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Naissances bibliques (2) Isaac : la patience et le rire

8 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 7 décembre 08
Genèse XVIII, 1 à 15 et XXI 1 à 7
Luc I 5 à 25 et 57 à 66

Dans une tente, près de la Méditerranée, une femme âgée gémit dans les douleurs de l’enfantement. Aujourd’hui on s’interrogerait, à raison, sur les limites de la génétique, on gloserait, légitimement, sur la différence d’âge entre la mère et l’enfant. Mais dans cette histoire, dans une tente, une femme stérile donne la vie. Un enfant vient au monde dans un éclat de rire.
Pourtant, bien avant cet éclat de rire, il y en eut un autre : le rire amer de Sara face à la quatrième répétition de la promesse de Dieu. Un rire tellement compréhensible : comment croire encore en une descendance quand la vieillesse est là, quand l’espérance de toute une vie s’est révélée stérile. Quand l’ancienne promesse est répétée, Sarah rit parce qu’il vaut mieux rire que pleurer…


En fait, Sarah et Abraham font ici une expérience que nous connaissons tous bien, l’expérience de la patience de Dieu. Ses promesses mettent du temps à s’accomplir…
La patience de Dieu… Qu’est ce que c’est ?
Il ne s’agit pas bien sûr de nonchalance ou de négligence. Dieu ne dit pas à Abraham et Sarah. Yo ! Du calme ! Y a pas le feu au lac ! On n’est pas pressé ! Y a pas mort d’homme… Lambiner, traîner c’est sans doute mettre à l’épreuve la patience de l’autre mais ce n’est pas faire preuve de patience… La patience de Dieu ne signifie absolument pas qu’il prend notre attente à la légère…
Il ne s’agit pas non plus de la patience passive voire forcée que l’on manifeste quand on attend quelqu’un ou quelque chose. Cette patience qui s’exprime dans le « Bon, mais qu’est ce qu’il fait encore ? », qui consiste à regarder sa montre et à faire les cent pas. Dans cette histoire, Dieu n’attend rien de Sarah et d’Abraham, il n’attend pas un événement qui permettrait à Sarah d’être enceinte : c’est lui qui provoque la grossesse de Sarah.
Et pourtant Dieu attend : il n’attend pas quelque chose. Il attend. Il est patient de la seule vraie patience, de la patience active : cette patience qui consiste à laisser de la place et du temps à l’autre. Cette patience qui s’exprime dans le « Parle, je t’écoute ». Avant de faire d’Abraham et Sarah les porteurs de sa promesse, la souche de ce peuple nombreux, Dieu les laisse être eux, dans toute leur stérilité humaine, dans toute leur inutilité. Avant de le faire Abraham, père d’un peuple, Dieu le laisse être Abram.
Pourquoi ?
Peut-être pour que l’histoire d’Abraham et de Sarah manifeste bien que ce n’est pas grâce au potentiel humain que s’accomplit la promesse de Dieu. Peut-être. Mais cette réponse théologiquement correcte est dangereuse : elle n’est, en effet, que spéculation.
L’histoire d’Abraham et de Sarah nous parlera sans doute bien plus si nous nous en tenons à ce simple fait : elle nous dit la patience de Dieu. Cette patience dont nous faisons l’expérience aujourd’hui, nous qui attendons la pleine manifestation de son Règne.
L’histoire d’Abraham et de Sarah nous dit de quelle nature est cette patience. Non pas de la nonchalance, si Dieu attend, cela ne signifie pas qu’il se désintéresse de nous. Bien au contraire, dans ce monde tellement opposé à son Règne il est présent, il se tient à nos côtés, nous soutient et souffre de nos souffrances.
Dieu n’attend pas non plus quelque chose en particulier, et surtout, il n’attend rien de nous et certainement que nous construisions son royaume : il attend parce qu’il est patient, il attend pour nous laisser un espace, un temps où être ce que nous sommes.
« Ah mais alors, c’est du sadisme de sa part, il se plait à nous voir mariner, à nous voir nous perdre et désespérer de notre stérilité ! » Non ! Ce serait le cas s’il se taisait mais il a promis à Abraham une descendance, il nous a promis l’avènement de son Royaume et sa Parole est certaine. Dieu attend mais il ne nous laisse pas sans espérance.
J’ouvre ici une petite parenthèse. Cela pourrait-il être autrement ? Dieu pourrait-il ne pas être patient et donner à Abraham une descendance aussitôt qu’il le lui promet ? Dieu pourrait-il ne pas être patient et transformer immédiatement nos cœurs de pierre en cœur de chair, établir son Royaume une bonne fois pour toute ? La question est à la fois dangereuse et nécessaire. Elle est dangereuse parce que parler de Dieu au conditionnel c’est souvent dire que nous, à sa place, on aurait pu faire mieux. Elle est nécessaire et il est nécessaire d’y répondre « oui, Dieu aurait pu être impatient et cela n’aurait rien retiré à son amour et à sa puissance (des pierres, Dieu aurait pu tirer des enfants d’Abraham) » Pour bien comprendre que la patience de Dieu est complètement libre, Dieu n’est pas obligé d’être patient, il l’est. C’est tout. Fin de la parenthèse théologique et revenons à nous.
Nous qui attendons, souvent avec impatience que se manifeste enfin pleinement le règne de Dieu.
Face à cette patience de Dieu, dans notre attente, nous sommes tous, je crois, à la fois, Abraham et Sarah. Nous sommes Abraham, nous découvrons que nous avons foi en cette promesse, nous découvrons qu’elle éclaire notre vie, qu’elle nous fait avancer. Et même quand elle tarde à se réaliser, nous en vivons déjà ; C’est bien ce qui nous amène ici ce matin, c’est bien pour cela que nous apprêtons à fêter Noël. Malgré nos deux mille ans d’attente, malgré nos doutes et nos interrogations, nous croyons que le bébé allongé sur la paille de Bethlehem est appelé à régner sur ce monde et à le transformer. D’où nous vient cette foi, cette conviction profonde ? Certainement pas de notre raison, ou bien celle-ci serait vraiment défaillante : comment peut-on, en raisonnant, penser qu’un homme né dans une étable à une date inconnue et mort sur une croix nous révèle le Dieu souverain ?
En effet, alors même que, comme Abraham, Dieu nous donne de croire en sa promesse, nous sommes aussi Sarah et toute cette histoire nous fait bien rire. D’un rire jaune, d’un rire amer : ce rire qui est le cri de notre raison et de notre désespoir. Comme Sarah, nous voulons prendre de la distance, refuser que l’on nous trompe encore, que l’on nous fasse attendre quelque chose dont tout nous dit que c’est impossible et quelle meilleure arme alors que le rire, le rire qui dit bien que tout ça c’est du vent. Nous nous scandalisons parfois que notre foi prête à rire. Mais soyons honnête, est-ce qu’elle n’est pas risible au point de nous faire rire nous-même parfois ?
Bien sûr comme Sarah nous nierons « Non je n’ai pas ri » Non, je ne me suis jamais dit que c’était impossible, irréalisable que ce n’était qu’une chimère. Pourquoi Sarah nie-t-elle avoir rit ? Pourquoi a-t-elle peur alors qu’après tout elle n’a plus rien à perdre. Parce qu’en fait, elle a encore beaucoup à perdre,  parce que malgré son rire, elle continue de croire, d’espérer en cette promesse et qu’elle sait bien que son rire est un refus et qu’en rejetant ainsi cette promesse, elle perd définitivement tout espoir qu’elle se réalise.
Et voilà que le miracle se produit : Isaac vient au monde, Isaac c'est-à-dire « il rit ». Le refus de Sarah n’a pas empêché la promesse de Dieu de se réaliser pour elle. On peut le dire de bien des manières : le rire jaune de Sarah est devenu rire de joie, Dieu a changé le rire en rire, à l’amer sarcasme humain répond l’humour joyeux de Dieu.

Frères et sœurs, entendez ce rire nouveau de Sarah et que la patience de Dieu ne vous conduise pas à la désespérance ! Dieu transforme notre rire de désespoir en rire de joie. Là où il n’y avait plus que le désespoir aride, il pose une naissance, là où le vieil homme se mourait, il fait naître un homme nouveau. Et cette espérance se concrétise en Jésus Christ, Dieu qui vient dans le monde.

Amen

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marie 16/12/2008 14:24

J'aime beaucoup cet article. L'expérience de foi est la même même si l'expression peut varier. En tout cas aujourd'hui, je peux reprendre à mon compte votre "exégèse"."malgré son rire, elle continue de croire""j'ai foi lors même que je dis je suis trop malheureux" Ps 116, 10A travers les siècles et les ± diverses traditions religieuses, c'est bien le même Dieu qui se fait connaître.Bon Avent et bon Noël marie

marie 02/07/2013 10:56

Bonjour,

J'ai réentendu ce passage et le prédicateur l'a mis en lien avec le rire d'Abraham Genèse 17, 17. Abraham croit et Sara pas vraiment.

Du coup, on peut faire le rapprochement avec Luc et les annonces à Zacharie et à Marie. Là, c'est l'homme qui doute et la femme qui croit. Et Dieu qui lit dans les coeurs comble de grâces la femme et fait progresser l'homme.

Un même texte à quelques années de distance fait résonner d'autres cordes …

Très cordialement

marie