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Turquie tour (6) La Vierge d'Ephèse

15 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

30 avril

Kusadasi Ephèse Izmir

Le premier jour, alors que nous faisions halte dans une auberge solitaire et que nous avions besoin d’un lit pour le repos du bienheureux Jean, nous fûmes témoins d’une de ses histoires plaisantes. Il y avait là un lit sans couvertures, posé quelque part. Nous y étendîmes les manteaux que nous avions avec nous, et nous l’invitâmes à s’y coucher et à s’y reposer, pendant que tous les autres dormaient sur le sol. Mais une fois couché, il fut importuné par une multitude de punaises. Comme elles l’importunaient toujours davantage et que la moitié de la nuit s’était déjà écoulée, il s’adressa à elles – et nous l’entendîmes tous - : « Je vous le dis, ô punaises, montrez-vous bienveillantes ; toutes ensemble, abandonnez en cet instant votre demeure, restez tranquilles en un seul lieu et tenez-vous loin des serviteurs de Dieu ! ». Et au milieu de nos rires et de nos conversations, qui redoublaient, Jean s’endormit. Alors, parlant doucement, nous évitâmes de le déranger.

Au point du jour, je me levai le premier et en même temps que moi, Verus et Andronicus. Nous vîmes, à la porte de la chambre, une multitude de punaises. Nous étions saisis d’étonnement au spectacle de leur grand nombre et, alors que tous les frères s’étaient réveillés à cause d’elles, Jean continuait à dormir. Lorsqu’il se fut éveillé, nous lui rapportâmes ce que nous avions vu. Il se redressa alors sur le lit, il vit qu’elles […] et leur dit : « Puisque vous avez été tout à fait bienveillantes en respectant mon avertissement, regagnez votre place. » Dès qu’il eût dit ces mots, et qu’il se fut levé du lit, les punaises accoururent de la porte jusqu’au lit et, grimpant par les pieds, elles s’enfoncèrent dans les jointures. Jean dit encore : Ces animaux, quand ils ont entendu la voix d’un homme, sont demeurés tranquilles de leur côté sans transgresser l’ordre. Mais nous, quand nous entendons la voix de Dieu, nous désobéissons aux commandements et nous cédons au relâchement. Jusqu’à quand ? »..

Actes de Jean 60-61 (apocryphe)

 

Une nuit dans un hôtel apparemment grand luxe mais au service nettement moins bon que jusqu’ici. Contrairement à Jean, on n’a pas eu à affronter des punaises mais les chambres n’étaient pas faites à 23h30. Enfin, la vue sur la mer rattrape tout (désolé, j’ai raté mes photos) et on a trouvé des couettes où s’envelopper. Petit truc rigolo à l’hôtel, c’est le mur de magnet’s du magasin de cadeaux ou les Vierges côtoient les Priape dans un mélange du plus mauvais goût…

Notre dernière halte commerce : la bijouterie de trop, le marchand n’est pas aussi bon commerçant que les précédents, loin s’en faut, on n’a même pas le droit au raki et on aurait pu profiter n peu plus du site d’Ephèse. Cela nous lance dans une petite discussion sur ces arrêts commerciaux bien sûr soigneusement choisis par Omega Tour. C’est vrai qu’on n’est pas dans un circuit commercial et que ça commence à faire beaucoup. D’un autre côté, je me demande à quel pont les techniques de vente ne sont pas culturelles : un collègue turc de Laurence dit que lui-même à du mal à sortir des magasins sans rien acheter.

A part cela, Ephèse est jolie, nous avons la chance de visiter le cite presque désert et la Bibliothèque de Celsus est grandiose, mais je suis d’accord avec Umit et je préfère Aphrodisias.

Et puis Ephèse, c’est aussi la maison de la Vierge. Donc pour des protestants, y aller dans un groupe œcuménique, ça veut dire laisser la piété mariale s’exprimer. En fiat, j’aimerai bien que nos frères catholiques soient plus simples et qu’ils laissent tout bêtement leur foi s’exprimer sans tenir compte de nous : nous sommes tout à fait capables de nous dissocier un moment du groupe tout en restant dans un esprit de fraternité. Un cantique marial dans le car m’aurait finalement moins gêné qu’un Notre Père sur le tombeau de Jean.

Notre organisatrice aurait voulu que je m’exprime sur les protestants et Marie. Je suis content que finalement ce ne ce soit pas fait, en tout cas pas à Ephèse, le lieu est un peu trop chargé pour les catholiques mariaux (NB : tous ne le sont pas dans notre groupe)). Et puis j’ai peur qu’ils finissent par me crier « Grande est la Vierge d’Ephèse ! »).

Entre nous, la présence de Marie à Ephèse est quand même plus que douteuse : les actes de Jean, un apocryphe du II° siècle n’y fait aucune allusion alors que ses deux thèmes principaux sont l’activité de Jean à Ephèse et la virginité. La dormition de Marie, qu’on situe au IV° ou au VI° siècle affirme que Marie vivait à Jérusalem. Ne reste donc en faveur de cette hypothèse que les visions d’Anne-Catherine Emmerich, au sujet desquelles le préfet de la congrégation pour la cause des saints note que la mystique "ne nous a laissé que trois lettres dont l’authenticité soit sûre. Les autres écrits, qui lui sont attribués par erreur, ont des origines diverses: les “visions” de la Passion du Christ ont été annotées, réélaborées très librement et sans contrôle par l’écrivain allemand Clemens Brentano et ont été publiées en 1833 sous le titre La douloureuse passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. […] Les œuvres en discussion ne peuvent donc pas être considérées comme des œuvres écrites ou dictées par Anne-Catherine Emmerich ni comme des transcriptions fidèles de ses déclarations et de ses récits, mais comme une œuvre littéraire de Brentano qui a procédé à de telles amplifications et manipulations qu’il est impossible d’établir quel est le véritable noyau attribuable à la bienheureuse" et une longue tradition de piété mariale à Ephèse (or, une longue tradition de piété mariale dans une ville connue pour sa longue tradition des vénération de déesses mères dont le dernier avatar est Artemis, par ailleurs une déesse vierge, ça ne m’étonne pas tant que ça… Allez comprendre…) Mais je ferme ma grande bouche

Ce qui m’étonne un peu avec nos frères et soeurs catholiques, c’est qu’ils admettent sans difficultés que la présence de Marie à Ephèse est très peu vraisemblable mais pourtant le lieu prend une grande importance. Etrange attachement au lieu alors même qu’on sait que sa signification en lui été donné que bien après. Ce n’est pas du tout une critique de ma part, juste une petite surprise.

En fait, le seul accroc à Ephèse c’est lorsque je fais remarquer après une lecture de Jean XIX que les trois autres évangiles ne mentionnent pas la présence de Marie à la croix (et qu’à mon avis les versets 25-27 relèvent plus de la composition théologique que du récit historique). On me regarde avec horreur : comment puis-je insinuer que Marie aurait pu rester tranquillement chez elle alors que son fils était crucifié. Là encore je préfère me taire, mais Jésus est arrêté dans la nuit du jeudi au vendredi, crucifié le vendredi à 9h du matin et Nazareth est à 100km de Jérusalem. Bref, je ne vois rien de scandaleux à ce qu’elle n’ait pas pu être là. En revanche, je trouverai beaucoup plus surprenant qu’elle ait assisté à la crucifixion et pas à l’embaumement du corps (cf Jean XX).

Enfin bref, nous avons le même Dieu, le même Christ, le même Evangile, la même Bible mais vraiment nous n’avons pas la même Marie…

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Tigreek 17/05/2009 00:51

Au fait... Vous dites "Jésus est arrêté dans la nuit du jeudi au vendredi, crucifié le vendredi à 9h du matin et Nazareth est à 100km de Jérusalem."Mais lors de l'épisode de Jésus recouvré au Temple, Marie et Joseph étaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque, non ? Pourquoi ne s'y seraient-ils pas trouvé aussi lors de la dernière Pâque de Jésus ? En tant que chrétiens, les fêtes de Noël sont une occasion de nous retrouver en famille, et parfois de faire de longs trajets. Pourquoi n'en aurait-il pas été de même pour les Juifs lors de la Pâque ?

Eric George 17/05/2009 10:03


Tout d'abord, vous faites un léger anachronisme : 100km c'est à peu près 4 jours de voyage. Peu de familles chrétiennes font un tel trajet à Noêl.
De plus, les trois évangiles synoptiques sont unanimes : c'est avec les 12 que Jésus a pris le repas pascal. Or cette fête, est comme vous le soulignez une fête familiale, si les parents de jésus
étaient à Jérusaem c'est avec eux et non avec les douze qu'il aurait du passer cette fête.
Bref, l'explication que vous proposez sous-entend soit que Jésus était en de si mauvais termes avec sa famille qu'il ne passait pas la Pâques avec eux, alors même qu'ils étaient à côté, soit que
Marie était à ce point quantité négligeable pour les évangélistes qu'ils ne se donnaient même pas la peine de la nommer. J'avoue trouver ma lecture plus simple, plus en accord avec le texte et plus
respectueuse de Marie.


Tigreek 16/05/2009 23:16

Je vous trouve un peu sur la défensive pendant ce voyage, je me trompe ? Avez-vous entendu tant de choses qui vous aient heurtées de la part des catholiques pendant ce séjour en Turquie ?Ceci étant, je vous rejoins sur le fait que les catholiques ne devraient pas se limiter dans l'expression de leur foi quand ils sont avec d'autres chrétiens : les protestants sont habitués à faire la part des choses, et n'aiment guère avoir l'impression que les autres confessions les prennent "en pitié", avec une certaine condescendance...

Eric George 17/05/2009 10:13


Je n'ai pas encore écrit ma conclusion sur le voyage mais disons que c'est vrai que si ce voyage était oecuménique pour les catholiques  (il y avait des protestants et un des animateurs était
un pasteur) d'un point de vue protestant, il l'était beaucoup moins : je n'ai su quelle était ma place que lorsque j'ai compris que si j'étais appelé à intervenir comme bibliste, je ne l'étais pas
comme organisateur, et je n'avais pas vraiment mon mot à dire sur la manière dont il devait se dérouler. Pas vraiment ma vision d'un voyage organisé à deux confessions.
Je n'ai rien entendu qui m'ait heurté de la part des catholiques (enfin si, mais pas sur un plan religieux ou confessionnel). En revanche il me paraît évident que j'en ai heurté plus d'un en
m'exprimant quant à la croyance en la viriginité perpétuelle de Marie (alors que je posais juste la queston "en quoi cela diminue-t-il Marie que d'admettre qu'elle a eu des enfants après Jésus ?"
et que je les aurai choqué encore plus si je leur avait fait remarqué que Marie est vue, dans l'évangile selon Marc comme une opposante à Jésus et que le culte marial à Ephèse me semble s'inscrire
dans la filiation directe du culte d'Artémis.
Je sais d'expérience que les protestants ont une liberté de parole qui va bien plus loin que ce que les cathliques même les plus libéraux ont l'habitude d'entendre.