Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La tentation gnostique

20 Mai 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Le succès du Da vinci code, la publicité autour de l'évangile de Judas manifestent bien le succès de la pensée gnostique à notre époque.

Un succès qui n'a rien de vraiment surprenant tant la gnose me paraît proche, sur bien des points, de nos conceptions modernes du monde et de l’homme.

Pensez donc, une spiritualité qui place l'homme au centre, lui offrant la perspective d'une ascension, d'une évasion hors de ce monde imparfait. Comment cela ne pourrait-il pas séduire une pensée occidentale, marquée par l'humanisme, en quête d'un  religieux, portée vers les spiritualités orientales et manifestant une hostilité évidente à ce qui fut longtemps la religion dominante ? La gnose, que l'on redécouvre aujourd'hui, a beaucoup pour plaire. Et sa condamnation comme hérésie par les pères de l'Église n'est pas le moindre de ses charmes.

La gnose est-elle un courant du christianisme primitif ou une religion différente qui a influencé certains groupes chrétiens ? Je préfère laisser aux spécialistes le soin de répondre. En revanche, c'est avec un amusement certain et une pointe d'agacement que je vois la gnose présentée comme une idée révolutionnaire, libertaire, tellement dangereuse que l'Église naissante ce serait empressée de l'étouffer. Je ne nie pas l'affrontement des idées et le silence imposé au vaincu par le vainqueur. Mais il me semble parfaitement faux de voir dans ce combat le triomphe du conformisme et du moralisme sur une pensée libre.

La pensée gnostique me parait en effet bien plus moralisatrice, autoritaire et hiérarchique que les évangiles canoniques.

Quelques éléments rapides:

Le corps, pour les gnostiques est avili, souillé, corrompu, d’où un véritable mépris pour tout ce qui est charnel. Pour Paul, le corps est un temple et dans al pensée juive l’être humain est un tout, corps et âme…

Puisque c’est à l’homme de se relier au divin, la gnose propose des règles pour y parvenir et donc une morale et des lois strictes. Les évangiles canoniques, eux nous rappellent que la loi est faite pour l’homme et non pas l’inverse et nous montrent un Dieu qui pardonne sans cesse, qui se tourne toujours vers les plus pécheurs, au grand scandale des plus puritains.

Enfin, la gnose est une religion d’initiés, tous ne sont pas égaux devant la révélation d’où une hiérarchie strictement compartimentée entre « commençants », « progressants » et « parfaits ». Là encore nous sommes très loin des textes canoniques qui, tout en reflétant certains conflit de pouvoirs mettent tous les disciples et même toute l’humanité sur un pied d’égalité devant le salut offert par le Christ.

Bref, la « défaite » de la pensée gnostique n’a certainement pas été la défaite de l’anticonformisme et de a liberté…

Alors que la gnose soit une pensée riche et intéressante, c’est indéniable.  Qu’elle séduise nos contemporains, je le comprends. Mais le message des évangiles canoniques me paraît bien plus anticonformiste et libérateur que celui des textes gnostiques. A tel point que cet anticonformisme et cette libération ont été systématiquement édulcorés voire étouffés par les Églises dès qu’elles s’institutionnalisaient. Un étouffement moralisateur qui pourrait bien trouver certaine de ses racines dans l’influence de la pensée gnostique…

 

Pour en savoir plus sur la gnose : voir ici 

Partager cet article

Commenter cet article