Lundi 17 novembre 2008
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En feuilletant une anthologie de la poésie française, je tombe sur ce poème.
De ce que toute créature devient à la fin de sa vie
Qu'est ce de Pape et de ses cardinaux ?
Qu'est ce de Gens chargez de prélature?
Qu'est ce Empereurs et Roys et leurs joyaux
Qu'est ce estre Prince ou Duc selon Nature ?
Qu'est ce ung Seigneur de haulte géniture ?
Qu'est ce ung Gendarme et ses habits divers ?
Qu'est ce une Dame ayant plaisant figure ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'un sac de Vers ?
Qu'est ce ung Légat qu'a les honneurs Royaulx
Qu'est ce aultres gens plains de litterature ?
Qu'est ce ung Bourgeois qui va à trois chevaulx ?
Qu'est ce un marchant qu'un riche oultre mesure ?
Qu'est ce ung qui vivre en son mestier procure ?
Qu'est ce d'ung Brave au bonnet de travers ?
Qu'est ce un Paisant qui maint labeur endure ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'un sac de Vers ?
Qu'est ce de ceulx qui suivent les Bourdeaulx
Qu'est ce ung Prodigue on ung qui vit d'Usure ?
Qu'est ce des gens qu'ayment toutz jeux nouveaulx ?
Qu'est ce ung Chicart qui plainct sa nourriture ?
Qu'est ce ung paovre homme à qui fault la pasture ?
Qu'est ce d'un prestre, ou d'ung moine ou convers ?
Qu'est ce une Abaesse et Nonnain de closture ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'ung sac de Vers ?
Qu'est ce (mon Dieu) de nous que pourriture ?
Qu'est ce que Mort nous met toutz à l'envers ?
Qu'est ce pour vray de toute Créature ?
Qu'est ce à la fin de nous qu'ung sac de Vers ?
Eustorg de Beaulieu
Si je perçois à travers à travers ces vers (sans jeu de mot), la pensée des danses macabres, ce n'est pas la
fascination pour la mort qui me frappe, mais plutôt l'éclairage que ce poème donne à ce passage biblique : Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent,
et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où
est ton trésor, là aussi sera ton coeur. (Mt VI, 19). Ainsi le poème ne me murmure pas : "Souviens-toi que tu vas mourir" mais "Pourquoi placer ta valeur, ta confiance en ta naissance
ou ton rang, ta fortune ou ton travail, tes oeuvres ou même ta morale, toutes choses périssables". Il ne sonne pas comme fascination macabre, mais bien comme refus de placer en l'homme quelque
confiance que ce soit. Eustorg de Beaulieu, le nom m'est inconnu, mais ses dates sont éloquentes. Un contemporain de la Réforme, donc... En lisant sa biographie succincte, je découvre que cet
organiste de la cathédrale de Lectoure fut prêtre puis se convertit à la "Religion Réformée"... Pourquoi ne suis-je pas étonné ?
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