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L'Incarnation : l'impossible nécessité.

4 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Nathalie H me pose au sujet de l'incarnation deux questions, j'espère ne pas trop les déformer : Dieu n'est-il pas assez proche de nous qu'il doive encore s'incarner ?
Voir Jésus-Christ comme Dieu n'est-il pas une forme d'idolâtrie ?
A la première question, je répondrai que la question n'est pas tant celle de l'éloignement de Dieu (encore que celui-ci reste le Tout-Autre et qu'hors Jésus-Christ, il me paraisse hors d'atteinte) que celle de l'éloignement de l'homme. L'homme refuse d'être créature de Dieu, il refuse d'avoir besoin de Dieu, il se veut autonome et cela creuse entre lui et Dieu un fossé qu'il lui est impossible de franchir. Or, l'Incarnation nous dit que Dieu vient lui-même franchir ce fossé. C'est la promesse de la croix : sur Golgotha, Dieu nous rejoint dans les trois lieux où l'homme était séparé de Dieu : le doute (mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?), la mort (le Shéol dans la théologie hébraïque était le lieu (ou plutôt le non-lieu) où Dieu n'était pas) et la malédiction (maudit celui qui est pendu au bois). C'est ainsi que Jésus est "pour" nous : en lui, Dieu subit à notre place, les conséquence de notre refus ; en lui Dieu accepte à notre place d'être créature et de cette obéissance nous tirons le bénéfice.
Quant à la deuxième question, je n'ai pu m'empêcher d'y penser en lisant ce passage du commentaire de Ellul sur l'apocalypse (bientôt sur vos écrans) :
Il est intolérable, impossible, que Dieu s'abandonne, cesse d'être dieu et devienne homme dans sa plénitude. Il est intolérable, impossible que Dieu meure en Jésus. Il est intolérable, impossible qu'un homme vraiment mort ressuscite et que la mort soit vaincue : c'est cette triple impossibilité qui entraîne le bouleversement général de toute la création et des puissances célestes. Si nous arrivions à prendre un instant au sérieux cet incroyable mystère de l'Incarnation, ce cataclysme que peut représenter  "Dieu n'est plus Dieu, il s'est abandonné lui-même, il s'est donné lui-même, il s'est réduit à n'être qu'un homme", alors les cataclysmes décrits dans les chapitres VIII et IX de l'apocalypse nous paraîtraient  bénins.
J. ELLUL. L'apocalypse. Architecture en mouvement.
Bref, Nath
ie a raison l'Incarnation est une folie, une idolâtrie, n'ayons pas peur des mots, une profanation et un blasphème même. Elle est également, impossible à concevoir pour  notre raison, immossible à exprimer de manière cohérente dans un discours humain Et pourtant j'y crois. Au sens le plus fort du terme.

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dju770 05/04/2009 21:07

Oui, à force de répéter des formules, on risque de ne plus mesurer l'importance de l'incroyable incarnation de Dieu... Merci.

Nathalie H 05/04/2009 10:58

Vous avez parfaitement reformulé mes questions. Il y a dans la foi un saut pour la raison. Bienheureux êtes-vous d'avoir la Foi et de la vivre ainsi. Je suis sur l'autre rive et ignore si je vous rejoindrai un jour...

Matthieu 04/04/2009 11:04

Moi aussi j'y crois! Amen!!!Que j'aime ces petits articles tous simples qui nous aident à méditer sur d'aussi grands mystères. Qu'il est agréable aussi, cher Pasteur, de se retrouver sur l'essentiel, malgré tout ce qui nous sépare. Merci Jésus d'être notre unité!Un petit bémol cependant sur le texte d'Ellul : à aucun moment dans l'Incarnation, Dieu ne cesse d'être Dieu. Au contraire, dirais-je. Dieu n'est jamais aussi grand (et il n'est jamais aussi Dieu) que lorsqu'il s'abaisse...

Eric George 04/04/2009 11:55


En fait, je suis assez d'accord avec votre bémol, si j'avais écrit avec mon orthographe la formule d'Ellul (que j'aime assez pour sa force) j'aurais écrit : Dieu n'est plus dieu.