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Un pour tous, tous en un

25 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 juin

Lendemain de la nuit des veilleurs

II Corinthiens V, 14-17

Un seul pour tous, mort et réveillé, l’ancien et le nouveau. En quelques versets, nous avons quelques unes des plus grandes tensions qui se jouent en Jésus Christ. Il ne manque plus que la loi et la grâce et nous aurions toute les dynamique évangélique…

Mais la plus grande tension exprimée dans ce passage, celle qui me paraît éclairer les autres, c’est ce « un seul pour tous ». Une tension doublement dérangeante : théologiquement et anthropologiquement.

 

 

Un seul est mort pour tous et donc tous sont morts. L’affirmation est un peu étrange, nous avons plutôt l’habitude de dire en christianisme que « un seul est mort pour tous et que donc tous sont vivants. »Affirmation qui reprend la lecture traditionnelle de la croix : sur la croix Jésus Christ a subi le châtiment  (certains de nos cantiques ajoutent : « et sans se plaindre ! ») que nous avions mérité… Eh bien, Paul nous propose ici une autre lecture : Jésus n’est pas mort pour épargner notre vie face à la colère divine : il est mort pour que nous mourrions avec lui. Bien sûr, il faut avoir à l’esprit, que pour Paul mourir avec Christ, c’est échapper à tout ce qui nous emprisonne à tout ce qui nous fait souffrir. Il l’explique à plusieurs endroits... Un rapprochement un peu saugrenu me vient à l’esprit : le programme de protection des témoin mis au point par le FBI. Ce programme qui consiste à faire disparaître les témoins complètement, parfois en les faisant passer pour mort pour supprimer la menace qui pesait sur leur vie. En mourant avec Jésus le Christ nous nous affranchissons de toutes nos chaînes. Avec cette lecture de la croix, Paul nous pousse à changer d’histoire du salut : nous ne sommes  plus dans une logique : faute =>punition / grâce mais dans une logique esclavage/don =>libération

 

 

Ce « un seul pour tous » nous dérange aussi dans notre compréhension de l’homme. Aujourd’hui, nous célébrons l’individualité, et c’est vrai que c’est une notion importante et bonne, que l’individu doit être respecté en tant que tel. Et pourtant, avec cette phrase « un seul est mort tous et donc tous sont morts » l’apôtre vient nous affirmons que nous sommes complètement solidaire de l’humanité toute entière. Cette solidarité, qui ne se vit que dans la rencontre avec le crucifié, change tout. Elle nous fait effectivement « nouvelle créature », elle modifie toute relation : dès lors « nous ne connaissons plus personne à la manière humaine ». Cela n’a rien à voir avec cette solidarité qui nous est souvent un devoir : se porter au secours des plus faibles, corriger ceux qui s’égarent. Cette solidarité-là, tous la professent et beaucoup essaye de la vivre, et c’est très bien. Mais on reste dans une connaissance, dans une morale « à la manière humaine ». Mourir en Christ, c’est rejoindre l’humanité dans son ensemble. Ainsi, si je me porte au secours du plus faible, de celui qui souffre, ce n’est plus par devoir de bon chrétien, ou même d’être humain, c’est parce que sa souffrance devient complètement la mienne, c’est parce que lorsque mon frère, ma sœur est blessé, c’est moi qui suis blessé dans mon humanité. Et si j’agis pour eux, si je prie pour eux, ce n’est plus par devoir mais par nécessité, par réflexe de survie… Mais ce n’est pas seulement aux persécuté que je suis ainsi uni en Jésus Christ mais aussi aux persécuteurs, aux oppresseurs et au bourreaux. Uni à eux en Christ, il m’est impossible d’avoir le regard de celui qui juge, certain de ma propre justice, sûr d’être irréprochable. Lorsque mon frère, ma sœur, se transforme en monstre, c’est ma propre humanité qui est défigurée. Alors si je prie pour les bourreaux, ce n’est pas pour qu’ils se rallient à mes opinions, à ma façon de voir, mais parce que, comme eux, j’ai besoin d’être transformé, converti, renouvelé.

Frères et sœurs, lorsque toute distance est ainsi supprimée avec l’autre, lorsque nous sommes ainsi saisi dans la communion avec l’humanité toute entière qui souffre et qui fait souffrir, alors de tout notre être nous aspirons à ce Royaume de Dieu que Jésus le Christ nous annonce et nous promet, alors nous renonçons à nos forces illusoires pour nous en remettre entièrement à son esprit et à sa grâce. Bien sûr, cet abandon est un sentiment absolument effrayant, mais il se vit dans la confiance en Dieu qui nous aime et nous promet que la lumière vient dans notre monde de ténèbres. Nous croyons que cette mort à nous-même est promesse d’une vie nouvelle et d’un monde nouveau libéré de toute souffrance, de tout égoïsme, de toute peur.

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