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Jour de paye, jour d'embauche

21 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 21 septembre
Esaïe LV, 6 à 9
Philipiens I, 20 à 27
Matthieu XX, 1 à 16

« Si tu respectes ma loi, je te mènerais vers un pays où coulent le lait et le miel. » « Si tu te conduis bien, tu iras au paradis ». Et, d’un autre côté : « si la sécheresse s'arrête, je t'offrirais mes plus belles têtes de bétail ». « Si je reçois cette promotion, j'irais au culte tous les dimanches pendant, allez, 6 mois ». La religion se traduit toujours dans une logique d'échange entre l'homme et la divinité.
Il n'a donc rien de surprenant à ce que Jésus nous parle du Royaume de Dieu à travers des comparaisons empruntées au monde professionnel. La relation professionnelle est, après tout, une relation d'échange (un travail contre un salaire) dans laquelle on introduit, en plus,  une dimension hiérarchique. Ce qui convient très bien à la religion. S'il y a échange, la divinité n'en est pas moins le supérieur hiérarchique ultime. Rien de surprenant, à cette parabole des ouvriers.

Le Royaume des cieux est donc semblable au pire des patrons. Au pire des patrons sur un plan économique, sur un plan relationnel et, enfin sur un plan éthique.
Le pire des patrons sur un plan économique, cela saute aux yeux à la lecture de la parabole : payer une heure de travail au même prix qu'une journée, c'est quand même du grand n'importe quoi. Ça relève autant de l'incitation à la paresse (pourquoi donc me fatiguerai-je puisque le résultat sera le même) que du mépris du travailleur (ainsi, ni mon zèle, ni ma peine ne seront reconnus).
Le pire des patrons sur un plan relationnel parce qu'il pousse le vice jusqu'à afficher son injustice aux yeux de tous. Il aurait été si simple de payer d'abord les ouvriers de la première heure. Ainsi, tout le monde aurait été content. Mais non, notre patron se plaît à faire du scandale...
Pire que tout cela, il y a cette petite phrase qui devrait réunir le communiste le plus militant et le capitaliste le plus convaincu dans le même sursaut d'horreur : Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? Mais quand un travail est fait, le salaire est un dû. On peut considérer qu'il n'appartient plus à celui qui le verse. Et voilà que notre patron affirme faire acte de charité en donnant leur salaire à ses ouvriers.
On peut, bien sûr s’arrêter là et affirmer qu’a la justice de Dieu, le patron donne aux ouvriers de la première heure ce qui est juste, s’ajoute sa bonté et il donne aux ouvriers de la onzième heure ce qui est charitable. C’est une lecture tout à fait valable et justifiée. A condition toutefois qu’elle nous pousse à regarder au fond de notre cœur et à nous poser à nous même cette question : « ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » Autrement dit « N’ai-je pas tendance à regarder d’un sale œil la bonté de dieu quand d’autres que moi en bénéficient ? ».

Mais, on peut également discerner dans cette parabole, une brèche bien plus profonde. Et si, ce «Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? » s’appliquait à toute la parabole ? Et si, de la logique religieuse de l’échange, du salaire, la parabole des ouvriers nous faisait passer d’un discours de don ?
Ah mais tout de même il est bien question de travail et de salaire dans cette parabole ! Sans doute, mais, ce travail n’est-il pas déjà de l’ordre du don ? Le fait même d’envoyer ses ouvriers à la vigne n’est-il pas de la part du patron de la parabole une grâce ?
J’en vois deux signes. Tout d’abord le patron sort « à répétition », par 5 fois, pour aller embaucher des ouvriers. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas trouvé suffisamment d’ouvriers la première fois : sa question aux ouvriers de la dernière heure est claire « Pourquoi restez vous ici tout le jour sans rien faire » S’ils sont restés tout le jour, c’est bien qu’ils étaient là dès le matin. Et ce n’est pas non plus parce qu’il a besoin de toujours plus d’ouvriers : à quoi peuvent bien servir les ouvrier de la dernière heure ? Si le patron embauche les ouvriers de la dernière heure, c’est pour eux, parce que personne n’a voulu d’eux. Ainsi, l’embauche elle-même est bien une grâce.
Mais surtout, le signe le plus flagrant que tout est don dans cette parabole, c’est son introduction : Le Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui sortit de grand matin embaucher des ouvriers pour la vigne. Nous sommes tellement conditionné à voir le Royaume des Cieux comme une récompense post-mortem quand nous nous focalisons immédiatement sur l’heure de la paye. Mais la parabole ne nous dit pas « Le Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui rassemblât ces ouvriers après une journée de travail. » C’est bien dès le point du jour que commence le Royaume et l’embauche elle-même est bien une grâce.

Mais ce Royaume des cieux qui commence avec l’embauche, cet appel à aller travailler à la vigne qui est une grâce, devrait déjà susciter en nous une certaine indignation… « Quoi ? C’est ça le Royaume des cieux ? » Mais où sont les félicités éternelles ? Où sont la douceur et le repos ? Où est la protection de Dieu ? »
Mais où diable sommes nous allés chercher tout ça ? Où somes nous allés chercher que le Royaume des cieux étaient un jardin de délices que nous rejoindrions après notre mort ? Pas dans les évangiles en tout cas ! Et même pas dans le Nouveau Testament ! A aucun endroit, le Royaume de Dieu n’y est présenté comme une douce récompense pour après la mort. Le règne de Dieu c’est de prendre sa croix et de suivre Jésus le Christ, le règne de Dieu ne vient pas de telle sorte qu’on puisse l’observer (…) En effet, le règne de Dieu est au milieu de vous.

Mais alors, en quoi y a-t-il matière à rendre grâce ? Pourquoi devrions nous louer Dieu ? Pourquoi aspirer à ce Royaume s’il s’agit d’aller travailler à la vigne ?
Eh bien écoutons notre soif d’être reconnu, accepté, écoutons notre faim de nous sentir utile. Et entendons-le qui nous appelle. C'est-à-dire qu’il veut se servir de nous, lui qui n’a besoin de rien. C'est-à-dire qu’il nous reconnaît et qu’il nous donne notre raison d’être, cette utilité réelle et profonde.
Toi, le surhomme de la foi, le pilier de l’Eglise, toi que dieu a pourvu de nombreux dons. Rends lui grâce pour la force qui t’est donnée.
Et toi, toi qui te poses tant de questions ; toi dont la pratique est hasardeuse, irrégulière ; toi qui ne sait pas en quoi tu peux servir ta communauté parce que tu n’as ni force ni compétence particulière. Rends-lui grâce parce que toi aussi tu es appelé et donc aussi indispensable, aussi précieux que le sont les autres.

Et tous, frères et sœurs, rendons lui grâce car il ne nous reconnaît pas à la mesure de nos compétences, de notre persévérance, de la durée de notre travail : il nous reconnaît à la mesure de son amour. Un amour qu’il nous donne sans compter. Rendons lui grâce parce qu’il est le maître, parce qu’il fait ce qu’il veut de ses biens et qu’il nous les donne. Rendons-lui grâce parce qu’il est bon.


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