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L'enseignement du Notre Père (1) Notre père dans les cieux

1 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 1er mars 2009
Psaume 89 2 à 30
Romains VIII, 14 à 17
Matthieu VI, 5 à 15

 
Au milieu du sermon sur la montagne, Jésus donne un enseignement sur la prière, enseignement qui se terminera par la Notre Père. Avant d’arriver à ce contenu, Jésus commence par un enseignement « technique » : qui prier, comment prier et par cet enseignement technique nous donne un enseignement de fond sur le pourquoi prier qui éclairera le Notre Père.

    Qui prier ? La réponse est évidente, pour le juif Jésus on ne peut prier que le Dieu d’Israël, le Dieu unique. Mais ce Dieu, Jésus l’appelle ici « père » ou plus exactement ton père, votre père, notre père, je reviendrai sur cet emploi du possessif.
Comment prier ? Tout d’abord la prière n’est pas un acte public, elle se fait dans le secret d’une chambre verrouillée. A priori, cette condition ne devrait pas trop nous déranger, tant nous autres réformés sommes souvent bien timides à exprimer notre foi en public. Alors que la Bible nous appelle tellement à témoigner, à crier sur les toits, enfin Jésus nous donne un enseignement qui flatte notre discrétion naturelle ! Deux remarques cependant : prier dans le secret de la chambre la plus éloignée signifie que la prière est un acte éminemment personnel : ce n’est pas pour le regard des autres que nous prions mais pour nous. Dans cette perspective, prier à l’écart par peur du regard des autres devient assez semblable à prier en public pour être vu : c’est accorder trop d’importance aux regard des autres.Si je prie pour être vu, j'ai déjà ma récompense : je suis vu. Si je prie pour ne pas être vu, j'ai déjà ma récompense : je ne suis pas vu. Se cacher et se montrer c'est se situer dans le regard des autres, alors que la prière m'appelle à ne me placer que par rapport au regard de Dieu.
Deuxième remarque : nous avons, en Eglise, nos temps de prière publique : au culte, dans les partages bibliques, avant les repas… Ces temps de prières publiques ont certainement leur utilité mais Jésus nous enseigne ici qu’ils ne suffisent pas, ils ne remplacent pas cette prière personnelle qui est un face à face avec Dieu. Bref, ce texte pose à chacun de nous une question importante : est-ce que je me donne du temps pour la prière, dans le secret de la chambre la plus éloignée ?
    Comment prier ? Ensuite, il ne s’agit pas de multiplier les litanies Ne rabâchez pas comme le font les païens. La prière n’est pas une répétition de formules plus ou moins magiques qui mettrait la divinité dans de bonnes dispositions. D’ailleurs Jésus précise : Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le demandiez. L’enjeu de la prière n’est donc pas de faire connaître à Dieu nos désirs ou mêmes nos besoins, qu’ils soient matériel (besoin du pain quotidien) ou spirituels (besoin du pardon), il les connaît. Nous ne prions pas pour être exaucé, nous dit Jésus. Mais alors pourquoi prions-nous ?
Eh bien nous prions pour être en présence de Dieu, ou plus exactement pour comprendre que nous sommes en présence de Dieu. La prière, notre prière est d’abord un enseignement : elle nous dit quelque chose de Dieu et donc quelque chose de nous-même. Puisque, pour reprendre une citation célèbre d’un certain réformateur genevois « La connaissance de Dieu et de nous sont choses conjointes »

Et c’est d’abord ainsi qu’il nous faut comprendre le Notre Père : ce n’est pas une formule magique qui nous ouvrirait le cœur de Dieu, ce n’est pas non plus un mantra à réciter pour nous mettre en bonne condition (encore que selon Luther, ça peut l’être), ce n’est pas le cri de ralliement des chrétiens (encore que là, encore, cela puisse le devenir) mais c’est un enseignement sur Dieu, un enseignement que nous pouvons recevoir dans nos cœurs et nos intelligences. Et c’est cet enseignement contenu dans le Notre Père qui va nous accompagner tout au long de notre carême.
Récemment, dans le cadre d’amitié judéo-chrétienne, des rabbins se sont penchés sur le Notre Père, dans sa forme définitive, c'est-à-dire en incluant la doxologie finale) et y ont trouvés deux choses. Tout d’abord on retrouve tous les éléments, toutes les formules du Notre Père dans d’autres prières juives : le Notre Père forme une sorte de patchwork ou plutôt d’anthologie des grandes prières du judaïsme. Ensuite, le Notre père est formé selon une structure très utilisée dans le Premier Testament, une structure que l’on retrouve du reste dans le Nouveau Testament : le chiasme.
Un chiasme c’est une forme littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’. Mais puisqu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, voilà un chiasme (image du chandelier à 7 branches). Les 7 demandes du Notre Père forment donc un chiasme précédé d’un préambule : Notre Père dans les cieux.

Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ! Ecrivait Prévert. Malgré toute l’admiration que j’ai pour le poète et son œuvre, ici, je dois dire qu’il n’avait rien compris. En effet appeler YHVH, le Dieu dans les cieux : Notre Père, c’est dire, très précisément qu’il n’y reste pas.
Dans les cieux , cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant , cela ne veut pas dire que Dieu habite dans le ciel. Inutile de se munir d’un bon télescope, inutile d’interroger Gagarine, inutile de lever les yeux en l’air, vous ne le trouverez pas là. Simplement, c’est une formule qui exprime que Dieu se situe au-delà de l’univers connaissable, maîtrisable par l’homme et également qu’il domine ce monde dans lequel nous vivons. On surélève toujours celui qui dirige : cela lui permet de mieux voir. Eh bien dire que Dieu est dans les cieux, c’est l’élever au dessus de tout. Et l’élever au dessus de tout, c’est dire que la force qui domine cet univers, c’est lui, qu’il n’est soumis à rien ni à personne. C’est donc avoir sur notre univers un regard très différent.
Car ce Dieu qui domine et dirige, ce Dieu très haut, ce Dieu qui est le Seigneur, le Roi de l’Univers, est aussi notre père, par trois fois, Jésus nous le répète. Bien sûr, dans la société de Jésus, le père est le patriarche, celui qui donne la vie mais aussi celui qui dirige et qui décide. Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu’à l’époque de Jésus comme aujourd’hui, le père, aussi patriarcale soit-il est aussi celui qui aime. En appelant Dieu « Notre Père », nous disons bien sûr que nous lui devons la vie, mais nous ne l’appelons pas « Notre créateur ». En appelant Dieu « Notre Père », nous affirmons bien sûr sa supériorité mais nous ne l’appelons pas « Notre roi » ou « Notre Seigneur ». C’est donc bien l’amour qu’il nous faut souligner lorsque nous parlons de notre père. (Certain(e)s feront remarquer que cet amour aurait été tout aussi bien, voire mieux exprimé en appelant Dieu « Notre mère » : c’est vrai. Mais rappelons nous que cette proximité de Dieu avec nous signifie qu’il est venu à une époque,d ans une culture donnée, une culture dans laquelle il aurait été impossible de dire Dieu au féminin. Et rappelons nous également qu’aujourd’hui, appeler Dieu « Notre Mère » serait aussi réducteur que de l’appeler « Notre Père ».)
Avons-nous conscience de l’audace qu’il faut pour dire le « Notre Père », rien que dans la première phrase, nous osons appeler le Dieu créateur et juge de l’univers, le Dieu maître de toutes choses : « Notre père ». Nous osons nous réclamer de son amour, nous osons nous prétendre fils ou fille du patron, nous osons nous poser comme héritiers légitimes. En nous apprenant le Notre Père, Jésus nous enseigne à nous présenter à Dieu non pas tremblants de peur comme devant un juge mais certains de son amour, certains de sa bonté, certains qu’ils nous donne ce dont nous avons besoin.
Et c’est dans la certitude de cet amour que nous pouvons dire « Notre ». C’est curieux, non, d’utiliser la première personne du pluriel. Bien sûr quand nous le disons d’un seul cœur et d’un même élan dans nos communautés, cela tombe sous le sens mais cette prière, Jésus nous a enseigné à la dire loin des regards, dans le secret de la chambre la plus éloignée. Et là, seul avec Dieu et avec nous-même, je dis « nous ». Parce que si Dieu est mon père, il est aussi celui de mon épouse, de mes enfants, de mes parents, de mes amis, de mes paroissiens, de mes voisins, de mes ennemis. Me présenter face à Dieu c’est déjà être relié aux autres par un lien des plus forts : je dis à Dieu « notre Père » et je me souviens que tous les autres sont mes frères et sœurs. Et l’audace qui me pousse à m’affirmer fils ou fille de Dieu me tourne aussitôt vers les autres non pas dans un esprit de supériorité mais de fraternité.

« Notre père qui es aux cieux », en une phrase, nous affirmons que notre univers n’est pas un chaos incompréhensible et menaçant mais qu’il a un maître,  que ce maître nous déclare ses enfants chéris et qu’ainsi, il nous relie les uns aux autres comme frères et sœurs.
Aussi, mon frère, ma sœur, que cette prière soit toujours présente dans le secret de ton cœur. Dans les moments où nul ne peut te rejoindre, où tu es seul avec toi-même face à ta joie, à ta peur, à ton chagrin. Dis toi que tu n’es pas seul mais avec « Notre père dans les cieux ».
Amen

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