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Et si Dieu s'appelait John ?

24 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Bon, on va commencer par un dogme : Watchmen c'est pas du cinéma (même si le film est pas mauvais du tout), c'est de la bande dessinée. De la très bonne. Ceci dit si vous êtes allergique aux super héros, à la violence, à la philosophie un peu facile ou au pessimisme, c'est peut-être pas la peine d'essayer non plus.
Sur un plan théologique, le plus évidement intéressant des personnages, c'est Dr Manhattan. Dr Manhattan, ou John, a été littéralement atomisé au cours d'un accident et, grâce à ses talents d'horloger, il s'est reconstitué, molécule par molécule (ben oui, on est dans le genre superhéroïque). De cette expérience, outre une très belle couleur bleue, il a retiré le pouvoir de soumettre la matière à ses moindres désirs ainsi qu'une perception simultanée du temps (pour lui, passé et futur ne se distinguent plus du présent). Deux caractéristiques qui font de lui Dieu compris comme l'être suprême : omnipotent et omniscient. Et pourtant, John,  le docteur Manhattan n'est pas Dieu, en tout cas pas celui de Jésus Christ. Chose amusante le film l'exprime très bien tout en faisant un contre-sens complet : un journaliste demande au Dr Manhattan "Vous jonglez avec la matière, vous voyez l'avenir, êtes-vous Dieu ?" Réponse de l'intéressé : "Non, je ne peux voir que mon avenir" Assez ironiquement, l'esprit de cette réponse "je ne suis pas aussi puissant que ça" est faux, alors que dans sa lettre, la réponse est juste :  si John n'est pas Dieu (pas le Dieu d'Israël et pas le Dieu de Jésus Christ donc pas Dieu puisqu'il ne saurait y avoir qu'un seul Dieu), ce n'est pas par manque de puissance mais bien parce que son omnipotence et son omniscience le conduisent à se détourner de l'humanité. Or, ce qui fait de Dieu notre Dieu, c'est qu'il se tourne vers nous, c'est qu'il fait alliance avec nous. C'est ce mouvement de Dieu vers nous que la Bible ne cesse de nous raconter, de la Création à la Pentecôte en passant par le Sinaï et le Golgotha, se fichant royalement de toute autre considération : c'est parce qu'il se tourne vers nous que nous reconnaissons Dieu comme notre Dieu.

Mais voici ce qui distingue l'oeuvre de Dieu en Jésus-Christ en tant qu'elle constitue le centre, la somme, la présupposition et le fondement de la création et de la réconciliation: en Jésus-Christ, Dieu est devenu lui-même créature, en devenant un avec elle, c'est-à-dire avec l'homme. Ainsi, il n'est pas seulement entré en communion avec la créature, tout en la laissant suivre sa propre voie, comme le montre la création; ou, comme on le voit dans le cadre de la réconciliation et de la rédemption, il ne s'est pas borné à la secourir et à lui accorder la vie éternelle dans son royaume. Non, ce qui distingue cet événement de tous les autres événements dans lesquels Dieu, en vertu de son libre amour, entre en communion avec la créature, c'est le fait qu'en Jésus-Christ il s'identifie avec elle. La présence de l'homme Jésus est identique à la présence de Dieu lui-même: non pas seulement comme Créateur et Seigneur, non pas seulement dans la grâce réconciliatrice, non pas seulement comme le roi, l'appui et le maître de la créature, et donc non pas seulement dans le témoignage de l'homme - bien qu'il ne cesse pas d'être tout cela ! - mais en ce sens qu'il s'atteste directement lui-même dans et par l'existence de cet homme particulier.
K. Barth. La dogmatique. 31.2

Je n'ai pas dit : le surhomme existe et il est américain, j'ai dit Dieu existe et il est américain. A. Moore.
Faux. Dieu, c'est cet homme de Galilée qui n'a rien d'un surhomme.

A. MOORE et D. GIBBONS : Watchmen. Zenda Edition. 1987

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marike 03/04/2009 09:00

"Dieu...est américain." Cette affirmation appelle cette parole des Evangiles : "Les premiers seront les derniers..."

Nathalie H 01/04/2009 17:52

Je précise ma pensée : comment Dieu pourrait-il être à la fois contenant le Monde et contenu dans le Monde à travers la personne de Jésus ? Vous me direz : Dieu est tout-puissant, il peut faire ce qu'il veut. L'autre jour, je lisais la définition de l'idolâtrie : accorder à une réalité terrestre un statut de sacralité, de sainteté. N'est-ce pas ce que l'on fait dès qu'on proclame que Jésus est l'incarnation de Dieu alors qu'il nétait peut-être qu'un homme ? un homme génial certes, mais un homme quand même ?

Eric George 04/04/2009 10:37


Deux questions qui appellent un article :)


Nathalie H 31/03/2009 08:59

Vous avez raison : ce sont deux notions distinctes.Alors disons que je bloque déjà sur l'Incarnation : Dieu n'est-il pas déjà au plus proche de nous pour avoir eu besoin de nous rejoindre ? Et si c'est le cas, de quelle manière l'avons-nous accueilli !

Nathalie H 30/03/2009 20:10

"Dieu, c'est cet homme de Galilée qui n'a rien d'un surhomme."Est-ce un homme ? Est-ce Dieu incarné ? Est-ce le Fils de Dieu ? j'avoue que je n'ai jamais rien compris à la Sainte Trinité...

Eric George 31/03/2009 08:13


Je ne suis pas certain qu'il faille nécessairement passer par la Trinité pour comprendre l'Incarnation. Je dois avoir deux ou trois articles à ce sujet mais pour répondre rapidement, disons que
pour moi, l'expression "Fils de Dieu" signifie que Dieu s'est fait homme en Jésus Christ, c'est à dire qu'il nous a rejoint complètement.


Bashô 25/03/2009 11:16

J'aime beaucoup A. Moore qui est l'un des meilleurs scénaristes (sinon le meilleur) de B.D. Je garde en particulier un merveilleux souvenir de V for Vendetta et du premier tome de la League of Gentleman (où il mêle de façon virtuose et parodique les lieux-communs de la litterature victorienne et des comics). Quant à ce que vous avez dit sur Dieu, cela me fait penser à une déclaration du jésuite Pierre Ganne pour qui Dieu était une puissance absolument pure de toute domination et que c'était pour cette raison même que nous avons tant de mal à l'aimer.