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Le silence de Celui qui demeure dans le buisson

6 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 6 septembre 2009

Deutéronome XXXIII, 13 à 17

Matthieu X, 26 à 31

Exode II : 23 à III, 10

 

C’est un épisode bien connu que celui du buisson ardent, peut-être à ce sujet tout a-t-il été dit. Peut-être aussi y aurait-il tant à dire qu’une seule prédication n’y suffirait pas. Ce matin je voudrai m’en tenir à une question et à une affirmation.

 

Leur appel monta vers Dieu du fond de la servitude. Dieu entendit leur plainte : Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu se rendit compte.

Je range ces deux versets parmi les plus scandaleux de la Bible…

Alors il faut une génération pour que Dieu se souvienne de son alliance, une génération d’esclavage, de souffrance, de génocide, une génération de cris pour que le potentat installé sur son trône de gloire daigne enfin baisser les yeux vers le monde qu’il a créé et qui n’en peut plus. « Ah oui, tiens ? J’avais passé une alliance »

Au-delà de l’exagération bouffonne, ce texte pose la question cruciale du silence de Dieu. Non seulement Dieu se cache mais Il se tait.

Cette question du silence de Dieu suscite de nombreuses réponses.

Tout d’abord le déni. « Bien sûr que non Dieu ne se tait pas, moi je l’entends toujours » Très bien, tant mieux pour vous. Moi pas. Et j’avoue que je me demande à quel point entendre Dieu toujours, ne jamais se heurter au silence de Dieu, ce n’est pas être dans le mensonge. Pas forcément le mensonge conscient : il arrive que l’on se mente à soi-même, que l’on se berce d’illusion.

Autre forme du déni, un peu plus subtile : Dieu n’est pas silencieux, c’est nous qui sommes sourds. Cela arrive, souvent même, que nous ne sachions pas entendre ni voir la présence de Dieu auprès de nous, que nous restions sourds à sa voix. Mais ce n’est pas toujours le cas. Inutile de nous culpabiliser, de régler notre sonotone. La Bible nous le dit : parfois c’est bien Dieu qui se tait.

Après le déni, viennent les explications

Si Dieu se tait, c’est pour nous punir. Celle là est assez classique et c’est vrai qu’il y a de nombreux passages dans la Bible où Dieu se détourne de son peuple parce que celui-ci s’est détourné de lui. Mais ici, à aucun moment il n’est dit que ‘esclavage du peuple en Egypte n’est dû à son péché.

Dernière explication, très à la mode depuis un siècle ou deux, Dieu se tait pour laisser l’homme libre. Celle-ci est devenue tellement évidente qu’il n’est peut-être même pas besoin de la mentionner. Le silence de Dieu laisse une place à la parole humaine, si Dieu se cache c’est pour nous laisser libre d’être nous-mêmes. C’est si simple. Inutile de détailler, il suffit de le redire : « c’est pour laisser l’homme libre que Dieu se tait ». Encore une fois « c’est pour lui laisser sa liberté que Dieu laisse son peuple dans l’esclavage du pays d’Egypte » Ah ! Là ça devient beaucoup moins évident…

Pardonnez moi cette ironie un peu provocatrice, mais cette notion humaniste du Dieu qui se retire pour nous laisser libre m’horripile tant elle est à l’opposé du message biblique. Dieu ne nous laisse pas libre en se taisant, il nous libère en parlant. Le silence de Dieu, son absence sont notre esclavage, sa Parole et sa présence sont notre liberté. C’est tout l’enseignement de la Bible de l’Exode aux évangiles.

Alors comment expliquer ce silence de Dieu ? Calvin ose une réponse que j’aime bien intellectuellement parlant : « Dieu se tait pour pousser l’homme à prier. » Mais si j’aime bien cette réponse, si je ne puis qu’admirer l’indéracinable foi de Calvin en un Dieu qui contrôle tout pour notre plus grand bien, je dois bien avouer que je ne parviens pas à une telle confiance. Le silence de Dieu face à la souffrance de l’homme reste pour moi une blessure et un mystère.

Comment réagir face à ce mystère ? Je compte trois grands types de réaction, le reniement, la résignation et le refus.

La réaction la plus courante, c’est le renoncement ou plutôt le reniement : puisque Dieu se tait c’est qu’il n’existe pas. Il faut bien reconnaître que le silence de Dieu donne un argument de poids à l’athéisme et à l’agnosticisme. Ce silence incompréhensible de la part d’un Dieu aimant et puissant ne signifierait-il pas tout simplement que ce Dieu n’existe pas ?

Parmi les chrétiens, on assiste souvent à une autre réaction, celle de la résignation ou du renoncement. Dieu se tait eh bien souffrons en silence, nous aussi. Qui sommes nous pour contester la volonté du Très Haut ? Cette réaction est tout empreinte de respect et de reconnaissance de la souveraineté absolue de Dieu. Pourtant, je la crois tout à fait dépourvue de foi, c'est-à-dire de confiance. En effet, si cette résignation est pleine d’une crainte respectueuse, elle ne manifeste un manque de confiance complet en la promesse de Dieu.
C’est pourquoi je crois que la seule attitude vraiment croyante face au silence de Dieu, celle qui est manifestée par Israël, c’est le refus. Non, Dieu n’a pas le droit de se taire et face à son silence, le croyant est celui qui crie, qui prie son refus.

Mais au nom de quoi protesterions-nous contre Dieu ? Au nom de notre confort, de notre volonté ? Nous poserions nous comme des magiciens au-dessus de Dieu, le soumettant à nos désirs et à notre vision des choses ? Bien sûr que non. Si nous pouvons refuser le silence de Dieu c’est au nom de la confiance que nous avons en lui, au nom de sa promesse.

 

En effet, nous ne croyons pas seulement en Dieu souverain de la terre et du ciel, nous croyons au Dieu de l’alliance, au Dieu qui demeure dans le buisson, au Dieu de Jésus le Christ.

En effet, c’est du milieu du buisson d’épine que parle de Dieu. Pourquoi un buisson d’épine, après tout, une flamme s’élevant de nulle part ça aurait été largement suffisant pour attirer l’attention de Moïse. Certains rabbins y ont vu l’affirmation que Dieu est vraiment partout. On peut même aller plus loin. Le buisson d’épine m’évoque l’esclavage, c’est du cœur d’une prison que Dieu s’adresse à celui à qui il va demander de libérer son peuple. Pourquoi au coeur d’une prison ? Par solidarité étroite avec son peuple qui souffre. Dieu prit conscience traduit la TOB, mais l’hébreux dit Dieu connut, et on retrouve ce même verbe connaître dans la bouche même de Dieu : « je connais ses souffrances ». Or, vous le savez, le verbe connaître désigne bien plus qu’une simple connaissance intellectuelle. Connaître, c’est le verbe qui désigne notamment l’union conjugale, une étroite solidarité, une profonde compassion, une communion.

On retrouve cette idée dans la bouche de Jésus Christ, « pas un moineau ne tombe sans votre Père ». On comprend souvent cette phrase comme « sans la volonté de votre Père ». Mais l’affirmation de Jésus va bien plus loin, il nous révèle un Dieu qui se rend solidaire de sa création dans ses moindres aspects, un Dieu qui tombe avec les moineaux. C’est bien de ce Dieu-là dont nous pouvons refuser le silence.

 

Mon frère, ma sœur quand le silence de Dieu pèse sur ta vie, quand tu es épuisé à force de tendre l’oreille, ne désespère pas de ta foi, un peuple croyant a fait la même expérience. Humblement, refuse ce silence, crie vers ce Dieu qui se tait mais qui est là au cœur de l’enchevêtrement de ta vie. Crie pour que le Dieu qui tombe avec les moineaux te fassent sentir combien il est à tes côtés

 

Amen

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Anne-Françoise 06/09/2009 20:01

Salut Eric! Je suis venue faire un petit tourça me fait penser à la phrase "Dieu n'existe pas", visible tout au début de "L'île aux fleurs", je suppose que tu connais ce documentaire. Entre le Leibniz de la Théodicée et le Voltaire de Candide, voici une nouvelle réponse, ma foi (!),  intéressante, au vieux pb de la coexistence du mal et de Dieu... Mais que faisons-nous exactement quand nous "engueulons" Dieu? N'est-ce pas à une part inconsciente de nous-mêmes que nous nous adressons, en fait ? Je me pose la question.En tout cas, ton texte (ou homélie, ou prédication?) est très beau! Y a deux ou trois petites coquilles, mais bon... ;-)

Eric George 08/09/2009 10:32


C'est gentil de faire un tour...
En fait, dans mon expérience de foi, je dirais que le dieu que j'engueule et qui est effectivement une projection (peut-être l'expression de notre tendance naturelle à la religiosité) n'est pas le
même que le Dieu vers lequel je crie.