il est dit que la parole a été faite chair et il est dit aussi que l'homme ne vivra pas que de
pain seulement mais de tout parole qui sort de la bouche de Dieu. J'en conclu donc que oui nous avons besoin de Dieu pour vivre mais ma question ces, que dire de Galates 2:19 ou encore Romains
6:10, qui nous dit que nous devons ''vivre pour Dieu''?


Merci de votre réponce.

Chaya 17/06/2008 13:55

merci pour ce sermon intéressant.

fdo 02/06/2008 22:36

Vous interprétez les paroles de Jésus en un sens métaphorique. Jésus affirme une chose (le pain est sa chair, il faut la manger/croquer) et vous vous entendez cela dans un sens général, abstrait (le pain est sa parole qu'il faut écouter). Jésus est pourtant clair et le contexte (la réaction des autres) ne justifie pas une relecture. Car, quand ailleurs Jésus parle en image sur le temple qui doit être détruit, l'écriture précise bien que le temple dont il était question c'est son corps. Ici nulle précision.

Eric George 02/06/2008 23:20


Et quand Jésus affirme qu'il est la porte, et que l'Ecriture ne donne aucune précision, je dois aussi prendre les choses au sens propre ?
Ceci dit, si vous lisez attentivement ma prédicaiton, je dis bien plu" que "le pain est sa parole qu'il faut écouter", je dis que c'est Jésus qui nous fait vivre.