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Petites réflexions sur trois points d'actualité catholique

19 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Faute de temps, de courage pour écrire aussi, et puis parce que je n'aime pas réagir trop à chaud, je n’ai pas du tout commenté l’actualité ultra-médiatisée de l’Eglise Catholique Romaine. Heureusement, les derniers propos de Benoît XVI en Afrique ont poussé un bon nombre de blogueurs à faire une reprise en un seul paquet des trois dernières affaires, du coup je peux en faire autant sans que ça se voit trop.

On commence par le dernier. « Je dirais qu'on ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec l'argent, même s'il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. » Bon, alors d’une part Benoît XVI, comme Jean Paul II avant lui, a entièrement raison  : l’abstinence et la fidélité sont de bien meilleures préventions contre le SIDA que le préservatif. C’est un argument fondé et il est regrettable qu’on refuse de le prendre au sérieux et de s’interroger sous prétexte que c’est un argument catholique (je devrai écrire chrétien, d’ailleurs) En revanche, affirmer que la distribution de préservatif aggrave le problème, c’est dire que lorsqu’on distribue des préservatifs, on dit aux gens : « Allez-y vous pouvez baiser dans tous les coins, vous êtes protégés, ayez donc une vie sexuelle irresponsable. » Pour reprendre l’image utilisée par un des commentateur d’Eolas (je crois), c’est comme si on disait aux gens « Quand on vous dit de mettre votre ceinture de sécurité c’est pour vous inciter à conduire comme des malades ». Il est possible, et même vraisemblable que certains le prennent ainsi, que certains pensent que le préservatif est une couverture qui autorise tout. Mais il est tout à fait possible et vraisemblable que d’autres se disent « Puisque le vagabondage sexuel est un péché et que mettre un préservatif est un péché, autant ne pas ajouter le péché au péché et le préservatif au vagabondage ». Bien sûr que ce n’est pas ce qu’enseigne l’Eglise catholique, mais le vagabondage n’est pas non plus ce qu’enseignent les promoteurs du préservatif. Bref, que l’on soit catholique ou non, on peut regretter que face à une tragédie comme celle du SIDA, un homme de l’intelligence de Benoît XVI, ne trouve rien de mieux que de rester dans un bras de fer stérile entre deux moyens de lutte. Et si le préservatif et la fidélité ne s’excluaient pas l’un l’autre ? Et si, puisqu’elle refuse (et c’est son droit) le préservatif, l’Eglise Catholique essayait de faire la promotion de la fidélité sans attaquer le préservatif ? (Oui bien sûr, les défenseurs de la capote pourraient de leur côté ne pas attaquer la vision chrétienne de la fidélité, mais bon, je ne crois pas déraisonnable de demander à une Eglise Chrétienne d’être la première à chercher l’attitude fraternelle au-delà du désaccord…)

Pour l’affaire de la fillette brésilienne, j’avoue nager un peu. J’ai eu vent de cette affaire par un ami diacre m’envoyant la demande de levée de l’excommunication par Mgr Yves Patenôtre. A l’époque, les choses me paraissaient assez simples : l'archevêque José Cardoso Sobrinho avait prononcé une excommunication sévère « pour l’exemple» (histoire de rappeler que l’IVG aux yeux de l’Eglise Catholique Romaine c’est mal dans tous les cas de figures, le problème de la lutte contre le relativisme c’est que la casuistique, pour laquelle l’Eglise Catholique m’a toujours paru assez forte, y laisse des plumes aussi), excommunication qu’avait soutenue le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques au Vatican. Heureusement, la voix d’autres autorités tout aussi catholiques se faisait entendre pour appeler à plus de compassion. Je me préparais à faire quelque recherche sur l’excommunication, parce que j’étais surpris qu’un péché puisse entraîner aussi rapidement l’excommunication (je pensais simplement que dans la théologie catholique, ce péché devait être absout au cours du sacrement de réconciliation). Finalement, les voix militant pour la compassion avaient été entendues et l’excommunication était levée. Mais en fait, c’est en lisant la tribune Mgr Fischella, par ailleurs pleine de compassion pour la petite Carmen, les choses ne me semblent pas si simple. Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes - document d’une grande ouverture et prise en compte du monde contemporain - emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l’avortement direct. Même la collaboration formelle à cet acte constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est réalisée, place automatiquement hors de la communauté chrétienne. En termes techniques, le Code de droit canonique emploie l’expression latae sententiae pour indiquer que l'excommunication se réalise dans l'instant même où le fait se produit. Retenons qu'il n'y avait nul besoin de tant d'urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique. Bref, ce n’est pas l’excommunication qu’a dénoncé Mgr Fischella, c’est le fait de l’avoir rendue publique… Du coup, je ne suis pas si sûr que l’annulation de l’excommunication, ne soit pas un raccourci journalistique de plus et que la mère de Carmen et les médecins qui ont pratiqué l’IVG ne soient plus en dehors de la communauté (ainsi d’ailleurs que Carmen, au regard de Gaudium et Spes). Au début j’ai vu cette affaire comme un drame de la médiatisation : des lobbies pro et anti-IVG s’emparant de la souffrance d’une enfant comme d’un champs de bataille. Mais je crois qu’en plus, une fois de plus, l’Eglise Catholique Romaine est empêtrée dans une loi qui l’empêche de parler d’amour de façon crédible.

L’affaire Williamson ne m’avait pas vraiment passionné. Je ne crois pas une seconde que l’Eglise Catholique soit dans une phase négationniste ou anti-sémite et je voyais surtout dans cet incendie médiatique un arbre cachant la forêt : le cœur de la question est le mouvement de réintégration des Lefebvristes. Cette réintégration transformera sans doute en profondeur le paysage œcuménique mais je n’ai pas assez de donnée pour en faire une analyse pertinente (et puis c’est pas mon boulot). En revanche, j‘ai lu avec beaucoup d’intérêt la lettre ouverte à ceux qui veulent bien réfléchir de Mgr Hyppolite Simon qui remet bien les pendules à l’heure. Pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser deux questions. Moi je veux bien voir Vatican II à la lumière de la parabole du fils prodigue (en y mettant beaucoup de bonne volonté), mais si les intégristes sont le fils aîné, qui est le fils prodigue ? (j'ai bien peur que le Père de la parabole soit le pape ou l'Eglise Catholique Romaine)
Plus sérieusement, je suis très gêné par une lettre qui évoque en même temps l’habileté politique de Benoît XVI pour obliger les intégristes à reconnaître l’autorité de Vatican II et l’amour nécessaire à avoir entre frères chrétiens. Forcément, ça laisse un peu de soupçons sur toute délcaration d'accord que l'on pourrait signer avec l'Eglise Catholique Romaine : l'amour : une stratégie pour absorber l'autre ? Bof.

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Nathalie H 30/03/2009 20:02

Je viens de lire votre réponse sur les dernières déclarations du Pape à l'égard du préservaitif et je l'ai trouvée tellement pertinente, tellement équilibrée, en un mot tellement Juste, que je me suis permis de la citer sur un forum d'Actualités. Je ne sais pas si elle reflète la position d'ensemble de l'Eglise Reformée de France mais j'ai envie de dire "chapeau les protestants"!Par ailleurs j'ai asisté à quelques manifestions dans le cadre du 500ème anniversaire de la naissance de Calvin, et je découvre une Eglise dynamique, égalitaire, démocratique bref tout ce qui manque au catholicisme contemporain selon moi.Je vais mettre votre site dans mes favoris pour y revenir puiser à tête reposée.

Matthieu 29/03/2009 22:38

Oups! Je ne suis trompé de lien! Mille pardons! Lire ici donc.

Eric George 31/03/2009 08:10


Je trouve assez paradoxal de se plaindre que l'Eglise catholique soit caricaturée par les médias et de caricaturer comme vous le faites les campagnes de promotion du préservatifs. Voici quelques
lignes tirées du site de l'ONUSIDA (grand distributeur de préservatifs) :
Risk behaviours are enmeshed in complex webs of economic, legal, political, cultural and psychosocial determinants that must be analyzed and addressed by policies that are also effectively
implemented, and through scaled-up programming.
Comprehensive HIV prevention requires a combination of programmatic and policy actions that promote safer behaviours, reduce vulnerability to transmission, encourage use of key prevention
technologies, promote social norms that favor risk reduction and address drivers of the epidemic
Ceci dit, je vous remercie pour votre article qui illustre parfaitement la position de l'Eglise Catholique telle que je la perçois : le préservatif n'y est vu que comme un instrument de débauche.
Vision qui explique très bien le préjugé des journalistes et qui ne doit certainement pas simplifier le travail sur le terrain des différentes associations catholiques qui promeuvent l'ABC.


Matthieu 28/03/2009 12:13

"en écoutant l'interview du père Daniel Ange, je n'entends rien qui contredise ce que j'ai écrit. relisez mon article et dites moi où je caricature l'Eglise catholique ?"En fait, je réagissais surtout à votre réponse au commentaire n°1. Il est absolument faux de dire que l'Eglise catholique "est contre" l'usage du préservatif dans la lutte contre le SIDA. Où donc avez-vous lu cela? Le passage que vous citez du Catéchisme vise le préservatif comme moyen de contraception, non comme moyen d'éviter le SIDA. Le discours du Père Daniel-Ange est en parfaite harmonie avec le discours de nombreux évêques dans le monde qui sont en communion avec le Pape (cf. un exemple parmi tant d'autres).Cela dit, l'Eglise affirme clairement que le préservatif n'est pas la solution au problème du SIDA, et que la seule manière d'enrayer la maladie et de la faire disparaître à tout jamais de la surface de la terre, c'est de redécouvrir le sens et la beauté de l'amour humain et les vertus de chasteté, fidélité et maîtrise de soi.

Eric George 28/03/2009 14:47


Je n'ai aps dit que l'Eglise catholique était contre l'utilisation du préservatif dans la lutte contre le SIDA, j'ai dit qu'elle était contre en général et j'ai cité ma source : quand on dit qu'une
action est "intrinsèquement mauvaise", sauf erreur de ma part, ça veut bien dire qu'elle est mauvaise quelle que soit sa finalité. Si l'Eglise catholique pense que la lutte contre le SIDA fait
exception est que dans ce cas, l'usage du préservatif n'est plus mauvais en soi, elle ferait bien de l'écrire dans une déclaration complètement officielle comme une encyclique. Mais à vous lire, où
à lire le père Xavier Cormary que je cite "le préservatif est tout à fait recommandé quand on a aucun respect pour son partenaire et que l'on cherche un coup à tirer et non une relation affective
épanouissante et engageante"  je doute fort que ce soit le cas et je crois qu'on reste dans une diabolisation du préservatif qui ne doit pas faciliter le "C" du ABC. Je continue donc à trouver
regrettable que la promotion du préservatif soit associée dans le discours catholique à une promotion du papillonnage sexuel et j'estime que les propos de Benoîty XVI allaient dans ce sens. Donc
s'il peut m'arriver prendre position pour l'Eglise catholique contre une certaine injustice des médias, ici ce ne sera pas le cas.


Matthieu 28/03/2009 09:43

Je suis extrêmement déçu par votre commentaire, cher Pasteur. Je vous pensais en général mieux informé sur l'Eglise Catholique. Vous vous en faites une image bien caricaturale... Il est vrai que certains catholiques, comme Yves, contribuent eux-mêmes à cette caricature, ce qui est infiniment navrant.Pour une bonne appréhension de la position de l'Eglise au sujet du préservatif, je vous invite à écouter l'interview-vérité du Père Daniel-Ange.

Eric George 28/03/2009 10:25


Navré de vous décevoir Matthieu (mais nous sommes quitte : votre utilisation de Matthieu XVIII pour justifier l'excommunication m'a bien déçu aussi). Ceci dit, en écoutant l'interview du père
Daniel Ange, je n'entends rien qui contredise ce que j'ai écrit. relisez mon article et dites moi où je caricature l'Eglise catholique ? Ai-je tort d'écrire que l'Eglise catholique voit
l'utilisation du préservatif comme "intrinséquement mauvaise" ? ou que l'abstinence et la fidélité sont des moyens de préventions plus efficaces que le préservatif ?
Je me contente de dire qu'on pourrait très facilement et très ouvertement tenir que l'abstinence et la fidélité sont les meilleurs moyens de lutter contre le sida, que les préservatifs ne sont pas
fiables à 100% (ce que j'ai toujours entendu dire et par d'autre que l'Eglise catholique), qu'il vaut mieux ne pas avoir de comportement à risque mais qu'en cas de, il convient de mettre un
préservatif. Or ce discours, qui est celui du père Daniel-Ange, ou des méthodes ABC, n'est pas le discours officiel de l'Eglise Catholique. Le jour où Benoît XVI le tiendra aussi explicitement, je
serai le premier à applaudir.
En attendant, je maintiens, la pique de Benoît XVI contre le préservatif était trop brêve pour être pédagogique, elle était inutile dans le cadre de son discours, elle ne pouvait donc résonner que
comme au mieux une maladresse, au pire une provocation. J'ai expliqué pourquoi je ne croyais pas à la maladresse. Et quand on lance une provocation, on ne peut pas se plaindre des réactions
suscitées.




roedlingen 27/03/2009 15:21

concernant la phrase du pape, elle est certes maladroite, mais c'est surtout la traduction médiatique raccourcie qui en a été faite qui devient honteuse. Avec le corps complet de la phrase on comprend que le pape ne dit pas que "médicalement" le préservatif augmente le problème du SIDA, à mon sens il s'adreese plutôt du côté "moral". Il s'adresse là en médecin de l'âme et no ndu corps...le figaro plublie une semaine après un article rétablissant un peu la réalité http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/03/28/01006-20090328ARTFIG00078--ce-que-le-pape-a-vraiment-dit-aux-africains-.phpdommage que ce soit si tard, les anti catholiques de base sont déjà passé et ont encore fait passé les propoaux papaux pour des rétrogrades irréalistes dogmatiques, en carricaturant la communauté chrétienne. C'était beau de voir tout le monde unanimement condamner des propos déformés...

Eric George 27/03/2009 16:46


D'une part, je ne comprend pas en quoi, d'un point de vue moral, le préservatif augmente le problème du SIDA...
A dire vrai, je crois qu'ici, vous faites de l'angélisme (et un peu d'anti-média primaire, ce qui est largement aussi répandu que l'anti-papisme ;) )
Petite mise en contexte
A) La position de l'Eglise catholique vis à vis du préservatif est sans aucune ambigüité : elle est contre son utilisation. "Est intrinsèquement mauvaise toute action qui, soit en prévision de
l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation" Nouveau
Catéchisme de l'Eglise Catholique 2370
B) La question a été choisie par Benoît XVI et sa réponse préparée. Il est donc difficile d'y voir une simple maladresse. Surtout de la part d'un intellectuel de cette envergure.