Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'Apocalypse. Architecture en mouvement

16 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Pour comprendre à quel point nous sommes ici devant un écrit théologique, et non point devant des « visions » ou des explications sur la fin des temps, ou des proclamations politiques, il suffit de considérer l’importance du « Je ». Tout le long de notre texte, c’est Jésus Christ en tant que Seigneur, et le Dieu de Jésus Christ qui parlent à la première personne soit pour nous dire qui est Jésus Christ (« Je suis le Premier et le Dernier » : proclamation qui ouvre l’Apocalypse) soit pour nous dire ce qu’il fait (« voici, je fais toute chose nouvelle » : proclamation qui clôt l’Apocalypse). Et dans chaque section, ce n’est pas le spectaculaire qui est important : celui –ci est seulement, soit l’environnement, soit l’illustration, soit la parabole, soit l’allégorie de ce que fait, de qui est le Seigneur. Ce n’est pas l’Eglise dans les sept lettres qui est le centre d’intérêt, c’est le Seigneur de l’Eglise, celui qui la conduit et la juge. Ce n’est pas les cataclysmes dans le monde qui sont la Révélation, mais que Dieu est celui qui « fait vivre et qui fait mourir ». Ce n’est pas la destruction de la puissance du Monde qui est significative, mais bien le fait que Dieu est plus puissant que toutes les puissances ; ce n’est pas la Jérusalem céleste qui doit nous intéresser, mais l’amour que Dieu manifeste à toute sa Création en l’accomplissant dans cette Jérusalem. Autrement dit, parce que nous avons une curiosité malsaine, une compréhension déficiente, parce que nous sommes toujours attirés vers le spectaculaire et l’émotionnel, nous nous intéressons en général dans l’Apocalypse à ce qui n’est qu’une enveloppe, et lorsque bien des commentateurs ont employé la méthode allégorique, ils n’aveint pas tout à fait tort, en ce qu’il y a en effet allégorie, mais ils se trompaient quant à son objet : toute l’Apocalypse est une allégorie de Dieu et de son œuvre : rien d’autre.
Jacques Ellul


Les commentaires de l'Apocalypse se divisent en deux groupes : ceux qui lisent l'Apocalypse comme l'annonce d'évènements à venir et qui généralement voient dans des événements contemporains la réalisation de ces prédiction : les même symboles de Jean de Patmos y sont lu comme l'avènement du communisme, du catholicisme romain, du capitalisme ou de la Réforme selon la sensibilité de l'exégète. L'autre groupe est composé de ceux qui voient dans l'Apocalypse une description de l'époque à laquelle elle a été écrite. Si ma sympathie va plutôt vers le deuxième groupe, il faut bien reconnaître que cette lecture a tendance à désincarner l'Apocalypse, à réduire ce livre déjà gênant par son étrangeté au rang de simple document historique, une sorte de livre de paille destiné aux seuls spécialistes. Ellul se refuse à s'inscrire dans un de ces deux groupes et fait de l'Apocalypse une lecture théologique voyant dans ce texte la description du bouleversement que la Croix provoque dans la sphère céleste. Ainsi, pour lui, l'Apocalypse s'évade l'époque à laquelle elle a été écrite mais ce n'est pas pour s'enferrer dans une autre période historique. Dans la perspective ellulienne, l'Apocalypse parle à chaque époque et de chaque époque. Cette approche et l'importance que Ellul donne à la structure globale du livre ne permet pas d'utiliser son livre comme on utilise souvent un ouvrage d'exégèse : en en faisant une lecture morcelée, limitée au passage biblique qui nous intéresse (en tout cas, c'est généralement ainsi que j'utilise les commentaires). L'apocalypse de Ellul est plus un essai théologique dans lequel on trouvera plusieurs grands thèmes elluliens : le silence de Dieu, la foi comme refus de silence, les forces du mal, l'eschatologie. C'est un livre qui entre plus dans le registre de la prédication que dans celui de l'exégèse, ce qui en fait un ouvrage peut-être moins "pratique" mais aussi plus ouvert et accessible.

J. Ellul. L'Apocalypse. Architecture en mouvement. Ed. Labor et Fides 2008

Partager cet article

Commenter cet article