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Confesser Dieu quand tout va bien

3 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 24 août 2008
Genèse XLV 1 à 15

Petit résumé des épisodes précédents : Joseph, manifestement le préféré de son père Jacob, est vendu par ses frères, fous de jalousie. Il se retrouve esclave en Egypte. Victime de harcèlement sexuel de la part de sa patronne, il est faussement accusé et jeté en prison. Pourtant, malgré toutes ces avanies, sa capacité à interpréter les songes lui permettra de se sortir de prison et sa sagesse fera de lui le grand vizir du pharaon, un grand vizir qui sauvera l'Egypte de la famine. C'est alors qu'il retrouvera ses frères.
Et là, chose curieuse, le résumé qu'il fera de son périple n'a rien à voir avec celui que je viens de vous faire. Au lieu d'un "Bande de traître ! Vous vouliez vous débarrasser de moi. Mais grâce à mon intelligence, je m'en suis tiré et maintenant, vous allez le payer" on a "ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici, car c'est pour vous sauver la vie que Dieu m'a envoyé devant vous". Vous conviendrez que c'est assez surprenant.... 

De prime abord, on serait tenté d'y voir la marque d'un fatalisme pur et dur. Joseph reconnaîtrait ici que rien n'arrive sans la volonté de Dieu. Dieu serait à l'origine de toutes ses avanies. Cette interprétation à la docteur Pangloss : "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque tout ce qui arrive arrive par la volonté de Dieu" pose deux problèmes. Tout d'abord on peut se demander si Dieu ne pourrait pas employer des moyens un peu plus simples. Je sais bien : qui suis-je pour juger de l'oeuvre du tout puissant mais quand même,  il y avait sûrement un moyen plus simple de sauver son peuple de la famine. Par exemple, faire en sorte qu'il n'y ait pas de sécheresse...
Mais surtout, et plus sérieusement, toutes les histoires de jalousie, d'injustice ou de famines ne se terminent pas aussi bien que l'histoire de Joseph. Il est donc impossible ou tout au moins malsain de lire ce récit comme un appel au fatalisme. D'ailleurs, Joseph explicitera lui-même ce "Dieu m'a envoyé devant vous" : "Vous aviez médité de me faire du mal: Dieu l'a changé en bien," Ainsi, il ne s'agit pas de dire que tout arrive parce que Dieu l'a voulu mais de reconnaître que du mal qu'Il n'a pas voulu, Dieu peut faire jaillir le bien qu'il veut.
Nous ne sommes pas devant une vision fataliste de l'histoire mais devant une confession de foi qui va prendre deux aspects très particuliers.

Tout d'abord, au sommet de sa gloire, Joseph affirme que tout lui vient de Dieu. On évoque très souvent la difficulté de croire lorsque tout va mal. Comment croire qu'il y a un Dieu lorsque tout s'acharne contre nous... Eh bien soit ! L'histoire de Joseph ne nous le dépeindra pas fidèle dans sa prison. Nous ne saurons pas si Joseph, au fond de sa citerne puis de sa cellule continuait à glorifier Dieu. Si le texte nous dit que l'Eternel ne cessa jamais d'accompagner Joseph, il ne nous parle de la reconnaissance de celui-ci que lorsque l'adversité est vaincue. Un modèle de foi assez facile à suivre donc... Vraiment ? Pour tout vous dire, j'ai l'impression que dans mes succès, je passe plus de temps à me féliciter moi-même qu'à rendre gloire à Dieu. Oh, je ne dis pas que la reconnaissance est tout à fait absente, elle est là, comme la supplique est là au moment de la souffrance. Mais l'autosatisfaction, pour ne pas dire l'orgueil, est présente elle aussi. Et je ne suis pas sûr de répondre avec autant de brio que Joseph à la question : "Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?"
Bref, je ne suis pas certain que le principal obstacle à la foi réside dans les circonstances.

Enfin, je crois que l'aspect le plus surprenant de la confession de foi de Joseph réside dans le pardon qu'il offre à ses frères : "ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici...". Dans cette phrase, je vois une confession de foi, plus forte encore que la première : l'expression d'une véritable liberté. En effet, qu'aurait montré Joseph s'il avait fait payé leur crime à ses frères ? Il aurait montré qu'il était toujours sous le coup de leur trahison, encore dans la souffrance, la peur et l'humiliation. Un Joseph se vengeant de ses frères montrerait que, même assis sur le trône d'Egypte, il est toujours au fond de sa citerne. Alors qu'en pardonnant, il se révèle pleinement libre.
Bien sûr, la situation de Joseph facilite le pardon. Il lui est plus aisé de pardonner une fois assis sur le trône d'Egypte que du fond de sa citerne. C'est indéniable. Raison de plus pour nous laisser atteindre par ce récit ! Pour une fois, on ne nous demande pas l'impossible ! Ici, pas d'appel à pardonner et aimer l'ennemi au moment où il nous roue de coups. Ici, c'est à nos rancunes que nous sommes renvoyés. Face à ces rancunes, le texte biblique nous interpelle : jusqu'à quand agiras tu comme si tu étais au fond d'une citerne alors que tu sièges sur le trône d'Egypte ? Jusqu'à quand souffriras-tu d'une blessure qui ne te fait plus mal ?

Très souvent les textes bibliques nous atteignent dans nos détresses, dans nos moments difficiles. Et ici, c'est au faîte de sa gloire que nous trouvons Joseph. Et cette apothéose nous pose deux questions : quand tout va bien pour toi, es-tu capable de reconnaissance ? Quand tout va bien pour toi, es-tu vraiment libre du mal qui t'a été fait ? Frères et soeurs, que la foi de Joseph vienne couronner nos moments de triomphe. C'est ainsi que nous verrons à quel point, Dieu peut du mal tirer un bien.

Amen.

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