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Comment je suis redevenu chrétien

16 Juin 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Je parle ici, non point de persécution à proprement parler (ce serait idiot), mais de cette dérision goguenarde qui court dans l'époque et agite les médias, principalement à gauche, où se situent la plupart de mes amis. On aime y désigner le croyant qui s'affiche comme un zombie archaïque, amputé d'une part de lui-même, voué à une crédulité qui prête à sourire quand elle ne déchaîne pas l'hostilité (...). Ce n'est pas la vivacité hostile de ces discours qui me choque. Les chrétiens, après tout, n'ont pas toujours reculé devant la dispute, laquelle accompagne l'histoire du christianisme depuis l'origine. (...) La confrontation avec un discours hostile, même violent, est une occurrence dont il faut accepter la rudesse. Et peut-être s'en féliciter. Toute croyance ne doit-elle pas rendre raison d'elle-même, sauf à demeurer dans l'obscurantisme ou le sentiment ? (...) Non, c'est la superbe et la condescendance le plus souvent incultes - pour ne pas dire ignares - de certains réquisitoires contemporains qui m'irritent (...). Ces réquisitoires n'ont plus rien à voir avec un questionnement ou une controverse documentée. Ils procèdent de l'injonction haineuse, assez proche, au fond, de ce que furent les anathèmes idéologiques du XXème siècle.
Jean Claude Guillebaud


En règle générale, je ne lis pas de livres de témoignage : la plupart du temps, ils m'ennuient. (C'est d'ailleurs assez curieux puisque je suis persuadé que la foi naît du témoignage plutôt que de la démonstration. Un jour, il faudra que je creuse un tout petit peu cette contradiction apparente). Il y avait donc peu de chance que le bouquin de Guillebaud me tombe dans les mains. D'autant que présenter la foi comme l'aboutissement d'une démarche rationnelle à tendance à me hérisser (j'y vois une offense à la foi et à la raison). Mais Comment je suis redevenu chrétien m'a été prêté et à bon escient. Comme son titre l’indique (comment et non pourquoi) Jean-Claude Guillebaud n'a pas eu d'apparition divine et il ne prétend pas pouvoir démontrer que Dieu existe. Simplement, il a côtoyé la pensée chrétienne et il sait donc combien souvent les attaques contre les chrétiens reposent sur l'ignorance (comme la plupart des préjugés soit dit en passant). Il sait que de nombreux principes de notre société occidentale (égalité de dignité, universalité par exemple) sont issus du christianisme. Il sait surtout que la foi chrétienne ne consiste pas à lire les textes bibliques comme des compte-rendu journalistique (être chrétien, c'est un peu plus que croire que Jésus est né d'une vierge, dans une étable et qu'une fois grandi, il est parti marcher sur l'eau avant de la transformer en vin) et qu'elle propose une vision du monde à la fois riche et profondément subversive. Bon, le christianisme de Guillebaud est un peu trop girardien pour moi (à mon avis le discours de la croix va un peu plus loin que l’anéantissement du sacrifice) mais qu'importe, je me reconnais assez bien dans son discours sur la foi qui n'est pas l'aboutissement d'une réflexion mais qui n'exclut pas la raison, qui n'est pas une décision mais reste une adhésion.
S'il me manque quelque chose, c'est que Guillebaud nous parle un peu plus de son catholicisme. En effet, tout disciple d'Ellul qu'il est, son discours reste résolument catholique : la vérité est quelque chose dont il convient de s'approcher en cercles concentriques afin de mieux pouvoir s'en saisir. Et puis, j'ai un peu l'impression que Guillebaud se sent "chrétien mais pas encore catholique" et que pour lui être pleinement catholique serait le véritable accomplissement, une vision bien catholique donc. Du coup, j'aurai aimé qu'il développe un peu plus cet aspect des choses, qu’il nous dise par exemple ce qui le sépare du protestantisme de Ellul.

J.C GUILLEBAUD : Comment je suis redevenu chrétien. Ed. Albin Michel

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marie 28/06/2008 20:59

Pour "dogme" et opinion, étymologiquement, dogma signifie opinion, ; disons "une opinion qui a réussi". Une formulation lapidaire sur laquelle on s'entend (après beaucoup de discussions) et qui évite de réinventer l'eau tiède à chaque génération de chrétiens … Le credo qui nous est commun regroupe la plupart des dogmes …Pour les points de divergence : http://www.protestants.org/fpf/relations_oecumeniques/documents/marie_ic-expliquee.htmil doit être parfois plus difficile d'être en désaccord avec son pasteur qu'avec son curé ;-)))  Cela ne vous était pas particulièrement destiné. Comme d'ailleurs le fait de "coller des étiquettes" : je le fais aussi ; c'est souvent pratique Blague prise sur un site protestant :http://spirituels.com/vrac.htm

L'autre jour, je me baladais. En passant sur un pont, je vois un gars sur le
parapet, prêt à se lancer dans le vide. Immédiatement, je me précipite
auprès de lui, et je lui crie d'arrêter, de ne pas sauter.
"Et pourquoi ne devrais-je pas sauter?" me dit-il alors.
"Parce qu'il y a bien trop de formidables choses à vivre, et tellement de
gens intéressants avec qui vous avez des choses en commun à rencontrer!"
"Comme qui par exemple?"
"Eh bien, heu ... vous êtes croyant ou athée?"
"Croyant."
"Moi aussi! Vous êtes chrétien ou juif?"
"Chrétien."
"Moi aussi! Vous êtes catholique ou protestant?"
"Protestant."
"Moi aussi! Vous êtes Épiscopalien ou Baptiste?"
"Baptiste."
"Waow! Moi aussi! Vous êtes Baptiste Église de Dieu ou Baptiste Église du
Seigneur?"
"Baptiste Église de Dieu."
"Moi aussi! Vous êtes Baptiste Église de Dieu Originelle, ou bien Baptiste
Église de Dieu Réformée?"
"Baptiste Église de Dieu Réformée."
"Moi aussi! Vous êtes Baptiste Église de Dieu Réformée, réforme de 1879, ou
Baptiste Église de Dieu Réformée, réforme de 1915?"
" Baptiste Église de Dieu Réformée, réforme de 1915!"
Alors c'est là que je lui ai dit:
"Crève, espèce d'ordure hérétique!" et je l'ai poussé dans le vide.Les protestants aussi peuvent avoir de l'humour !!   ;-)))Pour les étiquettes (j'en colle aussi), elles sont effectivement pratiques mais encore faudrait-il que chacun puisse contrôler l'intitulé et le contenu de celle qu'on lui colle. Je suis catholique mais je ne me reconnais pas forcément dans votre vision (ou dans votre classification) des catholiques. Vous êtes protestant et ce que vous me dites de votre foi, de votre expérience de chrétien m'intéresse vraiment. J'essaie de ne pas avoir d'idée préconçue ou je suis prête à modifier celles que je peux avoir. Vous aussi d'ailleurs sans doute !Très amicalement
 

marie 25/06/2008 10:23

Éph. 4, 11-2511 Et les dons qu'il a faits aux hommes, ce sont d'abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent.
12 De cette manière, le peuple saint est organisé pour que les tâches du ministère soient accomplies, et que se construise le corps du Christ.
13 Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ.
14 Alors, nous ne serons plus comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d'idées, au gré des hommes, eux qui emploient leur astuce à nous entraîner dans l'erreur.
15 Au contraire, en vivant dans la vérité de l'amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu'à lui, car il est la Tête.
16 Et par lui, dans l'harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l'activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l'amour.C'est de cette unité "organique" là que je parle et non d'une unité "institutionnellle" qui en est le "signe visible" même si, en "bonne catholique", j'attache beaucoup d'importance aux réalisations "incarnées" tout en considérant que l'Église "visible" est "toujours à réformer", doit toujours se convertir (elle et chacun de ses membres).En ce qui concerne la diversité théologique, elle est réelle même dans de toutes petites cellules d'église comme une paroisse.  Ce qui est vrai, c'est que les meilleures idées se diffusent assez rapidement. Il y a certainement un avant et un après Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Vatican 2  ou la théologie de la libération même si les tiraillements sont réels et humainement  inévités. Je ne sais pas quel est le degré d'"implication théologique" de vos paroissiens mais, compte tenu de l'importance que vous accordez à la formulation de vos opinions (pour ne pas dire "dogmes"),  il doit être parfois plus difficile d'être en désaccord avec son pasteur qu'avec son curé ;-)))  Au risque de me  (nous) répéter, je considère que nous devrions davantage insister sur ce qui nous unit. Je reste persuadée que nos "différences" sont plutôt des richesses si nous considérons ce que chaque position apporte de compréhension à la question commune. Je reste persuadée que le christianisme nous oblige à tenir ensemble des réalités apparemment opposées ( Dieu Un  et trine, Jésus, vraiment homme et vraiment Dieu, Jésus vraiment mort et pleinement ressuscité, ……) et que ce que nous faisons sur le coeur de notre foi, devrait a fortiori pouvoir être fait sur des questions d' "organisation" qui, malheureusement, recouvrent (et ont recouvert) souvent des enjeux de pouvoir (plus temporel que spirituel) et des considérations pratico-pratiques qui ne peuvent être dépassés que par la conversion de chacun.Très amicalement 

Eric George 25/06/2008 10:45


Oh mais cette unité organique là, l'Eglise Réformée la vit complètement. C'est bien pour ça qu'elle reconnaît que les autres Eglises (y compris la catholique) sont elles aussi l'Eglise Universelle,
que "tous ceux qui en jésus Christ  reconnaissent le Seigneur" sont invité à participer à la Cène avec nous quelles que soient leur confession ou leur situation familiale.
Bref, en terme d'ouverture et de reconnaissance des différences, je ne crois vraiment pas que l'Eglise catholique romaine ait beaucoup de leçons à nous donner (elle peut en revanche nous enseigner
des choses sur le sentiment d'appartenance à un corps qui dépasse la communauté locale, j'en conviens tout à fait)...
Pour les question de désaccord avec le curé ou le pasteur, il s'agit là de question de personnes, non ? Je ne renie pas mon caractère raisonneur sur un plan théologique (caractère qui est loin
d'être partagé par tous mes collègues) mais j'espère (et je crois) que mes paroissiens ne se sentent pas gênés de ne pas être d'accord avec moi (ceci dit, il y a une différence énorme entre une
expression bloggueuse et un dialogue de vive voix et mes opinions n'ont rien à voir avec des dogmes)
Pour revenir aux étiquettes que vous me reprochez de mettre. Encore une fois, il ne s'agit pas d'enfermer quelqu'un dedans et encore moins de l'exclure; simplement pour rencontrer l'autre, il est
bon de le reconnaître différent de soi et de voir où sont les frontières. Frontières qui ne sont pas des murs mais des lieux d'échange...


marie 24/06/2008 10:05

Oh ! le doux plaisir de coller des étiquettes ! "protestant qui s'ignore", « catholique libéral », ...

Moi-même, je n'ai pas lu ce livre de Guillebaud mais plusieurs précédents et je trouvais que, sans se dire chrétien, il défendait intelligemment les valeurs du christianisme. Voir par exemple « Le principe d'humanité ». Si maintenant je prends le titre du livre « Comment je suis redevenu chrétien ? », je peux faire deux remarques :- il était précédemment chrétien (baptisé) ; il est « redevenu » chrétien ; le terme est sans doute impropre (et donc vraisemblablement volontairement choisi) mais il me fait penser à la citation de Pasteur : « un peu de science éloigne de Dieu ; beaucoup de science y ramène » ; 
- il veut se dire chrétien sans préciser s'il est catholique, protestant ou orthodoxe. Pour être catholique, je sais que c'est comme cela que je me présente. Ce n'est que sur les forums « protestants » ou dans les réunions oecuméniques, que je précise que je suis catholique. C'est peut-être du fait que les catholiques sont encore majoritaires parmi les chrétiens en France mais surtout parce que, comme catholique, je suis très sensible à l'unité du Corps du Christ au-delà des limites institutionnelles, que des divergences de sensibilité ne devraient pas faire obstacle à l'unité visible et que cette possibilité d'unité « organique » dans la diversité est déjà, à mon avis, largement réalisée, expérimentée dans l'église catholique qu'il s'agisse des différentes spiritualités, des échanges entre catholiques orientaux et occidentaux, des traditions locales dans chaque diocèse et des liens entre les églises. Autant dire que, pour moi, beaucoup de protestants sont des "catholiques qui s'ignorent" ou, en tout cas qui ignorent (qui connaissent mal) l'Église catholique !!;-))) 

Eric George 24/06/2008 10:28


Sans vouloir coller d'étiquette, ou plutôt sans vouloir vous enfermer dans cette étiquette, le seul désir de vivre l'unité en Christ dans une "unité organique" (même qui respecte les différentes
spiritualités (même si sur ce point, il y aurait beaucoup à dire si on veut inclure une diversité théologique dans la diversité spirituelle)) vous inscrit clairement dans la pensée catholique
romaine. Ce qui à mes yeux n'est ni une critique ni un obstacle au fait que nous soyons en pleine communion en Jésus Christ (puisqu'en bon protestant, je considère que cette unité en Jésus Christ
ne dépend absolument en rien d'une unité organique).
Si je qualifie Guillebaud de "catholique libéral", c'est que justement, je reconnais au catholicisme cette diversité mais je lui reconnais aussi, même dans sa frange libéral, une certaine
compréhension de l'Eglise dans laquelle Guillebaud s'inscrit parfaitement...


Matthieu 21/06/2008 09:59

Je suis d'accord avec toi Miky. Guillebaud n'est pas l'archétype du théologien naturel, mais encore une fois, tel n'était pas mon propos.Cela dit, je relève deux choses qui me paraissent importantes chez l'auteur, et avec lesquelles je me sens en parfaite harmonie. La première (que tu exprimes fort bien en disant "qu'un beau jour il a décidé d'examiner la doctrine chrétienne, et de regarder si ça pouvait coller avec différents faits historiques ou autres"), c'est le primat du réel -----> le christianisme ne vaut que dans sa conformité au réel, qui est donc le point de référence ultime ; et le primat de la raison -----> puisque c'est au terme d'une confrontation rationnelle du christianisme avec le réel que l'auteur en conclut à la fondamentale pertinence du christianisme par rapport aux autres propositions philosophiques ou religieuses.Maintenant, à la différence de notre bien-aimé Pasteur, je doute que J.C Guillebaud soit encore entré dans une démarche de foi. Mais je suis mal placé pour sonder les reins et les coeurs...

Miky 20/06/2008 22:03

Cher Matthieu,En fait, tu m'avais cité Guillebaud dans un autre contexte (je ne sais plus dans quel article), et du coup, ça m'avait donné l'impression qu'il allait dans le même genre de démarche qui est la tienne. Du coup, lorsque j'ai lu ce 4è de couverture, sans avoir suffisament approfondi le bouquin, je l'avais interprété dans ce sens là, ce qui me paraissait bizarre au vu de ce que j'avais lu. Ayant depuis lu le livre un peu plus sérieusement, je comprends que sa démarche n'est pas du tout la tienne. Il ne s'agit pas d'une démonstration. La même raison qui l'a conduit au christianisme aurait très bien pu le conduire tout à fait ailleurs...En caricaturant un peu, je dirais qu'un beau jour il a décidé d'examiner la doctrine chrétienne, et de regarder si ça pouvait coller avec différents faits historiques ou autres. Il a trouvé que ma foi ça collait bien et même que ça fonctionnait plutôt pas mal, et du coup il s'est dit : je garde. C'est donc bien le christianisme déjà constitué qui est son point de départ, même s'il n'a pas (ou n'avait pas à proprement parler à ce moment là) la foi. La démarche de la métaphysique de la nature est (en principe, normalement, même si dans les faits j'ai des doutes) toute autre : elle consiste à examiner la nature de manière purement empirique et froidement logique, sans présupposé quoi que ce soit de surnaturel, et à en inférer le surnaturel. La métaphysique de la nature, normalement, ne part pas de la doctrine chrétienne. Au contraire, elle doit partir de l'athéisme le plus aride, puisqu'elle est supposé le convaincre d'erreur...Amicalement,Miky