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Les mercredis de Calvin (14) : C'est du vol

8 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire


Il y a plusieurs espèces de larcins. L’une gît en violence, quand par force et quasi par une manière de briganderie, on vole et pille le bien d’autrui ; l’autre gît en fraude et malice, quand cauteleusement on appauvrit son prochain, en le trompant ou en le décevant ; l’autre en une astuce encore plus couverte, quand sous couleur de droit on prive quelqu’un de ses biens ; l’autre en flatterie, quand par de belles paroles on attire à soi, ou sous titre de donation ou autrement, ce qui devait appartenir à un autre. Mais pour ne point trop nous arrêter à raconter les genres divers, il nous faut brièvement noter que tous moyens dont nous usons pour nous enrichir au dommage d’autrui, quand ils déclinent de la sincérité chrétienne, qui doit être gardée en dilection, et se dévoient à quelque obliquité d’astuce ou de toute autre nuisance, doivent être tenus pour larcins. Car bien que ceux qui y procèdent en telle façon, souvent gagne leur cause devant le juge, néanmoins Dieu ne les a pour autres que larrons, car il voit les embûches que font de loin les fines gens pour attraper les simples en leur rets ; il voit la rigueur des exactions que font les plus grands au plus petit pour les piétiner ; il voit combien sont venimeuses les flatteries dont usent ceux qui veulent emmieller quelqu’un pour le tromper : lesquelles choses ne viennent point à la connaissance des hommes.

Davantage, la transgression de ce précepte ne gît pas seulement en cela, quand on fait tort à quelqu’un en son argent, en marchandise ou possession : mais aussi en quelque droit que ce soit. Car nous fraudons notre prochain de son bien, si nous lui dénions les offices auxquels nous lui sommes tenus. Si donc un receveur, ou métayer, ou fermier, au lieu de veilleur sur le bien de son maître, vit en oisiveté, sans se soucier de procurer le bien de celui qui le nourrit, ; s’il dissipe mal ce qui lui commis, ou en abuse en superfluité ; si un serviteur se moque de son maître, s’il divulgue ses secrets, s’il machine quelque chose contre son bien, ou sa renommée, ou sa vie ; si d’autre part le maître traite inhumainement sa famille : c’est larcin devant Dieu. Car celui qui ne s’acquitte point envers les autres du devoir que porte sa vocation, retient ce qui appartient à autrui.

Nous obéirons donc au commandement, si étant contents de notre condition nous ne tâchons qu’à faire gain, sinon qu’honnête et légitime ; si nous ne désirons point nous enrichir, en faisant tort à notre prochain ; si nous ne machinons point de le détruire pour attirer à nous son bien ; si nous ne mettons point notre étude à assembler richesses du sang ou de la sueur d’autrui ; si nous n’attirons point de ça et là, à tort et à travers, tout ce qu’il est possible pour remplir notre avarice, ou dépenser en superfluités ; mais au contraire, si nous avons toujours ce but d’aider chacun tant que nous pouvons de notre conseil et de notre substance à conserver le sien. Et s’il advient que nous ayons affaire avec méchantes gens et trompeurs, que nous soyons prêts plutôt de quitter du nôtre, que de combattre avec eux par même malice ; que nous communiquions à leur indigence, et soulagions leur nécessité par notre abondance. Finalement que chacun regarde en quoi il est obligé du devoir de son office envers les autres, afin de s’acquitter loyalement.

Pour cette raison, que le peuple porte honneur à ses supérieurs, se soumettant à eux de bon cœur, obéissant à leurs lois et commandements, ne refusant rien qu’il puisse faire sans offenser Dieu ; d’autre part, que les supérieurs aient soins et sollicitude de gouverner leur peuple, de conserver la paix partout, défendre les bons, châtier les mauvais, et gouverner comme ayant à rendre compte de leur office à Dieu, souverain juge.

Que les ministres ecclésiastiques administrent fidèlement la Parole de Dieu, ne corrompant point la doctrine de salut, mais conservant sa pureté. Et que non seulement ils instruisent le peuple en bonne doctrine, mais aussi en exemple de vie. Bref, qu’ils président comme bons pasteurs sur les brebis. D’autre part, que le peuple les reçoive comme messagers et apôtres de Dieu, leur rendant l’honneur que notre seigneur leur attribue et leur donnant à vivre.

Que les parents s’emploient à nourrir, instruire et gouverner leurs enfants, comme leur étant commis de Dieu, ne les traitant point trop rigoureusement pour leur faire perdre courage, mais les entretiennent en douceur et bénignité convenable à leur personne ; comme il a été dit, que mutuellement les enfants leur doivent révérence et sujétion.

Item, que les jeunes portent honneur aux vieilles gens, comme notre Seigneur a voulu cet âge là être honorable ; et aussi que les anciens tâchent de dresser les jeunes par leur prudence, ne les traitant point par trop grande rigueur, mais usant d’une gravité tempérée avec douceur et facilité.

Que les serviteurs se rendent serviables à leurs maîtres, et diligents à leur complaire et non point seulement à l’œil, mais aussi de cœur, comme servant à Dieu. Que les maîtres aussi ne se rendent point difficiles et intraitables avec leurs serviteurs, les opprimant de trop grande rigueur, ou les traitant avec mépris : mais plutôt qu’ils les reconnaissent pour frères et leurs compagnons au service de Dieu, afin de les entretenir humainement.

Q’en cette manière donc, chacun répute qu’il doit à ses prochains, en son ordre et degré, et leur rende ce qu’il leur doit.

Davantage il faut que toujours notre mémoire soit dressée au Législateur, afin qu’il nous souvienne que cette règle n’est pas moins ordonnée à l’âme qu’au corps, pour que chacun applique sa volonté à conserver et avancer le bien et l’utilité de tous les hommes.

Institution Chrétienne Livre II §8. 46


Actuel, non ?

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Tigreek 08/04/2009 22:41

Très actuel ! :DCes recommandations me font penser à la lettre de Paul aux Ephésiens, où il parle du respect que chacun doit à son prochain (Ephésiens 5, 22-25 et 6, 1-9).