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Le pain de vie

2 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 16 août 2009
Genèse IX, 1 à 7
Galates II, 16 à 21
Jean VI, 51 à 58

    Entre la diététique et le bio, entre les régimes d’été et la nourriture saine, l’anorexie et la boulimie, la nourriture redevient une préoccupation majeure de notre société pourtant bien alimentée. Alors que pour d’autres populations la question fondamentale et « aurons-nous de quoi manger ? », notre question est « que mangerons-nous ? » ou « que mangeons-nous ? »
    Mais en fait, cette question n’est pas neuve. Au-delà du besoin de manger, la nourriture a toujours exercé une grande fascination pour l’homme comme en témoignent les règles alimentaires que l’on trouve dans toutes les religions.
C’est bien à cette fascination que Jésus s’adresse quand il utilise cette image qui choque bien au-delà du judaïsme « celui qui mange ma chair et boit mon sang »
    Ce matin, nous ne parlerons pas de la Cène. En effet, en dissociant l’enseignement sur le pain de vie du repas pascal, Jean nous montre que la question n’est pas de savoir si et comment le pain et le vin deviennent corps et sang de Jésus Christ. nous ne parlerons pas de consubstantiation ni de transbustantiation, ces questions n'ont rien à voir avec l'Evangile. La question n’est pas non plus de savoir comment nous mangeons Jésus mais bien de comprendre que Jésus est notre nourriture. Et pour cela, nous nous pencherons sur 3 aspects de la nourriture : se nourrir, c’est recevoir, c’est détruire, c’est assimiler.

    Se nourrir, c’est d’abord absorber quelque chose qui vient de l’extérieur. C’est un fait : nul ne se nourrit de lui-même. Nous ne fonctionnons pas comme une dynamo, alimentés par l’énergie que nous produisons nous-même. Notre besoin de nourriture, au sens large, c’est peut-être la première chose qui nous fait renoncer à l’autarcie. Parce que je dois manger, boire, respirer, je suis obligé de sortir de moi-même, je dois renoncer à me recroqueviller autour de mon nombril. L’extérieur non seulement m’est utile mais il m’est nécessaire.
    Pour que Jésus soit bien notre nourriture, il faut qu’il vienne de l’extérieur, qu’il ne soit pas issu de nous-même. Or, justement dans cet enseignement sur le pain de vie, Jésus insiste lourdement sur son origine : « Je suis le pain vivant descendu du ciel », l’origine céleste du pain déjà affirmée quelques versets plus haut est répétée par deux fois. Et Jésus insiste encore « le Père m’a envoyé ». Jésus est bien notre nourriture parce qu’il n’émane pas de nous même mais qu’il nous est donné. Ce n’est pas en nous que nous avons à chercher notre vie mais de lui que nous la recevons.
    C’est peut-être le premier scandale : nous ne sommes pas autonomes, nous ne puisons pas notre vie en nous-même, dans nos mérites, dans nos forces mais nous la recevons d’un autre.

    Deuxième réalité de la nourriture : nous détruisons ce que nous mangeons. Même si nous nous contentions du régime des cavaliers tartares en chevauchée qui, dit-on, se contentaient de blesser légèrement leur cheval à l’encolure pour boire un peu de son sang, cela ne changerait rien : ce que nous mangeons, ce que nous absorbons est détruit. Nous savons bien que nous devons tuer pour vivre. Une des règles alimentaires du judaïsme trouve d’ailleurs son origine dans cela. « Tu ne mangeras pas un animal avec son sang, c’est à dire avec sa vie ». Cette règle vient rappeler que malgré cette nécessité de tuer pour manger, nous ne sommes pas propriétaires des vies desquelles nous nous nourrissons. En s’abstenant du sang, les juifs refusent de réduire l’animal qu’ils mangent au steak qui est dans leur assiette.
    Or, Jésus ne se contente pas d’affirmer qu’il est le pain de vie, l’image serait relativement douce : il est question de manger - et même de mâcher, suivant son propre terme - sa chair et de boire son sang. Bien sûr, sauf à vouloir tourner le christianisme en dérision personne n’irait prendre cela comme un appel à l’anthropophagie et les disciples ne se sont pas jetés sur Jésus pour le dévorer. Mais l’image n’en est pas moins radicale. Le don de Jésus est un don complet. Pour que Jésus soit vraiment notre nourriture, il faut qu’il soit détruit. Et c’est sur la croix qu’il s’offre à nous, et qu’il se donne totalement ! Ici, pas question de s’abstenir du sang pour se rappeler que nous ne sommes pas possesseurs de cette vie. Si, cette vie nous est donnée. Il convient de bien rappeler que Jean souligne suffisamment largement l’identité du Père et du Fils pour que nous comprenions qu’il ne réclame pas une victime innocente mais nous invite à nous nourrir de sa propre vie.
C’est la le deuxième scandale : en Jésus Christ, notre Dieu nous nourrit de lui-même, au prix de sa vie.

    Troisième réalité de la nourriture : nous assimilons ce que nous mangeons. Mais cette assimilation se fait dans les deux sens, nous devenons ce que nous mangeons. Bien sûr le végétarien ne devient pas végétal et à part dans Charlie et la chocolaterie, nul n’a encore jamais rencontré de gourmand fait de confiseries. Mais nous savons bien que ce que nous absorbons a des effets considérables sur notre organisme. Et on n’a pas attendu la médecine moderne pour s’en apercevoir, c’est ce qu’affirmait déjà, à sa manière, la loi de Moïse dans ses prescriptions alimentaires : manger un animal impur, c’est se rendre impur.
    Eh bien Jésus tourne ce risque en promesse : manger le pain vivant qui vit par le Père, lui-même étant LE vivant, c’est vivre à son tour. Pour que Jésus soit vraiment notre nourriture, il faut qu’il nous transforme. Or, nourrit de lui, nous sortons de notre mort, c'est-à-dire de notre rébellion contre Dieu, de notre volonté d’être Dieu et nous entrons dans sa vie qui est obéissance. « Ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi écrit l’apôtre Paul. Et c’est là la vie éternelle que nous recevons du Christ. Non pas seulement la promesse d’une résurrection à l’heure dernière mais, dès à présent, une victoire contre toutes les formes de la mort. Christ vit en nous et c’est par lui que nous vivons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous croyons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous espérons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous aimons.
Ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. C’est bien la le troisième scandale : nourri de Jésus Christ, je perds ma précieuse indépendance, j’accepte qu’un autre soit mon maître, mon Seigneur.

Frères et sœurs, ces trois scandales forment une promesse : nous ne sommes pas livrés à nous même, dépendants de nos pauvres forces : nous vivons de l’amour de Dieu, un amour si grand qu’il a tout donnée pour nous, qu’il s’est donné lui-même, un amour si fort qu’il nous transforme à son image. Frères et sœur, ce pain qui nous nourrit, c’est Jésus, le Christ : c’est par lui que dès à présent nous vivons. Alors ne vivons pas de notre mort, de notre néant, de nos refus, mais vivons pleinement de son « oui ».

Amen et bon appetit

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