Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les mercredis de Calvin (25) La sanctification (c) Soi-même et les autres

24 Juin 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Quand l’Ecriture nous commande de nous comporter envers les hommes de telle sorte que nous les préférions à nous en honneur, et que nous tâchions fidèlement d’avancer leur profit, elle baille des commandements, dont notre cœur n’est point capable, s’il n’est premièrement vide de son sentiment naturel. Car nous sommes tous si aveuglés et transportés en l’amour de nous-même, qu’il n’y a personne qui ne pense avoir bonne cause de s’élever par-dessus tous autres, et de mépriser tout le monde au prix de soi.
Si Dieu nous a donné quelque grâce qui soit à estimer, incontinent sous l’ombre de cela notre cœur s’élève ; et non seulement nous nous enflons, mais quasi crevons d’orgueil ! Les vices dont nous sommes pleins, nous les cachons soigneusement envers les autres, et nous faisons accroire qu’ils sont petits et légers ; ou même parfois nous les prisons pour vertus. Quant aux grâces, nous les estimons tant en nous, jusqu’à les avoir en admiration. Si elles apparaissent en d’autres, voire même plus grandes, pour que nous ne soyons contraints de leur céder, nous les obscurcissons ou déprisons le plus qu’il nous est possible. Au contraire, quelques vices qu’il y ait en nos prochains, nous ne nous contentons point des les observer avec sévérité, mais les amplifions odieusement.
De là vient cette insolence que chacun de nous comme étant exempté de la condition commune recherche prééminence par-dessus tous les autres, et sans en excepter un, les méprise tous comme ses inférieurs. Les pauvres cèdent bien aux riches, les vilains aux nobles, les serviteurs à leurs maîtres, les ignorants au savants : mais il n’y a nul qui n’ait en son cœur quelque fantaisie qu’il est digne d’être excellent par-dessus tous les autres. Ainsi, chacun en son endroit, en se flattant, nourrit un royaume en son cœur. Car s’attribuant les choses dont il se plaît, il censure les esprits et es mœurs des autres. Si on vient à dispute, alors le venin sort et se montre. Il y en bien plusieurs qui ont quelque apparence de mansuétude et modestie, cependant qu’ils ne voient rien qui ne leur vienne à gré : mais combien y en a-t-il peu qui gardent douceur et modestie quand on les pique et les irrite ?
Et de fait, cela ne se peut autrement faire, sinon que cette peste mortelle de s’aimer et exalter soi-même, soit arrachée du profond du coeur, comme aussi l’Ecriture l’en arrache. Car si nous écoutons sa doctrine, il nous faut souvenir que toutes les grâces que Dieu nous a faits, ne sont pas nos biens propres , mais dons gratuits de sa largesse ; si donc quelqu’un s’en enorgueillit, il démontre en cela son ingratitude. Qui est-ce qui te magnifie ? dit Paul. Et si tu as reçu toutes choses, pourquoi t’en glorifies-tu, comme si elles ne t’étaient pas données ? (I Co IV, 7). D’autre part, reconnaissant assidûment nos vices, nous avons à nous réduire à l’humilité. Ainsi, il ne restera rien en nous qui nous puisse enfler, mais plutôt il y aura grande matière de nous démettre et abattre.
En outre, il nous est commandé que tous les dons de Dieu, que nous voyons en nos prochains soient en tel honneur et révérence qu’à cause d’eux nous honorions les personnes auxquelles ils résident. Car ce serait trop grande audace et impudence de vouloir dépouiller un homme de l’honneur que Dieu lui a fait.
Il nous est aussi commandé de ne point regarder les vices, mais de les couvrir : non pas pour les entretenir par flatterie, mais pour que nous n’insultions point à celui qui a commis quelque faute, vu que nous lui devons porter amour et honneur. De là, il adviendra qu’envers quiconque que ce soit, à qui nous ayons affaire, non seulement nous nous porterons modestement et modérément, mais aussi en douceur et amitié ; de même, on ne parviendra jamais par autre voie à la vraie mansuétude, qu’en ayant le cœur disposé à s’abaisser et à honorer les autres.

Institution Chrétienne Livre III §7, 4

Partager cet article

Commenter cet article

marike 01/07/2009 15:30

Il est difficile de naviguer entre l'écueil de l'orgueil, et celui du mensonge. En écrivant ma lecture libre et personnelle de l'Institution, sans avoir les titres requis, j'ai vu l'écueil du péché d'orgueil, mais, selon le sacerdoce universel, j'ai continué librement ma lecture de femme du 21e siècle, un peu électron libre, suivant mon sentiment, pour rechercher ma vérité personnelle, car le principe d'autorité ne doit pas non plus uniquement nous guider, mais notre sens propre, d'abord. Et c'est là que réside la fierté protestante, après tout ! Tout commentaire sur ma lecture peut l'enrichir et enrichir mes lecteurs, n'est-ce pas ? Qu'en pensez-vous, lecteur ?