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La ville dans la bible (1) Caïn : le fondateur.

18 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 16 juillet 06

Genèse IV, 9 à 17

Matthieu VIII, 18 à 20

 

Lorsqu'on parle de Caïn, c'est avant tout le meurtre d'Abel qui nous vient à l'esprit. Et puis, si vous êtes un peu bibliste viendront les questions du choix de Dieu et celle du sceau de protection dont est marqué Caïn. Mais ce qu'on ignore habituellement, c'est que, au regard de la Bible, Caïn est le fondateur de la première ville. C'est donc tout naturellement que j'ouvre, avec Enoch fondée par Caïn, ce court cycle de prédications sur la ville à travers la Bible.l

 

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, il me faut faire deux remarques. La première concerne la femme de Caïn. Sa simple mention montre bien que l'auteur ou le compilateur de ces récits du commencement lui-même les voit comme des mythes. Inutile de se demander si Caïn a épousé sa sœur (et pourquoi elle n'a pas été mentionnée avant) ou s'il a rencontré sa femme pendant son exil (et d'où elle venait). Cela n'a aucune espèce d'importance. Caïn n'est pas un des premiers hommes, il est un archétype, une figure de l'humanité. Nous sommes ici dans le domaine du mythe. Ce qui ne signifie pas le mensonge ou l'invention mais une vérité bien plus essentielle que notre réalité. Ce texte ne nous raconte pas notre passé mais il nous parle de nous. Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant.

Ma deuxième remarque sera pour corriger l'aberration de certaines traductions qui nous parlent du pays de Nod comme si c'était un pays donné et contribuent ainsi à nous présenter l'histoire de Caïn comme un récit historique et géographiquement localisable. Le pays de Nod n'existe à aucun autre endroit de la bible. En revanche, nod ou nad, en hébreux, c'est le vagabondage, l'errance. Bref le pays de Nod c'est la terre de l'errance, du vagabondage,  une sorte de « non-pays ».

 

Caïn est donc condamné à l'errance. Une errance qui dans la Bible est la marque de l'humanité toute entière. De l'exode à l'exil, Dieu rappelle à son peuple que son ancêtre était un nomade araméen. Et cela ne s'applique pas seulement à la Première Alliance : avec le vagabondage de Jésus et les voyages de Paul, la Nouvelle Alliance elle aussi s'inscrit sous le signe du voyage. "Le fils de l'homme n'a pas de lieu ou reposer sa tête" dit Jésus. Le fils de l'homme, c'est à dire l'humain. C'est parce qu'il est complètement homme que Jésus est ce voyageur perpétuel. La Bible nous le rappelle : la terre ne nous appartient pas, pas plus que nous ne lui appartenons. L'errance de Caïn est donc notre propre errance. Alors s'agit-il d'une condamnation ? de la conséquence d'un acte ? ou simplement d'une relecture biblique pour expliquer une situation donnée. On pourrait sans doute spéculer à l'infini. Ce qui est certain c'est que nous vivons cette errance comme une souffrance. Elle est ici le châtiment pour le plus terrible des gestes et c'est un châtiment que Caïn ne veut pas supporter, un châtiment qui lui semble trop dur. Et tout comme lui, nous trouvons l'errance insupportable et terrifiante. Insupportable parce qu'elle nous oblige à l'incertitude, à l'instabilité constante et à la recherche perpétuelle. Terrifiante parce qu'elle nous rappelle notre vulnérabilité et notre impuissance. L'errance c'est le lieu où nous ne contrôlons pas notre entourage. Je voudrai à ce sujet ouvrir une parenthèse pour que nous nous rappelions que nous ne choisissons jamais l’exil et l’errance. Nous pouvons certes partir une semaine en vacances mais nos voyages n’ont du charme que parce que le retour est prévu. Il serait bon que nous nous rappelions de ce fait lorsque nous parlons d’immigration. Ces étrangers qui se pressent à nos frontières ne le font pas par plaisir mais par nécessité. Ils ne viennent pas piller nos richesses mais ils fuient des conditions sans issues. Fin de la parenthèse

 Oh bien sûr !Dieu ne nous laisse pas seuls dans cette errance, il nous accompagne : c’est l’arche de l’alliance qui sans cesse se déplace avec le peuple, c'est la promesse de protection faite à Caïn (Caïn sera vengé 7 fois)

 

Mais Caïn ne se satisfait pas de cette promesse et la première chose qu'il fait dans son errance, c'est de construire une ville. Construire une ville, c'est à dire justement refuser l'errance. Construire une ville, c'est à dire vouloir savoir de quoi demain sera fait. Construire une ville, c'est à dire s'installer, dominer et surtout, ne plus avoir peur.

Le confort, le contrôle et la sécurité, c'est bien le projet de l'humanité quand elle construit ses villes, du premier village de huttes à la métropole futuriste.

Et si, en construisant nos villes, nous refusons d'assumer notre condition d'errant, nous refusons également la promesse de Dieu. La protection qu'il nous offre, nous voulons la trouver en nos propres forces. C'est notre autonomie que nous voulons et non d'un Dieu qui nous accompagne dans nos errances ! Et pour trouver cette autonomie nous nous bâtissons des villes qui deviennent autant d'idoles, de lieux d’esclavage (je développerai ce point dans un autre volet de ce cycle mais il suffit de voir à quel point nous personnifions nos villes).

 

Alors bien sûr, je ne suis pas en train de prêcher un exode urbain, une "déssédentarisation" et un retour au nomadisme (vous savez à quel point je suis citadin). Mais d'une part, il est bon que nous nous interrogions un peu sur notre soif de confort et sur ce que nous offrent réellement nos villes.

D'autre part, il me semble que cette remise en question de la ville  ne concerne pas que notre urbanisme. Nous ne recherchons pas seulement un confort physique mais également un confort intellectuel. Que ce soit en matière de science ou en matière de foi, nous voulons avoir des réponses simples, claires et solides. Nous voulons qu'on nous dise ce qu'il faut croire, penser et faire. Nous voulons des dogmes aussi stables et confortables que les villes dans lesquelles nous habitons pour nous y installer et n’en plus bouger. Or, sur ce point aussi, la Bible (tout comme la science à mon avis, mais c'est un autre débat) nous invite au voyage, au cheminement. En effet, si nous prenons la Bible au sérieux, c’est à dire dans son intégralité, il nous est impossible d'en avoir une lecture dogmatique, une lecture qui nous dirait Dieu est comme ci et comme ça. Bien sûr nous pouvons (et nous le faisons tous) choisir nos textes et dresser ainsi notre portrait de Dieu. Mais à chaque article de foi que nous établirons sur un texte biblique, un autre passage viendra nous bousculer et nous remettre en marche. Le refus du dogme ne consiste pas en une démarche qui consisterait à laisser chacun décider de ce qu’il croit et ne croit pas et faire sa religion à sa sauce, une idole individuelle est une idole autant qu’une idole de masse. Non le refus du dogme consiste pour chacun comme pour chaque communauté a accepter de se laisser bousculer dans ses convictions. Nous ne sommes pas sans repère sur notre chemin mais le repère que Dieu nous a donné n’est pas un bloc monolithique mais un foisonnement de témoignage humain. L'attitude du lecteur croyant de la Bible n'est donc pas l'adhésion aveugle a un dogme, ni à un bricolage personnel (vous savez, ce Dieu de bric et de broc que nous avons souvent tendance à construire en empruntant un morceau par ci, un morceau par là) mais une recherche constante, une continuelle remise en question.

Frères et soeurs, nous aspirons à la stabilité et à la certitude. Et c'est normal ! Cela fait partie de ce que nous sommes ! Mais Dieu, lui, nous invite sans cesse à nous remettre en route, à abandonner nos sécurités illusoire. Dieu nous rappelle que la vie, c'est le mouvement, la recherche. C'est vrai que cette errance à de quoi nous effrayer mais sur quel que soit ce chemin  qui est le notre, Dieu nous promet qu'il reste avec nous, toujours présent à nos côté.

 

Amen

 

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Anne-Françoise 07/08/2006 17:03

Coucou! Un petit mot pendant que tu es en vacances, si j'ai bien compris. Je lis souvent ton blog et l' apprécie. bizzz