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Le jeune homme revêtu

12 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 12 avril 2009

Culte de Pâques Romains VI, 1 à 14
Apocalypse VII, 9 à 17
Marc XIV, 43 à 52 et XVI, 1 à 8

Alors que tous avaient fui, un disciple, un jeune homme, voulut aller plus loin et continuer à suivre Jésus. Mais l’entreprise s’avère impossible et notre jeune homme doit laisser son drap aux mains de ses poursuivants pour s’enfuir à son tour. Nu. Qui est ce jeune homme ? Marc, qui est le seul à nous raconter cet épisode de la passion ne nous donne pas beaucoup d’indice. Certains pensent, puisqu’il est le seul à relater cette anecdote que c’est à lui qu’elle est arrivée et que ce jeune fuyard serait plus tard l’évangéliste Marc. Pourquoi pas. Mais puisque Marc ne nous dit rien de tel, puisqu’il laisse ce jeune homme à son anonymat, il nous est possible de nous emparer de lui. Que nous dit le texte sur ce jeune homme ? Qu’il avait sans doute été surpris par les événements : on le voit vêtu d’un simple drap. Il nous dit aussi qu’il avait voulu suivre non pas la troupe qui s’était emparée de Jésus mais bien Jésus lui-même (un certain jeune homme le suivait). Nous avons donc bien affaire non pas à un voisin curieux mais un disciple. Un disciple qui, comme les autres, devra fuir pour sauver sa vie.
L’anecdote montre, bien sûr, la soudaineté et la violence de l’arrestation, elle montre la menace qui pesait sur les disciples. Mais je crois possible d’aller plus loin dans notre lecture parce que Marc nous y engage. D’abord en conservant l’anonymat de son jeune homme, ce qui en fait une figure générique, une figure de disciple. Ensuite, par le choix des termes, « jeune homme » et « drap » est plein de sens : dans l’évangile selon Marc, le drap est un linceul et le terme neaniskos, « jeune homme » ne se trouve que lors de l’arrestation et dans le tombeau vide. Bref, Marc nous permet de continuer l’enquête : qui est ce jeune homme. Et ce matin, nous pouvons répondre à la question, le jeune homme c’est moi, c’est Françoise, c’est Laurence, c’est toi qui veut suivre Jésus, que tu sois homme ou femme, jeune ou vieux, le jeune homme c’est toi. C’est toi qui surpris au milieu de ta nuit, au milieu de ta vie, as voulu suivre Jésus. C’est toi qui as mesuré ton incapacité à aller jusqu’au bout, qui y a laissé ton vêtement. C’est toi que l’on retrouve en ce matin de résurrection. Mais n’allons pas trop vite.

La fuite du jeune homme le dénude, il y laisse son dernier vêtement. La fonction première du vêtement dans la Bible est de couvrir notre nudité, c'est-à-dire notre faiblesse. Le vêtement, c’est tout ce dont nous nous parons pour nous montrer aux autres. Bien au-delà de notre style vestimentaire, c’est tout ce que nous montrons aux autres, tout ce par quoi nous croyons avoir de la valeur à leurs yeux. Cela peut-être notre métier, nos hobbies, nos convictions, notre nom, notre richesse, que sais-je encore ? Mais lorsque le Fils de l’homme est jugé, et avec lui toute l’humanité, tous ces beaux atours tombent, tout ce que nous pensions être notre valeur s’effondre et nous apparaissons dans toute notre nudité, dans notre faiblesse. Ce n’est même pas nous qui nous dépouillons, qui déposons notre vêtement, notre vie devant la croix, selon la formule consacrée, même cela nous en sommes incapables mais notre vêtement nous est arraché.
Et c’est alors qu’on se rend compte que ce vêtement n’est qu’un drap, un linceul. Un linceul parce que toute cette apparence extérieure ne fait que recouvrir tout ce qu’il y a de mortifère en nous, tout ce qui nous ronge et nous détruit, cette faiblesse qui nous fait si mal. Il y a tellement de choses que nous cachons derrière nos images.
Un linceul aussi parce que bien souvent nous nous sentons emprisonnés dans ce que les autres voient de nous, y compris lorsque c’est ce que nous leur donnons à voir. Nous nous sentons limité par l’image que les autres ont de nous. Et rien que pour ça, ce déshabillage, ce dépouillement est déjà une délivrance. En laissant notre drap, nous nous échappons. C’est être libre qu’être révélé tels que nous sommes, être manifestés dans notre faiblesse. C’est être libre que ne plus avoir à donner le change, ne plus avoir à paraître toujours plus fort, plus solide. Eh bien face à Christ dans sa passion et dans sa mort, tombent tous nos masques. Mais l’histoire ne s’arrête pas avec ce drap arraché, avec ce jeune homme en fuite. Notre histoire ne se termine pas pendant cette nuit qui commence le vendredi saint.

Bien sûr, le jeune homme disparaît, nous disparaissons pendant la crucifixion et le sabbat qui la suit. C’est normal c’est un temps de passion et de mort que Jésus à vécu pour nous, en notre faveur et à notre place. Il est donc normal que le disciple s’éclipse pendant ce moment.
Mais nous retrouvons le jeune homme au premier jour, le dimanche matin. Pourquoi ne serait-ce pas le même puisque Marc utilise le même terme pour le désigner et que ce terme n’est utilisé qu’à ces deux endroits. Il est là, dans le tombeau vide. Il n’est plus en fuite, il est assis, sûr, cette fois, de son support, serein et confiant. Il est là, vêtu d’un vêtement nouveau. Un vrai vêtement cette fois, pas un linceul qui cache et embarrasse, mais une robe blanche de vie et de lumière, « lavée dans le sang de l’agneau » pour reprendre l’expression de l’Apocalypse. Cela vous étonne que j’associe ainsi le disciple en fuite et l’ange du tombeau vide ? Mais n’est-ce pas la mission de tout disciple que d’être un ange, c'est-à-dire un messager ? Oui, nous sommes ce jeune homme en fuite et ce matin, nous sommes aussi ce jeune homme revêtu de blanc. La passion du Christ nous a révélé notre faiblesse, notre incapacité à aller jusqu’au bout, elle nous a montré également que nous ne sommes pas abandonnés, anéanti à cause de cette faiblesse et la résurrection nous donne une identité nouvelle : le vêtement dont nous sommes désormais revêtu, ce qui couvre désormais notre faiblesse, c’est l’amour dont Dieu nous aime, un amour si puissant qu’il a été jusqu’au bout et qu’il a vaincu la mort. Revêtu de cet amour, nous sommes porteurs pour nos frères et nos sœurs du message de la résurrection « Il a été réveillé, il n’est pas ici. Il vous précède en Galilée. » I
l a été réveillé. Celui qui a assumé à notre place les conséquences de notre fragilité, de notre faiblesse, de notre révolte contre Dieu a été réveillé par Dieu lui-même. Le message que nous avons à porter en tant que chrétien n’est pas une parole de jugement et de condamnation mais une bonne nouvelle de pardon et de vie. I
l n’est pas ici, il vous précède en Galilée. Le ressuscité n’est pas captif des lieux autorisés. Il n’est pas enfermé dans nos rites et nos paroles. C’est chez vous que vous le verrez, dans votre vie, dans vos engagements. Il vous y précède, il vous y conduit, il vous y attend. Le message que nous avons à porter en tant que chrétien n’est pas un message de refus du monde mais le message d’une présence joyeuse et renouvelée dans ce monde.

Mon frère, ma sœur, jeune femme, jeune homme (en grec, je dirais neanis(kos)), pour le monde et pour toi, Christ est ressuscité ! Il revêt tes faiblesses d’un vêtement nouveau. Il te précède dans ta vie et il éclaire tes engagements d’une lumière nouvelle. Il fait de toi un témoin, porteur d’une parole de vie pour tous ceux qui t’entourent.
Amen

Une variation sur une fugue inspirée par Elian Cuvilier

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