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Les mercredis de Calvin (18) La foi comme audace

6 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

 

Il y en a plusieurs qui conçoivent la miséricorde de Dieu, de telle sorte qu’ils en reçoivent bien peu de consolation. Car ils sont en même temps étreints en angoisse misérable, d’autant qu’ils doutent qu’il leur sera miséricordieux, parce qu’ils limitent trop étroitement sa clémence, qu’ils pensent bien connaître.. Voici comment ils la considèrent : ils la réputent bien  être grande et large, répandue sur plusieurs, appareillée à tous ; mais d’autre part ils doutent si elle parviendra jusqu’à eux, ou plutôt s’ils pourront parvenir jusqu’à elle. Cette cogitation, d’autant qu’elle demeure au milieu du chemin, n’est que demie : dès lors, elle ne confirme point tant l’esprit en tranquillité et assurance, qu’elle ne l’inquiète de doute et d’irrésolution.

Il y a  un tout autre sentiment en la certitude qui est toujours en l’Ecriture conjointe avec la foi, à savoir pour mettre hors de doute la bonté de Dieu telle qu’elle nous est proposée. Or cela ne se peut faire que nous n’en sentions vraiment la douceur, et l’expérimentions en nous-même. C’est pourquoi l’Apôtre déduit de la foi la confiance, et de la confiance la hardiesse, en disant que par Christ nous avons hardiesse et entrée en confiance, qui est par la foi en Christ (Eph. III, 12) Par ces paroles, il dénote qu’il n’y a point de droite foi en l’homme, sinon quand il ose franchement d’un cœur assuré se présenter devant Dieu : laquelle hardiesse ne peut être qu’il n’y  ait confiance certaine de la bienveillance de Dieu. Ce qui est tellement vrai, que le nom de foi et souvent pris pour confiance.

Ici gît le principal point de la foi : que nous ne pensions point les promesses de miséricorde, qui nous sont offertes du Seigneur, être seulement vraie hors de nous, et non pas en nous : mais plutôt qu’en les recevant en notre cœur, nous les fassions nôtres. D’une telle réception procède la confiance que S. Paul appelle en d’autre lieu paix : à moins que quelqu’un n’aimât mieux déduire cette paix e la confiance, comme une chose conséquente.

Or cette paix est une sûreté qui donne repos et liesse à la conscience devant le jugement de Dieu : car la conscience, sans elle, nécessairement est troublée merveilleusement, et à peu près déchirée, si ce n’est qu’en oubliant Dieu et soi-même, elle s’endorme pour un peu de temps. Je dis bien en disant pour un peu de temps : car elle ne jouit point longuement de cette misérable oubliance, qu’incontinent elle ne soit pointe et piquée au vif du jugement de Dieu, dont la mémoire d’heure en heure vient au devant.

En somme, il n’y a nul vraiment fidèle, sinon celui qui, étant assuré de persuasion certaine que Dieu lui est un père propice et bienveillant, attend toute chose de sa bénignité ; sinon celui qui étant appuyé sur les promesses de la bonne volonté de Dieu, conçoit une attente indubitable de son salut, comme l’apôtre le démontre par ces paroles : Si nous tenons jusqu’à la fin la confiance et le glorifiement de notre espérance (Heb. 3 ; 14) Car en disant cela, il témoigne que nul n’espère droitement en Dieu sinon qu’il s’ose hardiment glorifier d’être héritier du royaume céleste. Il n’y a dis-je derechef, nul fidèle, sinon celui qui étant appuyé sur l’assurance de son salut, ose insulter hardiment au diable et à la mort, comme l’Apôtre l’enseigne en la conclusion qu’il fait aux Romains : Je suis assuré dit-il que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses futures, ne nous pourront retirer de la dilection que nous porte Dieu en Jésus Christ (Rom. 8, 38). Ainsi l’Apôtre n’estime pas que les yeux de notre entendement soient bien illuminés, si ce n’est que nous contemplions quelle est l’espérance de l’héritage éternel auquel nous sommes appelés. Et telle est sa doctrine partout, que nous ne comprenons pas bien la bonté de Dieu, sinon qu’en elle nous ayons grande assurance.

 

Institution Chrétienne Livre III. §2. 16

 

 

Oser affirmer : « je suis aimé de Dieu et rien ne m’arrachera à cet amour », n’est ce pas le comble de l’audace ? Surtout  de la part d’un humain qui est tout entier révolte contre Dieu… Et pourtant, pour Calvin cette affirmation est la seule confession de foi qui vaille. Ici, le soucis d’apaisement et de consolation du réformateur perce son image de rigueur et d’austérité. Le centre de sa théologie est bien dans cette audace de la foi.

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