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Naissances bibliques (3) Moïse, Jésus : la fragilité d'une naissance

25 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 21 décembre 2008
Exode I, 8 à II, 10
Matthieu II 1 à 15

Nous savons bien que lorsque Matthieu compose son récit de la naissance de Jésus, il ne fait pas oeuvre d'historien. La naissance de Jésus, comme presque toutes les naissances humaines, est passée inaperçue, sauf de sa famille. Vouloir absolument donner une réalité historique aux récits évangélique de Noël, c’est d’une part passer à côté de la signification de ceux-ci, c’est surtout faire finalement mentir ce qui est au cœur même de Noël, « Il est né comme l’un de nous ».
Inutile donc d’aller fouiller les archives pour trouver une trace du massacre des enfants de Bethléem par Hérode ou d’examiner les cieux pour comprendre ce que fut l’étoile que suivirent les mages. Matthieu nous parle d’une vérité qui n’est pas de cet ordre. En racontant le massacre des innocents, Matthieu situe Jésus dans la droite file de Moïse. Ainsi, Matthieu nous dit de Jésus qu’il est le nouveau libérateur mais il dit beaucoup plus que cela : en effet, en rapprochant les deux naissances, Matthieu nous invite à les comparer…
Voyons donc ces deux naissances…


Commençons par comparer les « méchants » de ces deux histoires. Dans Matthieu, Hérode fait un peu figure de « méchant roi de conte de fées », sans doute parce que son souvenir était assez vivace pour qu’il n’y ait pas besoin de rappeler ce qu’il était. Aujourd’hui, peut-être faut-il rappeler que ce roi de Judée était monté sur le trône grâce à une habileté diplomatique qui ne rechignait pas vraiment à verser le sang et que malgré sa reconstruction du Temple, son règne était très suspect aux yeux des juifs.  On comprend aisément alors le mobile que lui donne Matthieu pour se massacre des innocents…
Le mobile de Pharaon est, quant à lui, explicite. « Ces étrangers sont trop nombreux, ils risquent de nous étouffer et de nous dominer ». Je ne suis pas sûr qu’il soit nécessaire de beaucoup m’étendre pour que cette phrase résonne aujourd’hui…
Quoiqu’il en soit, avec Hérode et avec Pharaon, les deux auteurs bibliques montrent la fragilité d’une naissance face à l’ambition et la peur de l’autre qui rongent les hommes.

Voyons maintenant les acteurs.
Tout d’abord Dieu. Alors qu’il est constamment présent dans le récit de Matthieu, il est étonnamment absent lors de la naissance de Moïse.
Je vois à cette absence deux raisons théologiques : Tout d’abord, c’est là que se joue la différence entre judaïsme et christianisme,  dans le judaïsme : l’observance de la Loi (ici elle est anticipée bien sûr, mais l’auteur du texte, lui,  connaît la Loi et rien ne l’empêche de dépeindre les sages femmes comme obéissant à cette loi), l’observance de la loi, donc, permet à l’homme de faire ce qui est bien. Les sages-femmes observent la loi, elles ouvrent ainsi la possibilité de l’action de Dieu dans le monde et en sont récompensées. Dans le christianisme, c’est Dieu agit pour l’homme. C’est Lui qui prend l’initiative et qui conduit les acteurs, les témoins qu’Il s’est choisi.
La deuxième raison est encore plus simple, tout en s’inspirant du récit de la naissance de Moïse, Matthieu veut aussi montrer que, pour lui, Jésus est beaucoup plus que Moïse.

Voyons maintenant les acteurs humains. Dans les deux récits on a, d’un côté la famille de l’enfant, de l’autre des étrangers (les sages-femmes, la fille de Pharaon et ses suivantes ou les mages).
Ces étrangers donnent à chacune des naissances un caractère universel. Pour la naissance de Jésus, c’est un grand classique : il est presque inutile de rappeler que les mages sont justement le signe que cet enfant qui naît est appelé à être reconnu et célébré comme roi par toutes les nation. Mais les sages-femmes ainsi que la fille de Pharaon jouent le même rôle dans la naissance de Moïse ne concerne pas le seul peuple élu, d’ailleurs son nom étranger le montre bien. Il faut bien se rappeler que si Israël est le peuple élu, ce n’est pas à son seul profit mais c’est pour être un témoin, une lumière pour les nations.
Mais il y a là encore une différence important entre les deux récits. La naissance de Moïse est une affaire de femmes, sa mère, sa sœur, les sages-femmes, la fille de Pharaon, ses suivantes. Son père est réduit à sa seule fonction de reproducteur. En revanche le récit de la naissance de Jésus est une affaire d’hommes dans le texte de Matthieu. Joseph et les mages (on ne se prononcera pas sur le sexe de l’ange). Marie est quasiment inexistante. On peut y voir plusieurs explications, pas forcément incompatibles entre elles, d’ailleurs. Tout d’abord il est très possible que l’auteur du livre de l’Exode soit moins sexiste, plus moderne que Matthieu. Cela nous sortirait un peu d’une certaine imagerie chrétienne qui veut que l’Ancien testament soit un livre barbare et rétrograde alors que le Nouveau testament est un livre progressiste… Ensuite, il s’agit peut-être une fois encore de bien faire la différence entre Jésus et Moïse, faire de la naissance de Jésus une affaire d’homme, c’est à l’époque de la rédaction de l’évangile, en montrer le sérieux et l’important.
Je voudrai risquer une troisième explication. Il est possible que Matthieu ait été gêné par l’énormité de ce qu’il avait à écrire : Dieu vient dans le monde par une naissance, Dieu vient dans le monde dans la sueur, les douleurs et le sang. Matthieu préfère sans doute symboliser ces douleurs et ce sang dans son récit, il préfère sans doute dire cette irruption si charnelle de Dieu dans le monde de façon plus allégorique ; Le massacre des innocents, la fuite en Egypte diront les douleurs et les angoisses de l’accouchement, et pour taire l’aspect si troublant pour les hommes de la naissance, il va gommer les femmes de son récit.
On peut comprendre sa gêne. C’est par une naissance que Dieu vient dans le monde. Cela a dérangé bien des théologiens.  Certains ont préférés que Dieu vienne dans le monde par un Jésus déjà adulte, ce sont les adoptianistes qui estiment que Jésus ne devient Fils de Dieu qu’au moment de son baptême. Plus tard d’autres souligneront le côté légendaire des récit de Noël pour mieux les écarter, et cela en prétendant en prétendant être gêné par le caractère trop divin, trop glorieux de Jésus. Mais écarter la naissance de Jésus, préférer la passer sous silence, c’est être en fait bien plus gêné par son côté humain. Il paraît sans doute plus raisonnable d’avoir un maître de sagesse mystérieusement surgi de nulle part que célébrer un Dieu créateur de toute chose qui vient dans le monde comme un nouveau-né, comme un fuyard face à la violence humaine.

Et pourtant, frères et sœurs, par la crèche et par la croix, les évangiles nous disent que c’est par le ventre d’une femme que Dieu choisit de faire son entrée. C’est au milieu de notre faiblesse qu’il vient à nous et c’est là qu’est la bonne nouvelle. Dieu a risqué la fragilité pour vaincre la force, il a choisi la tendresse pour faire taire la peur. Aussi, nulle violence, nulle puissance ne pourra jamais écraser cette espérance qui se concrétise en Jésus Christ, Dieu qui vient dans le monde.

Amen

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