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La loi contre la solidarité

8 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Sans doute cette note aurait-elle été plus utile si je l’avais écrite un peu plus tôt (ne serait-ce que pour son caractère informatif) mais bon, l’inspiration se commande rarement.
J’irai tout à l’heure au tribunal de grande instance d'Evreux, demander à être poursuivi pour « solidarité ». Pas que je sois un grand activiste de la solidarité, mais parce que la loi nécessite d’être changée.
L622-1 du Code d’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 Euros.
Ainsi l’amalgame est fait entre les réseaux de passeurs et les actes associatifs ou individuels de solidarité. Eric Besson prétend qu’au regard de l’article 622-4, le délit de solidarité n’existe pas puisque ne peuvent être condamnés ceux qui ont aidé un étranger en situation de détresse. Il devrait relire plus attentivement le-dit article
Ne peut donner lieu à des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3 l'aide au séjour irrégulier d'un étranger lorsqu'elle est le fait (…) De toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché était, face à un danger actuel ou imminent, nécessaire à la sauvegarde de la vie ou de l'intégrité physique de l'étranger, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace ou s'il a donné lieu à une contrepartie directe ou indirecte.
Bref, les situations de détresse sont quand même limitées et l’on peut tout à fait être condamné pour avoir donné une aide matérielle à un étranger dont la vie ou l’intégrité physique n’était pas menacée. Et je doute fort que l’affirmation que tous les hommes sont frères puisse permettre de se réclamer de la famille de celui que l’on a aidé. Que 4 personnes seulement aient été condamnées au nom du L622-1 ne change rien au problème : tant qu’elle ne se restreindra pas aux personnes agissant pour une contrepartie financière (bref, les véritables passeurs), la loi permettra la poursuite et la condamnation d’une personne pour solidarité. Et c’est là qu’est tout le danger.
En effet, en matière de solidarité, je suis toujours surpris de la rapidité avec laquelle nous passons d’une tentative de justifier notre inaction à l’accusation. Par exemple : je ne donne pas au quémandeur dans le métro, très vite je m’expliquerai que c’est parce que donner encourage la mendicité et que du coup des réseaux se forment qui envoient mendier femmes et enfants. Du coup, mon refus de donner devient un geste salutaire et c’est celui qui donne qui est mis en accusation. Je suis le premier à demander que celui qui ne veut ou ne peut pas faire tel ou tel geste de solidarité ne soit pas culpabilisé mais de là à culpabiliser la solidarité, c'est un peu fort.
Et là, la loi elle-même vient se poser comme obstacle à la solidarité : à la privation de confort (c’est rarement confortable d’aider quelqu’un), aux questions éthiques (on ne s’engage pas dans une action sans se poser les questions du pour ou du contre, sans savoir que notre action comporte aussi du négatif), vient s’ajouter le risque d’avoir des ennuis. On voudrait dissuader complètement les gens de se montrer solidaires, on n’agirait pas autrement.
Dans la parabole du bon samaritain, un des critères qui dissuade le prêtre et le lévite d’agir, c’est que leur loi les rend impurs s’ils touchent un mort ou du sang…

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Tigreek 08/04/2009 22:33

Autheuil, vous me surprenez ! D'habitude, vous êtes le premier à manifester votre liberté de pensée et d'action au sein de votre église, je me trompe ?Au sein de l'Eglise Réformée, il me semble que si le pasteur a une "aura", une vocation et un ministère bien particuliers au coeur d'une paroisse, il est d'abord un croyant... En quoi son ministère lui interdirait-il d'agir en citoyen, guidé par ses convictions ?Et si on arrêtait les clichés ? Si on arrêtait d'amalgamer les cathos à des fachos d'extrême-droite (cf la manif d'il y a quelque temps devant la cathédrale Notre Dame) ou les protestants à des bobos plus ou moins gauchistes ? Parce que si c'était vraiment le cas, je ferais un grand-écart dans mes opinions politiques...

authueil 08/04/2009 15:37

Eric, si demain, dans le canard local, on annonce : le pasteur parmi les "accusés volontaires", que vous vous retrouviez "emblème" de ce mouvement politique fortement marqué à gauche, que direz vous à vos paroissiens qui n'approuvent pas cette prise de position politique et qui se trouvent fort mécontents d'être embarqué malgré eux, en tant que protestants d'Evreux, dans cet engagement politique ?Vous semblez situer le problème au niveau "militant". Pour moi, le problème se pose déjà totalement dès qu'il est politique.Un pasteur ne fait pas de politique !!

Eric George 08/04/2009 18:00



En fait, c'est dommage, j'aurai aimé avoir votre avis sur la loi et son application, bref que nous ayons un débat d'opinion.

Mais là, il me semble que notre désaccord ne porte que sur deux points, le ministère pastoral et le caractère politicien de la manifestation.

Sur le premier point, il me semble que vous avez une vision trop cléricale du pasteur. Et suivant cette vision, je me demande si un pasteur a le droit de faire de la théologie. Après tout,
j'ai beaucoup de paroissiens qui ne partagent pas les convictions christocentriques que je ne cesse de défendre en tant que pasteur, en chaire et en robe de manière tout à fait emblèmatique.
Pour ne pas les embrigader, je devrais donc  mettre ces convictions théologiques en veilleuses et me contenter d'un discours tiédasse satisfaisant aussi bien les libéraux que les
orthodoxes. Je préfère vivre une Eglise de débat dans laquelle le pasteur n'est qu'un témoin avec lequel chacun est libre de ne pas être d'accord, ce qui lui donne aussi une certaine liberté
malgré un devoir de réserve que je ne conteste pas. C'est au nom de ce devoir de réserve que je n'ai pas participé aux grèves de février. C'est au nom de ce devoir de réserve que je n'aurai pas
participé à une manifestation dont le mot d'ordre aurait été "Besson démission" ou "Sarko Facho".



Mais "délinquants solidaires" a été lancé par différentes associations de terrain s'inquiètant de la difficulté grandissante à faire leur boulot : Emmaüs France, le Secours Catholique, la
Fédération  d'Entr'aide Protestante, la Cimade entre autre. Ces associations ont été rejointes par des syndicats et des groupes politiques c'est vrai  Cet après midi, devant le TGI
d'Evreux, un organisateur demandait à tous les porteurs de drapeaux de remballer les drapeaux se revendiquant d'un groupe ou d'une association, la seule association visible, c'était le Secours
Catholique. Bref, oui aller à cette manifestation était pour moi un acte politique, au sens citoyen, c'était ma manière d'aller soutenir des associations dont je reconnais l'action comme
profondément ancrée dans l'évangile mais certainement pas un acte "de gauche" (je serai surpris de vous voir défendre la thèse que l'accueil et la solidarité sont des valeurs de gauche ).


Maintenant, si certains de mes paroissiens me lancent une réflexion bien sentie, je leur rappelerai mon statut de ministre de l'Union et que l'Eglise Réformée s'est déjà exprimée sur la question
par une voix bien plus officielle et représentative que la mienne, celle de ses synodes, que je ne crois donc pas avoir failli à mes obligations mais qu'ils sont tout à fait libres de défendre
d'autres convictions politiques.



authueil 08/04/2009 12:01

Un tel militantisme politique est-il compatible avec les fonctions de pasteur ?Ne prenez vous pas des risques pour la sérénité de votre paroisse ?Vous seriez mon pasteur, vous auriez droit à une remarque assez sentie, non pas pour vos opinions, mais pour cette action que j'estime non compatible avec vos fonctions de pasteur.

Eric George 08/04/2009 14:40



Je ne vois pas très bien où réside l'incompatibilité. Je n'ai pas annoncé cette manifestation au cours du culte dominical parce que je n'en étais pas informé à temps pour en discuter avec le
conseil presbytéral mais ma fonction de pasteur ne m'interdit en rien de participer à des actions citoyennes (les cercles de silence en sont un bon exemple).
Pour la sérénité de ma paroisse, je me fais fort d'expliquer à toute personne que mon engagement en la matière s'il est effectivement politique n'est pas partisan et qu'il s'inscrit tout à fait
dans la position prise par notre Eglise dans les différents voeux votés au cours des synodes nationaux et régionaux, un exemple de voeu du synode national de 2006 : le synode national demande
aux Eglises Locales et à leurs membres de s'informer sur les lois relatives aux étranegrs et leurs conséquences pour se faire une opinion personnelle, de poursuivre le travail entrepris en
reprenant les convictions affirmées lors du synode national de Rézé en 1998 sur "Etrangers, étrangers", de se rapporcher des associations qui soutiennent les étrangers et défendent leurs droits
fondamentaux.
Quant à l'action en elle-même, je l'aime bien parce qu'elle correspond exactement à ce que devrait être tout acte de désobéissance civile, j'estime la loi mauvaise, je décide de l'enfreindre et
j'accepte d'assumer les conséquences de mon infraction. On ne casse rien, on ne bloque rien, on montre le danger d'une loi.