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Dieu dans l'histoire ?

23 Novembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 23 novembre

Actes VII, 1 à 50

Psaume 44

 

C’est pour ses histoires de peuples que Dieu dépossède, chasse de leur terre que ce psaume nous fait aujourd’hui tiquer. Cette image d’un Dieu guerrier nous semble bien barbare,  très éloignée du Dieu de Jésus Christ. C’est sans doute à juste titre. Mais il est après tout facile de remettre les choses dans leur contexte : l’histoire des peuples est presque toujours une histoire guerrière, une histoire de conquête. Rien de très surprenant donc au caractère guerrier d’un texte de plus de 2000 ans… En nous laissant arrêter trop longtemps par cette image belliqueuse, nous risquons de passer sur les deux questions essentielles que nous pose l’incroyable confession de foi de ce texte : Dieu dans l’histoire et Dieu absent.

 

Dieu nous rencontre dans notre histoire : d’Abraham à Jésus Christ, de l’Exode à la Pentecôte, c’est l’affirmation de toute la Bible. Dieu nous rencontre dans notre histoire, nous passons notre temps à le lire, à l’entendre, à le prêcher… Dieu nous rencontre dans notre histoire martelons nous.

Pourtant, j’ai l’impression que ce que nous disons vraiment c’est « Il y a très longtemps, Dieu nous rencontrait dans notre histoire mais depuis la Pentecôte, ce temps est révolu ». Aujourd’hui, nous n’osons plus guère lire notre histoire comme le lieu de l’intervention de Dieu. Oui, bien sûr, Dieu nous rencontre dans notre vie, il se vit dans la rencontre personnelle avec le Christ vivant. Mais dans notre histoire, décelons nous encore les pas de notre Dieu. Osons nous encore confesser, affirmer que là, Dieu a agit ? Osons nous encore raconter à nos enfants ce que Dieu fit pour nos pères ?

Je ne me souviens pas avoir lu un livre confessant sur l’histoire de la Réforme : je lis régulièrement que Luther ne fut pas le premier à vouloir réformer l’Eglise, qu’il bénéficia d’une époque propice, de l’invention de l’imprimerie, de la propagation des idées humanistes. Je lis qu’il était angoissé, rongé par l’idée de sa damnation et que la découverte de la grâce de Dieu fut pour lui une libération. Tout cela est sans doute vrai. Mais où osons-nous affirmer que Luther fut inspiré par l’Esprit Saint, qu’il fut l’instrument de Dieu pour maintenir sa Parole dans le monde ? Osons-nous affirmer que Dieu permit la survie du protestantisme ? Je n’en ai pas l’impression.

Quelles sont les raisons à cette timidité.

Tout d’abord on me rappellera sans doute que l’historien n’a pas à être confessant mais qu’il doit être neutre. On me permettra de remettre un peu en question la prétendue neutralité des historiens mais je suis d’accord : l’historien n’a pas à être confessant. Mais l’Eglise ? Mais le théologien ?

On m’opposera ensuite que ni Luther ni Calvin n’étaient des saints, que les propos de Luther contre les paysans révoltés, les juifs ou les turcs, n’avaient rien de particulièrement inspirés, pas plus que n’était inspiré le bûcher de Michel Servais. C’est vrai. Mais il en va de même pour les grands personnages bibliques, les héros d’Israël : aucun d’entre eux ne fut toujours fidèle à Dieu, tous errèrent par moment… Dire que Calvin, Luther et d’autres furent conduit par Dieu ne sous entends pas qu’on les considère comme infaillibles.

Certains me diront également que ce serait manquer de modestie que d’affirmer que la Réforme fut voulue par Dieu. Depuis que je connais les protestants, j’ai appris que les protestants avaient inventé la langue allemande moderne, la langue française moderne, la démocratie moderne, qu’ils avaient toujours excellé dans les domaines financiers, scientifiques, qu’il avaient contribué à l’industrialisation du monde et qu’ils avaient été pionniers dans l’action caritative. Bref, je ne suis pas absolument convaincu que l’humilité soit le premier sentiment qui nous anime quand nous écrivons notre histoire… De plus, je me demande laquelle de ces deux affirmations est la plus humble : « A travers le texte biblique, Luther découvrit la grâce de Dieu » ou bien « A travers le texte biblique, Dieu révéla sa grâce à Luther ».

Bien sûr qu’il nous faut de l’humilité, bien sûr que nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas propriétaires du message de Jésus Christ, que nous « ne pouvons prétendre délimiter l’Eglise de Jésus Christ » (Discipline de l’ERF art. 1) . Mais notre raison d’être est « d’annoncer au monde l’Evangile de Jésus Christ » (même article de la discipline). Comment annoncerions-nous si nous ne sommes pas convaincu du bien-fondé de notre message ?  Et comment en serions nous convaincu si nous ne croyons pas que ce message nous vient de Dieu ? Prenons garde à ne pas prendre notre timidité pour de l’humilité !

Enfin, il y a bien sûr notre peur de passer pour des illuminés… Elle est justifiée. Il est évident que si nous voulons être entendu, nous ne pouvons pas parler aujourd’hui de la même manière que le psalmiste. C’est vrai qu’il nous faut trouver des manières modernes de dire cette présence de Dieu dans notre histoire. Mais je ne suis pas sûr que la taire soit une façon moderne de le dire…

 J’ai pris l’exemple de l’histoire de la Réforme car c’est celle dont nous parlons le plus. Mais il est bien entendu que c’est toute notre histoire qu’il faudrait relire ainsi de façon confessante… Parce que si nous restons au Dieu présent dans l’histoire biblique et uniquement dans l’histoire biblique, comment nous étonner que ce Dieu devienne un mythe lointain, relégué à l’époque mythique ou Seth assassinait Osiris, où Thésée tuait le minotaure ? Comment demander à nos enfants de croire qu’aujourd’hui il est possible de rencontrer ce Dieu d’il y a 2000 ans ?

 

Mais je n’ai pas évoqué le véritable obstacle qu’il y a à parler du Dieu présent dans l’histoire, celui qui nous pousse à nous taire, ou à nous contenter du témoignage des temps très anciens. Cet obstacle, c’est l’absence visible de Dieu. Cet obstacle c’est la Shoah, c’est l’esclavage, ce sont les guerres, ce sont tous ces moments où nous ne pouvons pas croire que Dieu soit intervenu… Cet obstacle, c’est la crise, les inégalités, les tortures qui sont tellement présente aujourd’hui. Face à la souffrance du monde, comment proclamerions nous, comment oserions nous proclamer un Dieu qui agit dans l’histoire ?

Dirons nous que cette souffrance est voulue par Dieu ? Qu’elle est une mise à l’épreuve où un châtiment pour nos fautes ? Entendons ce que crie le psalmiste : Nous sommes sans cesse fiers de Dieu, nous célébrerons toujours ton nom. Cependant tu nous as rejetés, tu nous as couverts de confusion, tu ne pars plus en campagne avec nos armées (…) Tout cela nous arrive, et nous ne t’avons pas oublié, nous n’avons pas trahi ton alliance 

Pas question ici de mise à l’épreuve, pas question de châtiment. Il n’y a qu’une affirmation : « c’est sur toi que ce sont appuyés nos pères et tu les a conduits, c’est sur toi que nous nous appuyons aujourd’hui. Et une question : pourquoi n’es-tu pas là ? » Israël, accablé, ne voit pas sa souffrance comme un châtiment, ce serait remettre en cause la justice de Dieu : Israël innocent ne peut pas être puni. Ici le psalmiste fait l’expérience de la liberté souveraine de Dieu : hier il était là, il combattait pour nous, il chassait nos ennemi et aujourd’hui, non. Mais cette expérience tellement douloureuse n’empêche pas la foi et l’espérance finale : Lève–toi, pour nous secourir ! Libère–nous à cause de ta fidélité 

Ainsi le psaume 44 nous révèle-t-il que le Dieu qui agit dans l’histoire est juste, mais qu’il est libre. Qu’il est libre mais qu’il est fidèle.

Et, vous le voyez, pour le psalmiste, la foi n’interdit pas l’interrogation, la plainte. Et l’interrogation et la plainte n’empêchent pas la foi.

Et nous, nous qui avons un élément de plus que le psalmiste, nous a qui Dieu a révélé par la croix qu’il agissait aussi dans l’incognito et la faiblesse, nous laisserions nos questions et nos doutes étouffer notre confession de foi. Nous qui, plus encore que le psalmiste, affirmons que Dieu a pris corps dans notre histoire et qu’il y reste vivant, nous tairions sa présence ?

 

Frères et sœurs, qu’il n’en soit pas ainsi ! Osons interroger et interpeller Dieu quand il se tait ! Osons, avec le même élan, faire mémoire de ce qu’il a fait pour nous et affirmer l'espérance que nous avons en lui pour aujourd’hui !

 

Amen

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