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Mariage et fin des temps

31 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 janvier 2009
Matthieu XIX, 1 à 12
I Corinthiens 1 à 16 et 25 à 35

Chères frères, chères soeurs la fin des temps aura lieu demain 26 janvier à 17h47... Cela vous fait rire. J'en vois qui se disent "Mais qu'est-ce qu'il a encore inventé ?" Alors je le répète, très sérieusement " la fin des temps aura lieu demain 26 janvier à 17h47". Je sens que vous n'êtes toujours pas convaincus, la nouvelle vous semble peut-être trop étrange. Alors imaginez plus bizarre encore, plus incongru, imaginez que cette nouvelle de fin des temps, j'aille l'annoncer à des couples qui préparent leur mariage. "Bonjour Mr le pasteur, je suis M. Y voici Mlle X, on voudrait se marier" D'accord, la fin des temps aura lieu demain à 17h47" Ce serait un peu choquant non? À la limite de la faute professionnelle. Eh bien, c'est pourtant ce que fait Paul dans sa lettre à la communauté de Corinthe. Voici qu'en plein milieu d'un long développement sur le mariage, Paul nous lâche "le temps est court (...) la figure de ce monde passe." Et il ne faut pas y voir une digression. Dans cette annonce, il y a la clé de tout l'enseignement de Paul sur le mariage et le célibat. Un enseignement qui va finalement bien plus loin qu'une question de conjugalité.

L'enseignement de Paul sur la question du mariage est assez étrange. Tout d'abord pare qu'il n'est pas chrétien ni biblique. Ensuite, parce qu'il présente une sorte d'incohérence interne.
je pense qu'il est bon pour l'homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.  L'enseignement de Paul sur le mariage n'est pas chrétien. Paul semble voir le mariage comme une sorte d'espace de tolérance, une sorte de soupape de sécurité où l'homme pourrait assouvir sans se souiller la pulsion sexuelle qui le ronge. Eh bien si cette vision correspond sans doute à celle de l'époque de Paul. Les anthropologues le souligne, de tout temps l'homme a été fasciné et effrayé par la pulsion sexuelle, une pulsion qui fait perdre le contrôle et qui donne la vie, une pulsion qu'il s'agissait donc de canaliser. Le discours de Paul s'inscrit tout à fait dans cette logique, mais il n’a rien à voir avec le discours de l'Ecriture, ni avec celui de Jésus Christ. En effet, pour l'Ecriture, de la Genèse au Cantique des cantiques, l'union de l'homme et de la femme est célébrée, décrite comme étant la volonté de Dieu. Croissez et multipliez ! Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Et c'est bien ainsi que l'entend Jésus qui, questionné sur la question matrimoniale se contente de renvoyer à la volonté première de Dieu. N'avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l'homme et la femme    et qu'il dit: C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair?  Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Matthieu XIX, 4-6. Bref, on est très loin de ce mariage "moindre mal" dont parle Paul. Mais si différentes que soient ces deux visions, elles ne sont pas forcément incompatibles et il est possible de faire une gymnastique mentale pour les faire tenir ensembles...
Sauf que je ne suis pas adepte de la gymnastique même mentale quand elle n'est pas nécessaire. En effet, pourquoi essayer de réconcilier la vision strictement culturelle que Paul a du mariage et de la sexualité avec la vision biblique alors que Paul lui-même va très rapidement déplacer la question ?
 En effet, pour Paul le mariage est nécessaire pour canaliser la sexualité et il affirme préférer le célibat et la virginité au mariage. On s’attend donc à ce que Paul célèbre l’état de célibat ou la virginité comme un état particulier de pureté. Mais non ! Pour l’apôtre mariage comme célibat sont deux dons de Dieu. La réticence de Paul face au mariage s’exprime de cette manière Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, il se demande comment plaire au Seigneur.  Celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, il se demande comment plaire à sa femme
A première vue, on pourrait penser que Paul voit le mariage comme une sorte d’idolâtrie, qu’il reproche aux mariés de faire passer le conjoint avant Dieu. Mais là encore ce n’est pas le cas. Paul ordonne aux gens mariés de se consacrer à leur conjoint, difficile dès lors de penser que c’est pour ensuite le leur reprocher…
Mais alors, s’il n’est pas question de voir la sexualité comme une souillure ou un péché, ni de reprocher aux mariés de passer l’un avec l’autre le temps qu’ils devraient consacrer à Dieu, pourquoi Paul adopte-t-il cette position absolument neuve d’opposition au mariage ?

En fait, le souci de Paul n’est pas ici une question de pureté mais une question de tranquillité d’esprit.   Je voudrais que vous soyez sans inquiétude répète l’apôtre et c’est bien ce souci qui éclaire ce constat. Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, il se demande comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, il se demande comment plaire à sa femme. Il est bon, selon Paul que le mari cherche à plaire à sa femme et que la femme cherche à plaire à son mari. Eh oui, si Dieu nous accepte tel que nous sommes, s’il nous aime alors même que nous sommes pêcheurs, s’il est facile d’être ses enfants, il est bien plus difficile d’être un bon époux ou une bonne épouse et cela ne se limite pas au mariage, il est aussi difficile et bien souvent source d’inquiétude voire d’angoisse et de souffrance d’être un bon père, une bonne mère, un bon fils une bonne fille, un employé, un paroissien ou un pasteur modèle !
Heureusement la fin du monde aura lieu demain lundi 26 janvier à 17h47 !

En effet, c’est bien comme un « heureusement » qu’il faut lire cette affirmation de Paul « Le temps est court », littéralement le temps a cargué les voiles, le navire est déjà au port. L’apôtre ne met pas les corinthiens en garde en leur disant « Attention la fin des temps est là, le châtiment est sur vous, mettez vous en règle » Si c’était sa son discours, il ne direz pas « Soyez comme si », il dirait clairement « n’achetez pas, ne profitez pas du monde ! ». Et là, nous pourrions disqualifier ce texte en disant que Paul s’est trompé et que la fin des temps, l’avènement du Christ glorieux est pour demain et ne pas nous en occuper davantage. Mais Paul dit « Soyez comme si ». Et tout son texte demeure.
Aujourd’hui nous nous définissons par la place que nous occupons parmi ceux qui nous entourent. Nous sommes mariés ou célibataire, parents ou enfants, et ce rôle est parfois pesant, écrasant. Et aussi libérale que paraisse notre société c’est toujours aussi écrasant, peut-être même plus. Dur pour les gens mariés d’être de bons époux, dur pour les célibataire de ne pas être mariés (le mariage, ou en tout cas la vie de couple, reste une nécessité sociale très forte dans notre monde, l’appel de Paul au célibat reste toujours aussi surprenant), dur pour les parents qui se voient responsables de l’équilibre même de leurs enfants, dur pour les enfants. Oui, nous essayons de bien tenir notre place et cela est souvent source d’une angoisse terrible. C’est face à cette angoisse que Paul se fait porteur d’une bonne nouvelle, celle de Jésus Christ, qui prend sur lui tout ce qui nous écrase. Paul ne nous dit pas « envoyez tout promener », nous n’y parviendrions pas de toute façon. Il nous dit « soyez comme si ».

Et dans ce « soyez comme si », frères et sœurs, j’entends un « soyez légers et engagés ». Soyez engagés, tenez du mieux que vous pouvez cette place qui est la votre parmi vos proches et vos plus lointains, soyez bon époux, bon parent, bon fils ou bonne fille, soyez un bon célibataire, soyez un bon être humain. Vivez du mieux que vous pouvez votre vie d’homme et de femme avec vos frères et vos sœurs. Mais soyez légers, sachez que votre valeur ne réside pas dans votre statut, ni dans la manière dont vous l’occupez. Votre valeur, c’est l’amour que votre Dieu vous porte, c’est ce qu’il a fait pour vous.
La fin du monde, l’avènement final de notre Dieu aura lieu demain, lundi 26 janvier à 17h47 et même si ce n’était pas le cas, faites comme si : soyez légers et engagés.

Amen

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Renaud Guilbert-Roed 06/02/2009 14:47

Joli prêche, j'aime ce retournement d'une parole rude qui peut facilement engendrer des contre sens par rapport à d'autres passages. Comme d'hab quand je viens ici je suis heureux du raisonnement intellectuel développé !