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L'enseignement du Notre Père (3) Quand ton Règne nous délivre

23 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Dimanche 22 mars 09
Psaume 97
Matthieu VI, 10 et 13
Marc IX, 14-29

Nous continuons notre plongée dans le Notre Père lu comme un chiasme ou comme un chandelier à 7 branches. Et nous voici donc à la paire : que ton règne vienne, ne nous conduit pas à la tentation mais délivre nous du mal" Une paire de branches que va éclairer le récit de Marc puisqu'il nous parle du mal, de libération et de prière.

C'est d'après la version de Matthieu que nous  formulons le Notre Père tel que nous le connaissons aujourd'hui. Pourtant, nous en avons changé deux aspects : nous avons remplacé la remise de dette par le pardon (nous verrons cela dimanche prochain) et nous avons remplacé le Malin par le Mal. Ah ah ! Vieille question : vaut-il mieux parler du diable ou du mal ? Faut-il personnifier le mal ? J'ai ma petite idée là-dessus, je la crois argumentée mais ce matin, je préfère que nous penchions sur la réponse que donne Marc dans le récit que nous venons d'entendre. Marc nous parle d'un enfant possédé par un démon. Mais ce possédé ne fait pas tourner sa tête à 360 degré, il ne parle pas des langues disparues, il ne vomit pas sa purée de pois aux visages des disciples de Jésus comme dans L'exorciste, les symptômes qu'il présente sont ceux que n'importe quel médecin actuel attribuerait à l'épilepsie. Attention, ne tirons pas de conclusions trop hâtives, il s'agit simplement de monter que, dans ce récit, pour désigner le mal, Marc utilise un vocabulaire aussi bien démoniaque que médical. L'enfant est-il épileptique ou possédé ? L'épilepsie est-elle une possession démoniaque ? La possession démoniaque est-elle un langage archaïque pour dire des maladies bien connues aujourd'hui ? En fait, ce débat concerne les médecins et les démonologues mais pas vraiment les témoins de l'évangile que nous sommes. Pour nous, ce qui est important, c'est que l'enfant soit guéri. De même, l'important n'est pas le mal ou le malin mais bien "délivre nous".

Délivre-nous du mal. Le mal, c'est quelque chose dont on doit être délivré. La lutte contre le mal est donc une lutte pour la liberté. Mais qu'est-ce que c'est que la liberté ? Bien sûr, être libre ne consiste pas à faire ce qu'on veut. Si c'était le cas, la liberté ne serait qu'une chimère. Aujourd'hui on voit plus souvent la liberté dans la possibilité de choisir. Cela me paraît une vision assez restrictive et somme toute problématique de la liberté. Problématique parce que si la liberté c'est le choix alors que penser des prisonniers volontaires ? Suis-je moins esclave parce que je choisi de l'être ? Restrictive parce qu'elle fait sortir du champs de la liberté des choses telles que la naissance ou l'amour. Du reste, le récit de Marc qui est un récit de libération, c'est incontestable, et il n'évoque aucun choix de la part de celui qui est libéré. Si vous regardez le geste par lequel Jésus libère l'enfant : il lui prend la main, il le fait lever. Jésus libère l'enfant en se saisissant de lui et en lui faisant faire quelque chose. On retrouve la même idée dans le Notre Père qui dit dans le même élan : "Ne nous laisse pas tomber dans la tentation mais délivre nous du mal" et "que ton règne vienne". Si la liberté consistait à choisir, alors la tentation serait l'expression suprême de notre liberté. Mais voilà que nous demandons à Dieu de nous en délivrer. Plus encore, quand nous suivons sa forme de chiasme, le Notre Père nous enseigne que c'est en régnant sur nous que Dieu nous délivre !
Et nous voilà avec une nouvelle vision de l'esclavage : être esclave, c'est bien pire que ne pas faire ce qu'on veut ou ne pas avoir le choix, être esclave c'est faire ce pour quoi nous ne sommes pas faits. L'enfant est captif parce qu'il n'est pas fait pour être jeté à terre, dans le feu ou dans l'eau. Et pensons à toutes ces fois où nous ressentons bien cette oppression, où nous sentons bien que ce n'est pour cela que nous sommes faits. Parfois l'oppression est extérieure : je ne suis pas fait pour souffrir sur ce lit d'hôpital. Parfois, elle est intérieure : je ne suis pas fait pour ruminer ainsi de la colère voire de la haine contre mon voisin. Parfois même, ce sentiment nous vient d'une situation que nous avons voulue, ou choisie. Bien sûr, nous ne nous expliquons pas toujours cette souffrance, nous ne l'identifions pas toujours et dès lors, il nous devient très difficile de la combattre.
Et pourtant elle est bien là, elle est toujours là, pour chacun de nous. Parce que si elle prend différente forme, elle est l’expression de notre principal esclavage, de notre principale incapacité à être ce pour quoi nous sommes fait. Nous sommes fait pour être les créatures de Dieu, pour dépendre totalement de lui et nous le refusons, nous aspirons à l’autonomie, nous voulons être Dieu nous-même ou être sans dieu (ce qui revient au même).

Puisque notre esclavage consiste précisément à refuser d’avoir besoin de Dieu, comment pourrions-nous nous en libérer par nous-même ? Et bien encore, la guérison de l’épileptique de l’enfant peut nous éclairer.
Jésus nous enseigne : "cette espèce de démon ne peut sortir que par la prière". Il est des maux que nous pouvons combattre par différents moyens, avec l'aide de Dieu, mais face à celui-là, face à ce mal qui nous pousse là ou ne nous devrions pas être, qui nous fait faire ce pour quoi nous ne sommes pas fait, il n'y a  que la prière.
Or, le texte nous montre Jésus délivrant l’enfant sans prier. Alors où est la prière dans le récit ? Elle est, je crois, dans la bouche du père : « je crois, viens au secours de mon incrédulité ». Comme toute confession de foi c’est une prière. Mais il faut bien reconnaître que c’est une confession de foi paradoxale. C’est en reconnaissant son manque de foi, que le père affirme tout le sérieux de sa confiance en Jésus. Il n’essaye pas de tricher, de se montrer plus confiant qu’il ne l’est vraiment et c’est cette honnêteté qui manifeste bien sa confiance.
Eh bien, je crois que notre « Que ton règne vienne, délivre nous du mal » est une prière du même genre. Quand nous disons sérieusement, sans tricher, « délivre-nous du mal et de la tentation», nous reconnaissons notre incapacité à accepter le règne de Dieu sur nous.
Et quand nous disons « Que ton règne vienne », en fait nous affirmons que ce règne est déjà là. En effet, si le règne de Dieu n’était pas déjà en action en nous, nous ne pourrions pas demander qu’il vienne. Sans le règne de Dieu sur nous, nous ne pouvons pas vouloir que Dieu règne sur nous. Exactement comme le père de l’enfant ne pourrait pas reconnaître qu’il a besoin de Jésus dans son manque de foi, s’il n’avait déjà la foi (et bien sûr, si cette foi qu’il manifeste déjà ne lui venait pas de Dieu, il ne demanderait pas son aide pour croire davantage).
Ainsi, en étant notre prière « Que ton règne vienne, délivre nous du mal » est déjà la réalisation de cette prière. En me tournant vers Dieu pour qu’il règne, je montre que déjà, je reconnais son règne. En me tournant vers Dieu pour qu’il me délivre du mal, je manifeste que déjà, il m’a libéré de mon incapacité à le reconnaître comme seule source de liberté. Dans cette demande du Notre Père comme dans la confession de foi du père « Je crois, viens au secours de mon manque de foi » je suis déjà pris dans le mouvement de vie.

Frères et sœurs, en nous tournant vers notre Dieu pour que, par son règne il nous délivre, affirmons face au mal qui semble dominer notre monde et nous-mêmes, face à tous nos esclavages et à toutes nos impuissances, la victoire déjà présente de Notre Père dans le ciel qui nous rejoint dès aujourd’hui.

Amen

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