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Ehoud, sola scriptura, soli Deo gloria, sola fide, sola gratia

26 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 28 octobre 2008

Dimanche de la Réformation

Romains VI, 1 à 11

Juges III, 12 à 30

 

En ce dimanche de la Réformation, l’histoire d’Êglon et Ehoud nous renvoie aux fondamentaux du protestantisme…

 

Que dire de cette histoire ? Un temps de guerre et d’occupation, un assassinat… le récit d’Ehoud fait bien partie de ceux qu’on préfèrerait ne pas voir dans la Bible, un de ceux qui nous font voir l’Ancien Testament comme un livre barbare et violent à ne pas mettre dans toutes les mains.

Et pourtant, ces textes là, il est indispensable de les lire : pour bien se rendre compte que les récits bibliques, même quand ils touchent à la légende, restent profondément ancrés dans la réalité humaine. Ils ne nous parlent pas d’une humanité fantasmée, angélique. Oui, les auteurs bibliques sont des hommes et, comme tels, ils souhaitent la mort du méchant, la mort de l’ennemi. Oui, les auteurs bibliques sont des hommes et comme tels, ils ne reculent pas devant les expédients les plus radicaux pour parvenir à leur fin.

Cela signifie-t-il que nous devions suivre l’exemple qu’il nous propose ? Ce texte justifie-t-il le meurtre et l’extermination totale de l’ennemi en temps de guerre. Certainement pas. Nous ne pouvons pas prendre au sérieux la parole de Dieu, qui sans cesse nous rappelle qu’il ne veut pas la mort du méchant et nous appelle à la paix, et utiliser les textes de ce genre pour céder à nos pulsions de violence.

Mais alors, quel intérêt de prêcher sur ce texte ? S’il ne fait que nous révéler l’humanité des auteurs bibliques, ne devrions nous pas plutôt nous concentrer sur les textes dans lesquels cette humanité est habitée par la Parole de Dieu ?

Ce serait un peu facile, non ? Cela signifierait que cette Bible que nous reconnaissons comme la seule autorité à partir de laquelle nous pouvons dire quelque chose de Dieu, nous arrogeons le droit de la découper en petits morceaux, d’en censurer les passages qui nous déplaisent. Et que finalement, nous ne parlerions pas sous l’autorité de la Bible mais que c’est elle qui ne parlerait que sous notre autorité bienveillante et éclairée. Alors nous donnerions raison à Bossuet : tout protestant serait bien pape, une Bible à la main.

Eh bien non ! Nous ne savons bien que la Bible est une parole humaine, mais nous croyons qu’à travers cette parole humaine, Dieu se fait entendre. Et discerner cette parole ne signifie certainement pas opérer un tri sur le mode « Ca, ça me plaît, c’est la parole de Dieu, ça, ça ne me plaît pas, c’est de la parole humaine » Discerner la parole de Dieu à travers la Bible, c’est chercher à comprendre ce que Dieu me dit à travers chaque page de ce livre. C’est prendre le risque de se confronter à chaque texte. C’est avoir l’humilité de ne pas prétendre que notre interprétation soit décisive. Mais c’est avoir l’audace d’essayer une interprétation.

 Que dire alors de cette histoire d’Ehoud ? Il est évident que l’auteur ne s’est pas contenté ici de raconter l’histoire d’un héros rusé, bien au-delà du récit de la défaite d’Eglôn et des moabites, c’est un enseignement sur Dieu qu’il a voulu poser. Ehoud avait « la main droite liée » nous dit le texte hébraïque, simple façon de définir un gaucher ou bien description d’un handicap physique plus important. Je pencherai pour la deuxième. Ehoud est celui qui ne peut pas se servir de sa main droite, de sa main forte. Ehoud est le faible, issu de la plus petite tribu d’un Israël sous la domination moabite. Il ne fait décidément pas le poids face au colossal Eglôn…

Et pourtant, il est le sauveur que Dieu suscite à son peuple. Or particulièrement, dans le livre des Juges, si Dieu suscite à son peuple des sauveurs aussi faibles, c’est bien pour qu’Israël ne croie pas que c’est de ses propres forces que lui vient son salut mais bien de Dieu seul. C’est d’ailleurs la parole même de Dieu à un autre juge : Gédéon : « Ta troupe est trop nombreuse pour que je lui livre Madiân ; Israël pourrait s’en vanter à mes dépens et dire : « C’est ma propre force qui m’a sauvé » (Juges VII, 2)

Cet enseignement, la Réforme le mettra au cœur de sa prédication : l’homme ne peut en rien compter sur ces propres forces, Calvin en a fait sa devise : Soli Deo gloria. A Dieu seul la gloire.

Mais dans ce récit, la gloire de Dieu semble bien invisible : la victoire se fait dans une chambre à part, au nom d’une parole secrète de Dieu, par un poignard qui disparaît dans les graisses de la victime. La victoire est totale, indiscutable, mais finalement, de l’œuvre de Dieu à travers Ehoud il n’y a aucune trace. Selon un regard humain, il est impossible de discerner ici l’œuvre de Dieu. Pour célébrer la gloire de Dieu à travers la victoire d’Ehoud, il ne peut y avoir que la foi…

Mais ne puis-je aller plus loin dans ma recherche de ce que le récit a à me dire ? Dois-je m’en tenir à un récit des temps anciens qui me dit que le salut de son peuple revient à Dieu seul ? Je l’ai dit, recevoir la parole de Dieu pour moi à travers la Bible demande une certaine audace… Alors, à la lumière de l’enseignement de Paul, et si l’histoire d’Ëglon et Ehoud me racontait une autre histoire que  celle de la guerre entre Israël et les Moabites ? Et si elle me racontait ma propre histoire ?

Après tout, ne puis-je reconnaître en moi-même le gras Êglon, avide de puissance, obsédé par mon ventre, c’est à dire par la satisfaction de mes désirs et envies, qui n’est l’ami que de lui-même et donc l’ennemi de Dieu. Et ne puis-je voir qu’en moi-même il y a aussi un Ehoud, qui aspire à servir Dieu. Mais qui se trouve faible, comme lié, incapable de se servir de sa droite. Et voici que ce texte me dit pourtant que non, je ne suis pas condamné au règne de cet Eglôn que je suis (du verbe être autant que du verbe suivre) et qui me mène à la mort. Il me dit que cette victoire d’Ehoud est en fait la victoire sur moi-même de la parole de Dieu pour moi. Et il ajoute que l’existence même de cet Ehoud en moi est un don de Dieu «Dieu suscita un sauveur », « En effet, si nous avons été assimilés à lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable. » Cette victoire d’Ehoud sur Eglôn, de la vie vraie sur la vraie mort est donc une pure grâce de Dieu

Frères et sœurs, quand Eglôn semble régner sur nous, ou en nous, ne perdez pas espoir et criez vers Dieu pour qu’il suscite un sauveur. Quand Ehoud triomphe d’Eglôn, voyez sa main paralysée, voyez sa faiblesse et rendez grâce à Dieu qui est seul notre libérateur.

Amen

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ti'hamo 05/11/2008 13:34

Ah, oui, j'ai bien dit "une reprise" donc libre réinterprétation de Stevenson à partir de la Bible...bon, non, c'est juste que cela m'y faisais penser. Une sorte de représentation imagée de nos luttes intérieures, c'est toujours bon à prendre. Surtout que celle-ci "finirait" mieux que le roman d'origine.Et, pour être plus réaliste, on pourrait toujours imaginer un Eglôn increvable qui regonfle progressivement à chaque fois, et qu'il faut sans cesse régulièrement re-re-poignarder...

ti'hamo 04/11/2008 14:23

Ah-hm...une reprise de Dr Jekyll et Mister Hyde, sur la base de Eglôn et Ehoud ?... ça ferait une bien bonne planche de BD, ça... (ah, si j'avais du temps... :'-(  à creuser...  :-)

Eric George 05/11/2008 06:50


Moui, à conditiond e se rappeler que le processus est inversé :  c'est Eglôn qui devient Ehoud et pas le contraire. Et surtout qu'en fait nous ne sommes pas l'un puis l'autre mais bien les
deux en même temps...