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Une foi intéressée

2 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 2 juillet 06

Profession de foi et accueil de Béatrice

Marc V, 21 à 43

 

Quelle est la différence entre la femme à la perte de sang, Jaïros et Béatrice ? Aucune : ils sont tous les trois des exemples de foi.  Je ne plaisante pas. Je n’affirme pas non plus que Béatrice à cette foi qui lui permet de soulever les montages ou de marcher sur l’eau. Ca je n’en sais rien. Mais, par sa confession, elle est comme Jaïros et la femme à la perte de sang, un exemple de foi. Quelle est la différence  entre Jaïros et la femme à la perte de sang ? Aucune, tous deux se tournent vers Dieu dans la demande. Tous deux rencontrent des obstacles dans leur aspiration à Dieu. Et tous deux vont être changés.


Pendant la préparation du culte d'aujourd'hui, de son accueil à la cène, Béatrise m'a coincé, elle m'a rappelé l'importance de la grâce. Elle m'a fait découvrir que j'étais loin d'être si radical que ça sur cette question. J'ai, en effet, pris l'habitude de demander  aux jeunes de préparer une phrase d'engagement dans l'Eglise sur le mode : "avec l'aide de Dieu, je veux" Et voila que Béatrice me propose une confession de foi qui n'est pas un engagement mais une demande.

Eh bien Béatrice, ne t'inquiète pas, tu n'as pas raté un examen de passage, ta phrase n'est pas mauvaise. Bien au contraire, tu viens me rappeler, et peut-être nous rappeler à tous cette vérité profonde que nous rappelle la guérison de et la résurrection de la fille de Jaïros. En effet, il y a un point commun entre Jaïros et la femme. Quelque chose rassemble le chef de la synagogue et celle qui, à cause de sa maladie, est considérée comme impure : Tous les deux ont désespérément besoin d'un prodige. S'ils se tournent vers Jésus, c'est qu'ils en attendent quelque chose. Disons le franchement, leur foi est tout à fait intéressée. Or cette foi intéressée est, dans les deux cas, encouragée par Jésus. Oh, je sais bien, une foi intéressée, ça ne parait pas très correct dit comme ça. Se tourner vers Dieu parce qu'on a besoin de Lui, ça fait un petit peu "religion du ventre". Pourtant si on se place d'un autre point de vue, se tourner vers Dieu parce qu'on a besoin de lui, c'est aussi un très bel aveu d'humilité : "C'est vrai, je le reconnais j'ai besoin de Dieu". J’ai besoin de Dieu dit la femme à la perte de sang. J’ai besoin de Dieu dit Jaïros. J’ai besoin de Dieu dit Béatrice. Et ce besoin, c’est le premier pas de la foi, de la confiance.

Les hommes vont à Dieu dans leur misère

 Et demandent du secours, du bonheur et du pain

 Demandent d'être sauvés de la maladie, de la faute et de la mort

 Tous font cela, tous, chrétiens et païens

 

Le deuxième point commun entre la femme à la perte de sang et Jaïros, c'est qu'ils rencontrent tous les deux des obstacles dans leur appel à l'aide. Aujourd'hui encore, on trouve des échos à ces deux obstacles qui se dressent devant ceux qui se placent en demandeurs face à Dieu.

Il y a tout d’abord ceux qui, comme les amis de Jaïros, pensent qu’on  ne peut pas tout demander à Dieu, qu’il y a des limites et qu’il faut bien compter sur soi ou, tout simplement parfois, laisser tomber, qu’il y a des choses impossibles. « Ta fille est morte, pourquoi importuner le maître ? ». Qu’ils viennent d’athées ou de croyants, cet obstacle est celui de l’extérieur, il se présente un peu comme les chaînes qui viennent retenir celui, ou celle qui veut s’approcher de Dieu. Ces chaînes nous les rencontrons tous, , parfois ce sont d’autres qui les forgent pour nous. Le plus souvent, elles viennent de nous-mêmes : ce qui nous retient dans notre demande à Dieu, c’est la raison qui nous dit que Dieu ne peut pas tout pour nous. C’est notre volonté qui nous enseigne que nous devons être autonomes… Mais Jésus ne tient pas compte de ces chaînes, il ne tient pas compte des moqueries, il invite Jaïros a s’avancer malgré tout ce qui le retient : Ne crains pas, crois seulement.

Pour la femme, c’est la religion qui fait obstacle, qui l'empêche d'atteindre celui dont elle à besoin. Parce qu’elle perd son sang, elle est considérée comme impure par la religion juive et ne peut donc pas entrer en contact avec un homme (et encore moins avec un prophète ou un guérisseur), on considèrerait qu’elle le souille. En touchant le manteau de Jésus elle va braver un interdit très fort et prendre un risque terrible. Alors bien sûr, notre religion à nous, notre Église ne dresse plus ce genre d’obstacle entre Dieu et ceux qui voudraient se tourner vers lui. Nous, nous laissons tous ceux qui le souhaitent accéder à Dieu ! C’est vrai… A condition qu’ils ne prennent pas Dieu comme un génie qui exhausserait les souhaits. A condition que leur démarche soit exempte de toute magie et qu’eux-mêmes soient purs de toute superstition. Bref, à conditions qu’ils soient théologiquement corrects… Et je gage que cette femme qui va toucher un morceau de vêtement ne passerait pas au crible de nos critères de sélection, pas plus qu’elle ne passait au crible des critères de sélection du judaïsme de la Palestine de Jésus. Et pourtant elle va être guérie ? Et pourtant cette foi, toute magique, toute superstitieuse qu’elle a manifestée va être célébrée. Un événement qui a de quoi faire frissonner d’horreur les plus théologiens d’entre nous…

 

Alors, tu vois Béatrice, face aux obstacles que j’avais placé sur ta route, tu as été inspirée et tu m’as rappelé que la foi, c’est avant tout un mouvement de demande. Eh bien, je te le promet, Dieu sera avec toi, dans les moments difficiles comme dans les joies. Mais tu verras que cette présence de Dieu n’est pas tous les jours facile à vivre. D’une part elle n’est pas tous les jours facile à ressentir, à percevoir mais surtout, lorsque nous la percevons, elle ne nous laisse pas indemne. C’est le dernier point commun entre Jaïros et la femme à la perte de sang. Tous les deux vont être transformés par cette intervention qu’ils avaient demandé.

Jésus aurait pu laisser la femme rentrer chez elle tranquillement après qu’elle aie été guéri. Mais non, il faut qu’il sache qui l’a touché. Et il rajoute : « sois guéri de ton mal », alors que c’est déjà fait ! Alors, que veux Jésus ? Pas  condamner la femme ou lui faire des remontrances. Même pas critiquer cette attitude religieuse qui fait écran entre Jésus et ceux qui ont besoin de lui. Non. Si Jésus appelle cette femme, c’est pour qu’elle ne rentre pas chez elle avec ce miracle « volé ». C’est pour lui montrer que son geste magique (toucher le pan du vêtement du guérisseur) est aussi un geste de foi. Pour lui montrer qu’elle n’a pas brisé un interdit, mais qu’elle a témoigné d’une confiance qui dépasse tout. « Sois guéri de son mal », ici ce n’est plus seulement la perte de sang mais cette peur terrible qui toujours nous sépare de Dieu cette peur qui ne peut être vaincue que dans la confiance…

Chez Jaïros aussi, il y a du changement. Dans le texte, l’enfant ressuscitée devient jeune fille. Une aubaine pour la lecture psychanalytique. Mais aujourd’hui, je me contenterais de relever qu’après le passage de Jésus, les relations dans cette famille sont profondément transformée.

Si le premier mouvement vers Jésus est un mouvement de demande, la rencontre avec Jésus nous déplace toujours dans ce que nous sommes et nous révèle un Dieu autre que celui que nous pensions trouver.

Des hommes vont à Dieu dans sa misère

Le trouvent pauvre et méprisé, sans asile et sans pain

 Le voient abîmé sous le péché, la faiblesse et la mort

 Les chrétiens sont avec Dieu dans sa Passion.

 

Béatrice, frères et sœurs, quelque soit notre mouvement vers Dieu, que nous soyons dans la demande, dans la louange face au Dieu inconnaissable qui nous surprend toujours. N’oublions pas que même lorsque nous croyons aller à lui, c’est lui qui vient à nous, se riant de tous les obstacles.

Dieu va vers tous les hommes dans leur misère

Dieu rassasie leur corps et leur âme de son pain

 Pour les chrétiens et les païens, Dieu souffre la mort de la croix,

 Et son pardon est pour tous, chrétiens et païens

 

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