Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ancien Testament : quelles vérités historiques ?

19 Juin 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Il faut cependant pour finir ce préalable prendre certes une distance d'avec une des lectures historiques de la Bible : celle qui prétend la prendre à la lettre. Celle selon laquelle la terre aurait 6000 ans, comme nous le propose le texte, celle selon laquelle le monde aurait été fait en 7 jours (6 en fait, Note du Blogueur). Il n'y a plus, depuis très longtemps, qu'une infime minorité, au demeurant bruyante, qui fait cette lecture. Elle trouvera dans ces pages des motifs d'exaspération que nous voudrions lui épargner d'emblée en annonçant la couleur.
J. MOURIQUAND

Mes paroissiens me prêtent des livres. C'est très bien parce que soit ce sont des livres que j'aurai acheté et cela me fait faire une économie et surtout, cela me pousse à ne pas les laisser attendre au fond de ma bibliothèque, soit ce sont des livres que je n'aurai pas lu et donc cela m'enrichit. Comme Comment je suis redevenu chrétien, L'Ancien Testament : quelles vérités historiques ? appartient à la seconde catégorie. L'archéologie biblique n'est pas mon centre d'intérêt, et ces dernières découvertes ne me passionnent pas plus que ça. Disons que j'ai tendance à me contenter des grandes lignes qui m'ont été inculquées pendant mes études en théologie (laissez béton, j'démystifie).
D'ailleurs en lisant Mouriquand, je me rend compte que je peux continuer comme ça, je suis pas encore tout à fait dépassé. Ancien Testament : quelles vérités historiques ? est un bon ouvrage de vulgarisation. En dépit d'un titre et d'un sous-titre un peu journalistique, il offre une photographie honnête de l'état actuel de la recherche sur l'histoire ancienne d'Israël. Honnête parce que bien documentée Mouriquand cite ses sources et montre bien que cette archéologie biblique n'est pas ignorée des exégètes et théologiens. Il ne s'agit pas pour lui d'opposer la religion aux découvertes de la science moderne mais plutôt de montrer des chercheurs, croyants ou non, au travail. Honnête aussi parce que prudente, Mouriquand consacre un long chapitre (le plus long du livre) à expliquer combien il est anachronique de prétendre lire les livres bibliques comme des récits historiques et biographiques modernes. Un reproche toutefois : à mon sens, il ne souligne pas assez que non seulement ces livres ne font pas de l'histoire comme on la fait aujourd'hui mais qu'il ne sont même pas écrits pour faire de l'histoire, que leur projet n'est pas historique. Prudence encore renforcée par une conclusion qui rappelle que la recherche pourra mettre à mal demain les hypothèses d'aujourd'hui. Entre les deux, le développement est simple, pédagogique : une esquisse du monde de cette époque, un chapitre pour Abraham et les patriarches, puis un pour Moïse et l'Exode et un pour David et Salomon, Du contenu de ces chapitres, je ne dirai pas grand chose pour éviter de scandaliser certains de mes lecteurs que je renvoie à la citation en exergue. En fait, je préfère ne pas débattre sur le contenu d'un livre avec qui ne l'a pas lu. Ancien Testament : quelles vérités historiques ? est un ouvrage de vulgarisation à destination du grand public curieux : le spécialiste le trouvera sans doute un peu rapide et l'amateur éclairé n'y apprendra pas grand chose mais sera content d'avoir un résumé d'ensemble.
Je voudrai toutefois réagir à un point :
On ne peut que déplorer que ce soit les publics les moins érudits, les moins avertis mais en même temps les plus attachés à une foi simple, qui aient été les moins initiés au condition très particulières de la collation de l'Ancien Testament. C'était pourtant le métier des hommes d'Eglise de les éclairer. Beaucoup parmi eux ont cru qu'il valait mieux laisser perdurer l'ignorance des nouveaux débats. Comme auteur d'un récit radiophonique sur le sujet, j'ai reçu des correspondances où on me reprochait de semer le doute chez le "brave paroissien" (sic!). Ceux qui écrivent cela ne me semblent guère fidèles à l'esprit du message qu'ils ont à transmettre.
Et c'est probablement cette absence d'initiation au sens véritable de ce débat qui fait, à présent, le choc dans des esprits insuffisamment préparés et qui se sentent blessés dans leurs convictions.

En tant que pasteur, je reconnais effectivement ma responsabilité. C'est sans doute, en partie à cause de nous que certains de nos paroissiens sont scandalisés dans leur foi par des informations que nous connaissions depuis longtemps et qui passent d'un seul coup dans le grand public, souvent déformées par le prisme du sensationnalisme. En revanche, Mouriquand me paraît bien sévère quand il attribue cette carence d'enseignement à ce qu'il faut bien appeler une forme d'obscurantisme. La raison est, à mon avis, souvent autre tout d’abord, les hommes d’Eglise oublient parfois que tout le monde ne baignent pas autant qu’eux dans la Bible et son étude et il leur paraît parfois inutile de rappeler des choses qui leurs paraissent acquises… Mais surtout, en Eglise les lieux pour rappeler ces faits ne sont pas si nombreux : les paroissiens qui fréquentent les études bibliques sont une petite minorité même au regard des pratiquants et la prédication dominicales n’est pas le lieu où fait de l’histoire : elle doit avant tout témoigner du message de la Bible et ce message est bien plus important et plus riche que la question de l’historicité d’Abraham. (Une paroissienne archéologue me souffle que l’ignorance des pasteurs sur la question est aussi une cause importante. Laissez béton, elle démystifie…)
Bref, me voilà avec un aspect de la question à creuser pour l’introduction à la Bible que je projetais de mettre sur pied…

J. MOURIQUAND : L'Ancien Testament : Quelles vérités historiques ?; Edition Labor et Fides

Partager cet article

Commenter cet article