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Ce que l'Esprit dit aux Eglises (7) L'ardeur et la lucidité

24 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 12 juillet 2009
Apocalypse III, 14 à 22
Matthieu V, 21 à 32 et VII, 1 à 5

Laodicée et Hiérapolis sont, nous dit Paul, deux Eglises sœurs. Dès lors, il est impossible de ne pas penser aux sources thermales de Hiérapolis, aujourd'hui Pamukkale en lisant cette lettre à la tiède communauté de Laodicée, impossible de ne pas voir une allusion aux richesses de cette ville qui était déjà, et à juste titre, un haut lieu touristique, impossible de ne pas entendre l'ironie de cette accusation de cécité conte ce lieu de soin dont les collyres et onguents étaient réputés.
Pourtant, que celui qui a des oreilles entende ce que l'esprit dit aux Eglises, il serait dommage de réserver ce message à la Laodicée du II° siècle et de ne pas entendre ce que ce texte nous dit sur l'engagement.

Parce que tu es tiède, je vais te vomir de ma bouche ». Voilà la source d'une phrase incantatoire de tous les zélotes, des intégristes de tout poil : « Dieu vomit les tièdes ».
Certes, mais après avoir évité le danger d'une lecture trop réductrice, ne tombons pas dans l'excès de la généralisation. La lettre à l'Eglise de Laodicée s'adresse à une communauté chrétienne et, à travers elle, à toutes les communautés chrétiennes et à tous les chrétiens. C'est déjà pas mal mais cela ne suffit pas à l'appliquer à toutes les causes, à tous les militantismes. Les seuls tièdes que Dieu vomit ou, plus précisément, qu'il reprend et châtie, ce sont les chrétiens tièdes. La seule cause pour laquelle il nous demande d'être bouillant, radicaux, c'est le christianisme ou plutôt l'Evangile.
En effet, Christ s'adresse à Laodicée comme le témoin fidèle et véritable, l'amen c'est-à-dire la vérité sur laquelle se fonde toute chose. On ne peut donc pas biaiser avec cette vérité, ni la morceler, ni l'édulcorer. Il faut prendre le message évangélique en entier, radicalement, sans chercher à l'adapter ni à le rendre plus acceptable.
Quel est-il ce message : on peut le trouver très résumé dans la lettre à Laodicée tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille de m'acheter de l'or purifié par le feu, afin que tu deviennes riche, des vêtements blancs, afin que tu sois habillé et que la honte de ta nudité ne devienne pas manifeste, et un collyre pour t'en oindre les yeux, afin que tu voies.
Tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu. C'est sans doute ce diagnostic qui fait partie de ce que nous aimerions le plus édulcorer dans la Bonne Nouvelle, les histoires de résurrection, de Dieu fait homme et de miracles sont finalement bien moins gênantes que cette image très négative de l'humain. En effet, c'est bien cette image négative de l'humain que le christianisme a au fil des siècles cherchés à gommer, oubliant que bibliquement c'est l'homme d'avant la chute qui est à l'image de Dieu. Et aujourd'hui on voit réapparaître cette tendance à l'humanisme même dans le protestantisme. Rien de très surprenant à cela, ce qui fait que l'homme est pauvre, aveugle et nu, c'est précisément qu'il refuse de se voir tel qu'il est, qu'il veut toujours compter sur ses propres forces, sur sa propre justice. La première faiblesse de l'homme, aussi scrupuleusement religieux soit-il, c'est d'être un hypocrite, au sens biblique du terme, c'est-à-dire d'être dupe du masque qu'il porte. si je m'occupe tant de la paille dans l'oeil de mon voisin, c'est bien que je suis incapable de voir la poutre qui est dans le mien, incapable de reconnaître que le péché n'est pas seulement dans mon faire mais bien au plus profond de mon être. C'est pourtant ce que le sermon sur la montagne nous dit : quiconque se met en colère a déjà commis un meurtre, quiconque regarde une femme avec désir a déjà commis l'adultère, le péché est déjà dans notre cœur bien avant que nous commettions l'acte et donc nul ne peut se prévaloir de sa justice aux yeux de Dieu. Bien sûr qu'au regard de l'homme, la pensée est moins grave que le faire, mais il n'en va pas de même pour Dieu qui sonde les cœurs. Or c'est Dieu et non pas l'homme qui est véridique.

Pourtant, ce diagnostic « tu es pauvres aveugle et nu » n'est pas un nihilisme, il ne met pas fin à toute espérance
En Dieu, se trouve les remèdes dont nous avons besoin : le collyre qui nous guérit de notre cécité. Nous venons de nous attarder longuement dessus : c'est pour notre bien que l'Evangile vient nous ouvrir les yeux sur nous mêmes, c'est pour que nous cessions de nous croire revêtu de ces pauvres feuilles de figuier que sont nos capacité et qu'enfin, nous nous tournions vers Dieu qui, seul, nous recouvre d'un vrai vêtement. Quant à l'or éprouvé par le feu, c'est la seule véritable richesse que nous puissions avoir. En effet, la Bible ne cesse de nous avertir de ne pas placer notre richesse dans ce qui est périssable, dans ce qui peut disparaître à tut moment. Alors quelle est cette valeur sûre, cet or qui a déjà été éprouvé ? C'est l'amour de Dieu pour nous, et cet amour a été mis à l'épreuve : nous l'avons refusé, nous l'avons rejeté, nous l'avons trahis. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour que Dieu ne nous aime plus, et pourtant, il nous a maintenu son amour. Dès lors, nous sommes assurés que cette valeur là ne s'effondrera pas.
Mais comment acheter ce collyre, ce vêtement et cet or ? Comment pourions nous acheter l'amour de Dieu ? En fait, je crois que le terme "acheter" nous indique qu'il y a un prix. Le prix, c'est le collyre qui nous le fait payer : vivre de l'amour de Dieu c'est abdiquer notre orgueil, c'est reconnaître que nous sommee pauvres, aveugles et nus et cela nous coûte en effet.

L'engagement chrétien est donc de placer toute notre espérance, toute notre confiance dans le salut qui nous est offert en Jésus Christ, de savoir que nous ne pouvons compter que sur cela. Dès lors,que reste-il de nos autres engagements ? Pas grand chose sinon une liberté immense pourvu que chacun de nos engagements soit assujeti à cette confiance absolue en l'amour de Dieu..
En effet, il est tout à fait légitime que les chrétiens s'impliquent dans des causes, qu'ils soient militants et nombreuses sont les causes dans lesquelles nous sommes appelés à nous impliquer au nom de notre foi.
Seulement nous devons nous garder de faire de ces causes des idoles, nous devons garder là peut-être une certaine tiédeur. Par tiédeur, je ne veux pas dire une désinvolture, ou un désengagement mais plutôt que quelle que soit la cause, nous devons nous rappeler que là n'est pas notre salut, que tout ne dépend pas de nous.
Et nous devons nous rappeler que nous sommes pauvres, aveugles et nus, que nous ne détenons pas la vérité ultime et que donc aucun de nos choix, aucun de nos engagements ne seront jamais impeccables, irréprochables. Il y a toujours du pour et du contre, les choses sont toujours complexes. Mais cela ne signifie pas que nous devions nous contenter d'être des abstentionnistes sarcastiques, un ricanement voltairien toujours au lèvre. Non. Nous devons nous engager sérieusement, c'est-à-dire avec lucidité. Confiants en l'amour de Dieu nous pouvons nous engager à fond, justement parce que, contrairement à la plupart des militants, nous pouvons nous accorder le luxe de la franchise sur notre cause et sur nous même "non, ma cause n'est pas sans soulever de question, non, je ne suis pas un pur de dur, serviteur irréprochable mais parce que le salut du monde est dans les mains du Témoin fidèle et véritable, je peux aller là où il m'appelle"

Frères et soeurs, quels que soient nos engagements et nos combats, que nos yeux soient ouverts et que nous découvrions sans cesse que tout tient d'abord à l'amour dont nous sommes aimés

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