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Le sang, l'eau et le souffle

11 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 11 janvier 2009
Esaïe LV 1 à 11
Jean V 7 à 13
I Jean V, 1 à 12

Trois témoins nous conduisent vers l’unique affirme Jean. Trois témoins pour une seule et même bonne nouvelle : le souffle (ou l’Esprit : le mot grec est le même), l’eau et le sang. Prenons donc ces témoins un par un (en commençant par le dernier pour terminer par celui qui est le sceau de la vérité) et voyons vers quelle bonne nouvelle ils nous mènent.

Le premier témoin c’est le sang. C'est-à-dire la croix. Et c’est le témoin qui nous gène le plus. Et ce, de tout temps. Cela a gêné les premiers chrétiens parce qu’un Dieu supplicié, un Dieu mourant ça fait désordre. Surtout quand cette mort est la plus infamante qui soit. Aujourd’hui cela nous gêne parce qu’on préfèrerait que la Bonne Nouvelle ne soit pas tachée de sang. On préfèrerait un Evangile qui ne nous parle pas de mort, on préfèrerait aller directement à la case « salut de l’humanité » sans passer par la case « crucifixion ». Et puis aujourd’hui, comment peut-on encore annoncer un Dieu qui réclame du sang pour apaiser sa colère, un Dieu qui laisse crucifier son fils.
Sans vouloir jouer l’avocat de Dieu qui n’en a certainement pas besoin, je ne crois pas inutile de rappeler deux choses. Tout d’abord, si ma mémoire est bonne, ce n’est pas Dieu qui crucifie Jésus. Si je me rappelle bien ce que j’ai lu dans les évangiles, ce sont bien des hommes qui clouent Jésus au bois. C’est quand même un peu étrange de reprocher à Dieu un crime que les hommes ont commis, d’autant plus étrange que, et c’est le deuxième point à rappeler, non seulement dans cette affaire de la croix, Dieu n’est pas le criminel mais il est la victime. En effet, si l’on croit que Jésus est le Fils de Dieu, c'est-à-dire Dieu le Fils ou Dieu fait homme, les choses prennent une autre signification. Dieu n’est pas celui qui réclame de la souffrance, il est celui qui souffre et meurt de notre violence.
Et c’est ainsi que le sang devient un témoin. La Bible ne nous raconte pas un conte de fée où tout le monde serait beau et gentil. Elle nous parle de la violence de l’homme, une violence qui nous détruit. Elle nous parle des conséquences de nos actes, de nos refus, de notre volonté d’être Dieu à la place de Dieu et elle n’adoucit en rien ces conséquences qui sont notre destruction et notre mort. Mais elle nous dit qu’en Jésus Christ, Dieu a assumé pour nous ces conséquences. Elle nous dit qu’en Jésus Christ, Dieu nous a sauvé de notre violence et c’est bien ce qu’attesteront les deux autres témoins mais comment nous sauverait-il de cette violence, s’il s’en tenait à l’écart. Comment pourrions-nous prendre au sérieux une histoire qui ne nous parle pas des conséquences ? Eh bien,  regardons à la croix et voyons quelles sont les conséquences de la rébellion de l’humanité contre son Dieu.
Mais comprenons bien que si nous sommes appelés à regarder à la croix, ce n’est pas pour nous culpabiliser, ce n’est pas pour nous dire « regardez comme notre faute est grande, regardez comme il souffre à cause de nous ». Regarder à la croix, c’est se dire voilà à quel point je suis précieux aux yeux de Dieu : pour moi il a tout donné. Regarder à la croix, c’est se dire : aujourd’hui ni la violence, ni les ténèbres ne peuvent plus me retenir et je ne peux plus retomber dans l’abîme. Nous sentir encore coupable, ce serait nier que toute notre culpabilité est morte, une fois pour toute, sur le mont Golgotha. Sur la croix, le mal a donné tout ce qu’il avait et aujourd’hui il ne peut plus rien c’est ce qu’attestent l’eau et le souffle.

A côté du témoignage du sang, vient celui de l’eau. Ici bien sûr on pense au baptême. Mais, je trouve plus éloquentes encore les paroles d’Esaïe et celles de Jésus à la samaritaine. Le sang nous attestait que Dieu affrontait la mort, notre mort en la prenant à bras le corps, l’eau vient nous dire quel est le but et l’issue de ce combat,  c’est notre vie, notre vie véritable, éternelle. Une vie sans limite, même pas celle de la mort. Une vie de plénitude, sans manque. Je ne parle pas bien sûr des manques que crée en nous la publicité, pas de nos carences de confiance en nous même ou d’assurance en l’avenir. Tout cela ça fait partie des choses dont Esaïe nous dit « cela ne rassasie pas ». Et nous le savons bien, même si tous ces désirs étaient comblés, même si nous avions la belle voiture, la belle maison, la piscine, le bel écran plasma avec lecteur de dvd blue-ray incorporé, il nous manquerait encore quelque chose, il nous en faudrait plus. Toutes les richesses de la terre ne suffiraient pas à nous rassasier. Et même si nous étions aussi fort, aussi beau, aussi aimé, aussi intelligent que nous rêverions de l’être, il nous manquerait encore quelque chose, nous en voudrions toujours plus. Parce que notre manque véritable, c’est un manque de Dieu, notre carence véritable c’est notre incapacité à être ce que nous sommes appelés à être. Voilà contre quelle soif, Jésus Christ vient nous désaltérer : en lui nous sommes ce que Dieu veut que nous soyons, ce que nous sommes incapables d’être par nous-mêmes.
Et cette eau nous dit Esaïe, elle est gratuite, offerte à tous. Jésus le répète : c’est le don de Dieu. C’est le don de Dieu parce que c’est Dieu qui a payé la note. Dieu n’est pas un tenancier qui épongerait notre ardoise, c’est un ami qui donne tout ce qu’il a pour nous sortir de la situation dans laquelle nous nous sommes mis.

Et le troisième témoin, le souffle ou l’Esprit, (le mot est le même) c’est Dieu lui-même qui nous fait naître à cette réalité. Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu nous dit Jean. Il ne faut pas comprendre ici « il faut croire que Jésus est le Christ pour être né de Dieu ». Le texte grec est sans ambiguïté : le verbe engendré est au passé Quiconque croit (au présent) que Jésus est le Christ a été engendré (au passé) par Dieu. Le passé vient avant le présent. Notre foi n’est donc pas la condition à notre statut de Fils de Dieu, elle en est la conséquence. C’est parce que nous sommes fils et filles de Dieu que nous croyons que Jésus est le Christ. Et puisque nous sommes fils et filles du Dieu de lumière et de vie, comment pourrions nous craindre les ténèbres et la mort.
C’est en nous permettant de reconnaître en Christ le Dieu qui nous arrache à ce qui fait mourir pour nous faire vivre, le Dieu qui étanche notre soif, que notre foi est victorieuse sur le monde qui nous désespère.

Frères et sœurs, puisque nous reconnaissons Jésus comme le Christ, nous sommes fils et filles de Dieu. Alors menons donc une vie d’enfant de lumière, une vie véritable, faites d’amour et de paix et non pas la vie douloureuse des enfants de ténèbres, une vie faites de violence et de frustration.

Amen

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