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Jésus sans la croix ?

26 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

J’ai écrit récemment tout le bien que je pensais de Penser la foi, tout en précisant que c’était aussi « un livre avec lequel on est content de tomber en désaccord »

Voilà typiquement le genre de passage avec lesquels je suis en désaccord complet.

 

Quelques libéraux pensent que la crucifixion de Jésus s’explique par des circonstances purement accidentelles. Si les autorités juives et romaines n’avaient pas exécuté Jésus, il serait quand même le sauveur, le fils de Dieu. Certes, plusieurs passages du Nouveau Testament parlent de la mort de Jésus comme d’un « sacrifice de bonne odeur » offert à Dieu (expression horrible) ; ils la présentent comme le prix à payer afin de nous racheter et de nous libérer. En fait, ces textes utilisent des images qu’explique et éclaire le contexte du 1er siècle. Il s’agit de paraboles qu’on a tort de prendre au pied de la lettre. Celle du prix payé convient bien dans un monde où le marché des esclaves était une réalité quotidienne et banale, où l’on faisait commerce avec des vies humaines et où la liberté s’achetait. Celle de la victime tuée sur un autel avait une pertinence à une époque où, partout et tout le temps, on sacrifiait à des divinités pour obtenir leur indulgence et leur faveur. Les auteurs humains du Nouveau Testament ont utilisé les figures et illustrations qui correspondaient aux coutumes et à la culture de leur temps. Par contre, elle conviennent mal aux nôtres et nous cachent l’essentiel, à savoir que Jésus agit et nous sauve essentiellement par sa parole.

Dans cette perspective, l’américain John Cobb a écrit sur Jésus un beau livre où il étudie longuement son œuvre et sa prédication, mais où il ne consacre que quelques lignes à sa mort. Selon lui, même si Jésus n’avait pas été crucifié, il aurait cependant été le Christ, le messie, le sauveur par l’exemple qu’il donne et le message qu’il proclame : il n’en annoncerait pas moins la résurrection  et apporterait tout autant la vie éternelle.

Leur message, Jésus et ses disciples l’ont formulé dans le langage et les catégories de pensée qui sont celles de leur temps  et qui ne correspondent plus à notre époque. Il importe de l’adapter, de l’actualiser (…), formuler le message de Jésus dans un langage laïc et développer une morale et une spiritualité à la fois fidèle à l’évangile et ouverte sur le monde contemporain. (…) Écouter Jésus signifie le suivre, lui obéir.

Je m'offre donc un petit droit de réponse... 

Je n’ai pas lu le livre de Cobb (il manque d’ailleurs une bibliographie dans Penser la foi) mais l’affirmation Jésus agit et nous sauve essentiellement par sa parole me paraît gratuite et incompatible avec un point essentiel du protestantisme.

Gratuite parce que, même sans avoir une lecture fondamentaliste des Écritures, nous recevons tout de même celles-ci comme témoignages premiers de notre foi. Or, tous les écrits du Nouveau Testament placent la mort de Jésus sur la croix au centre de leur théologie me semble-t-il. Et, à ma connaissance, le seul texte qui permettrait de faire de la crucifixion, un accident et la parabole des vigneron assassins (Matthieu XXI, 33 à 40).

De plus, c’est évidemment discutable mais je ne suis pas certain qu’amputé de l’incarnation (Dieu se fait homme) et de la crucifixion,  la prédication de Jésus soit si nouvelle que cela. Aime ton prochain comme toi-même vient de l’Ancien Testament, la priorité de l’humain sur la loi également et « le Royaume est proche » n’est pas non plus d’une originalité folle. Bref, affirmer que l’essentiel c’est la prédication de Jésus me paraît nécessiter de mettre une bonne partie du Nouveau Testament de côté.

Incompatible avec un point important du protestantisme parce que si Jésus est sauveur par un message auquel il faut obéir et un exemple qu’il faut suivre alors autant dire tout de suite que nous ne sommes plus sauvés par la grâce mais bien par les œuvres… Et ça, c’est exactement ce que je pointe lorsque j’accuse certains libéraux de trop pencher ver l’humanisme…

 

Mais affirmer l’importance de la croix ne signifie pas pour moi renouer avec l’image d’un Dieu sanguinaire qui aurait besoin d’un sacrifice sanglant pour épargner l’humanité et accepterait le sacrifice de son propre fils. Pour moi, la croix est l’aboutissement « logique » de l’incarnation. L’homme se révèle incapable de franchir par lui-même le fossé qui le sépare de Dieu et du coup Dieu décide de rejoindre l’homme en franchissant lui même la distance. Il décide de se faire homme et d’aller jusqu’au bout de cette humanité. Et pour aller jusqu’au bout de cet abaissement, Il va mourir de la mort la plus infâme et la plus injuste, celle de l’innocent supplicié. Ce n’est donc pas au sens expiatoire qu’il faut entendre le sacrifice de Jésus mais au sens de don de soi. Et mon salut, notre salut réside dans cet événement : sans rien attendre en retour, Dieu s’est donné lui-même pour anéantir ce qui nous séparait. Parce qu’Il est mort, je sais que même ma mortalité ne me sépare plus de lui, parce qu’Il a crié « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné », je sais que même mon sentiment d’abandon le plus profond, même mon angoisse la plus douloureuse en me séparent pas de Lui.

Encore une fois, j’encourage la lecture du livre de Gounelle mais décidément, je ne suis pas près de faire l’impasse sur la croix…

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