Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'enseignement du Notre Père (4) Le pardon : volonté et exigence.

29 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 29 mars 2009
Matthieu VI, 10 et 12
Matthieu XVIII 21-35

    Avant dernier volet de notre étude du Notre Père comme un chandelier à 7 branches. (Petit rappel : des rabbins se penchant sur le Notre Père, on fait remarquer que la prière de Jésus était composée selon une forme bien connue du Premier comme du Nouveau Testament : le chiasme. Le chiasme est une structure littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’.)
La paire de branches que nous étudions aujourd’hui nous enseigne donc que la volonté de Dieu est une volonté de pardon. Dieu veut nous pardonner et Dieu veut que nous pardonnions.

Que ce soit dans la parabole du débiteur impitoyable ou dans les mots même du Notre Père, c'est en terme d'économie que Matthieu nous parle du pardon et même, plus précisément, en terme de dette. C'est intéressant de passer du langage de l'offense à celui de la dette. Parce que le langage de la dette va en fait bien plus loin que celui de l'offense. Penchons nous un peu sur cette image de la dette sans pour autant nous laisser complètement enfermer par elle (le pardon n’est pas simplement une remise de dette) mais en soulignant deux aspects du pardon que nous enseigne le langage de la dette : qui dit dette dit apport et qui dit remise de dette dit don.
Si je demande à Dieu de me pardonner mes offenses, je vais immédiatement me demander quelles sont ces offenses, comment moi, Eric George, ai-je pu offenser Dieu, après tout, comme chantait Brassens, je n'ai jamais tué, jamais violé non plus et y a déjà quelque temps que je ne vole plus. Bref, il y a de bonne chance pour que je finisse par trouver que Dieu est bien susceptible et est offensé par pas grand’ chose. Mais si je dis : remets-moi mes dettes. Alors, la question devient :"Mais qu'est ce que dois à Dieu ?" Et du coup, au lieu de regarder à Dieu et d'essayer de voir à quel point il est chatouilleux, je vais regarder à ce que j'ai reçu de lui et pourquoi je l'ai reçu. Et les choses deviennent bien plus claires.
De Dieu, je reçois ma vie, mon intelligence, mes capacités. Bien sûr c’est un don et je n’ai pas à les rembourser. Mais je les reçois dans un but, pour quelque chose, Dieu me crée pour que je vive, pour que je sois à son image, un être d’amour tourné vers l’autre. Or, je veux pouvoir choisir ce qui fait mourir, je veux m’enfermer sur moi-même, je veux haïr ou ignorer l’autre. Je veux être mon propre maître, et ainsi, je me prétends propriétaire de quelque chose qui n'est pas à moi, qui cesse d’être à moi, parce que je n’en fais pas ce pour quoi cela m’a été donné. Et pourtant, Dieu continue à me créer, il continue à me donner cette vie que je gaspille. Il ne rejette pas sa créature qui refuse d’être créature, qui refuse d’entrer dans ce qu’il veut pour elle et il continue à lui ouvrir un chemin de vie.
Voilà ce que Dieu nous donne, voilà la dette que nous avons envers lui.

Et c'est une dette que, comme l'homme de la parabole nous ne pouvons pas rembourser. Nous ne pouvons donc que demander à notre créancier d’éponger notre dette. Or, s’il y a une chose que j’ai comprise en comptabilité, c’est que lorsqu’on vous remet une dette, on vous fait un cadeau, on vous enrichit. Qui paye ses dettes s’enrichit dit le proverbe (ça, c’est plus compliqué, pour le comprendre, il faut rentrer dans les questions d’intérêts), mais qui se voit remettre une dette s’enrichit encore plus. Nous parler du pardon comme d’une remise de dette, c’est donc nous dire que le pardon est d’abord un enrichissement pour celui qui est pardonné. Et un don, de la part de celui qui pardonne.
Mais la remise d’une dette est plus encore qu’un enrichissement. A l’époque de Jésus, et on le voit dans la parabole, lorsque quelqu’un ne pouvait pas payer une dette, le dernier recours était de le réduire en esclavage avec sa famille. Cet esclavage par la dette n’a jamais tout à fait disparu, et il existe toujours aujourd’hui, de manière plus ou moins légale, plus ou moins subtile. Que ce soit à l’échelle des individus ou des nations, être le créancier de quelqu’un, c’est un bon moyen de lui faire faire ce que nous voulons qu’il fasse. Aussi, la remise d’une dette est-elle véritablement libération, délivrance. Ceci s’exprime très bien dans le grec biblique ou le terme que nous traduisons par  pardonner est afihmi, laisser aller.
C’est peut-être un peu pour ça que le pardon, celui que nous recevons et celui que nous donnons, nous gêne toujours un peu aux entournures, parce qu’il est de l’ordre du laisser aller et qu’à ce laisser aller, nous préférons le contrôle, la maîtrise des évènements. Laisser aller, c’est bien trop facile. Alors nous posons des conditions. Pour que le pardon soit valide, il faut une vraie repentance de la part du pardonné, il faut qu’il ait demandé pardon, il faut qu’il ne recommence plus. Mais non,  quand mon frère a péché contre moi, ce n’est pas 7 fois que j’ai à lui pardonner mais 70 fois 7 fois. Et ce, sans considération de sa demande ou non de pardon (Pierre ne demande pas quand mon frère me demandera pardon mais bien quand mon frère aura péché contre moi), de la sincérité de son repentir (quel crédit accorderai-je au repentir de quelqu’un qui me blesserait 70 fois 7 fois ?). Et pourtant, le pardon que nous recevons nous met bien devant une exigence, celle de pardonner nous aussi.

« Remet nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs » C’est ainsi que mon père céleste vous traitera si chacun de vous ne remet pas à son frère… » Il y a, bien, selon Jésus, une exigence au pardon, et cette exigence est une exigence de pardon.
La parabole qui vient éclairer cette exigence de pardon permet de remettre bien les choses dans l’ordre, alors que le « pardonne-nous comme nous pardonnons » du Notre Père pouvait prêter à confusion. Il ne s’agit pas de dire pour être pardonné, il faut que tu pardonnes mais bien : parce que tu es pardonné, tu dois pardonner à ton tour.
Pourquoi ce devoir ? Pour bien comprendre, il nous faut reprendre plusieurs points de l’enseignement du Notre Père et de la parabole du débiteur impitoyable. Tout d’abord, nous demandons à Dieu que sa volonté de pardon soit faite « sur la terre comme au ciel. » « Sur la terre », c'est-à-dire là, maintenant, tout de suite. Nous ne demandons pas à Dieu son pardon pour la fin des temps, ou pour après notre mort, nous lui demandons son pardon sur notre terre, maintenant, dans notre vie. « Comme au ciel », c'est-à-dire de manière limpide, non cachée, non obscurcie, que nous voyions pleinement que ta volonté est faite. Bref, ce que nous demandons c’est de vivre aujourd’hui pleinement du pardon de Dieu.
Or, nous ne pouvons pas prétendre vivre pleinement le pardon de Dieu aujourd’hui, si nous ne pardonnons pas. Le pardon est un enrichissement, avons-nous vu, comment puis prétendre être enrichi si je vis comme un pauvre ? Comment puis-je prétendre vivre d’un cadeau immense qui m’a était fait, si je continue à être au centième près de ce cadeau ? Notre pardon est nécessaire parce qu’il montre que nous reconnaissons qu’un cadeau nous a été fait. Et non seulement le pardon est ce signe extérieur de richesse, mais en tant que chrétien, notre pardon est nécessaire parce qu’il est témoignage. Quand je refuse de pardonner, je me fais témoin d’un dieu qui pèse, qui juge, qui compte. Quand je pardonne, je me fais témoin de Dieu qui donne sans compter. C’est bien devant cette responsabilité que nous place le « Tout ce que vous lierez sur terre sera lié au ciel »
Mais cela va plus loin. Nous avons vu que le pardon est aussi libération. Or comment puis-je me prétendre libre si je reste captif des blessures que j’ai reçues, du mal qui m’a été fait ? Or c’est bien ce qui se passe quand je ne pardonne pas. Je reste là avec ma blessure plus ou moins profonde, plus ou moins grave et je la ressasse et je l’aggrave bien souvent. Mon refus de pardonner ou mon incapacité à pardonner disent bien que je ne suis pas libre. Pardonner, dans la bible c’est laisser aller. C’est une libération pour celui qui est pardonné, c’est aussi une libération pour celui qui pardonne.
    Seulement voilà. Je n’y arrive pas. Et bien souvent, ce n’est pas parce que je ne veux pas mais parce que je ne peux pas. Je sais bien que j’irais mieux si j’arrivais à pardonner, mais voilà, le pardon ne vient pas et ma blessure reste là, à me faire mal, à m’appauvrir, à m’emprisonner.
    C’est le moment de se rappeler qu’en plus d’être un enseignement le Notre Père est une prière, c'est-à-dire une demande, un aveu de notre pauvreté, de notre incapacité. Nous demandons « Que ta volonté soit faite » et le passif indique bien un acte de Dieu et non pas de nous même. Nous demandons « Pardonne nous » et je crois que nous devons demander aussi « Que nous pardonnions ».

Oui, mon frère, ma sœur, en demandant à Dieu son pardon, demande lui aussi la grâce immense de pardonner toi-même à ceux qui t’ont fait du mal. Demande lui cette richesse et cette liberté que l’on reçoit lorsque soi-même on pardonne. Que son pardon te fasse vivre. Que ton pardon soit ta vie.

Amen

Partager cet article

Commenter cet article

marike 03/04/2009 09:25

J'ai bien aimé ce commentaire sur le pardon à la fois si nécessaire et si difficile. Demander aussi à Dieu de nous aider à pardonner...77 fois 7 fois...