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Un silence gênant

22 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

 


Cette dernière vidéo de la série "pasteur, pourquoi pas toi ?" me gène terriblement. Non pas à cause de ce qui y est dit mais à cause de ce qui y est passé sous silence. Le pasteur est un homme ou une femme de la rencontre, c'est un interprète de l'Ecriture, un catéchète, une figure publique. Soit.

Mais comment se fait-il que dans ce portrait le pasteur paraisse aussi seul face à la communauté ? Où donc est passé son interlocutaire et partenaire régulier : le conseil presbytéral ?

Pour les non initiés aux structures de notre Eglise Réformée de France, le conseil presbytéral c'est cette équipe élue par la paroisse et dont le rôle est, d'après la discipline "de gouverner l'Eglise locale" et d'après notre liturgie de "porter la spirituelle et matérielle de la communauté", bref d'être le partenaire privilégié du pasteur dans son ministère

Le CP n'est peut-être pas le quotidien du pasteur mais c'est sûrement son « hebdomadaire », et de toute façon son mensuel.

Le fait qu'il soit omis dans ce clip fait désagréablement écho avec  ce que j'ai ressenti, a posteriori, comme une lacune de ma formation : l'absence de préparation au travail avec le C.P. sur un autre mode que "faire valoir les droits du ministre". J'espérai qu'en 15 ans, les choses auraient changé (c’était une époque de transition,  de transformation du ministère pastoral, je crois), mais cette vidéo m'inquiète. D'autant qu'elle s'adresse à des jeunes qui pour la plupart ne connaissent pas les rouages de notre Eglise. C'est dommage de parler du quotidien du ministre sans évoquer ce partenariat, ce travail d’équipe parfois frustrant ou éprouvant mais si souvent enrichissant et stimulant.

Ma situation de privilégié (j’ai travaillé avec trois conseils et j’ai aimé travaillé, parfois me battre, avec les trois) ne me fait pas tomber dans l’angélisme, je sais bien qu’il y a des conseils presbytéraux difficiles, voire pénibles. Mais bon, c’est vrai aussi des pasteurs me suis-je laissé dire. De l’inconvénient d’une Eglise faite de pâte humaine…

Et puis perdre de vue le conseil, c’est, fatalement, perdre de vue un aspect important du rôle du pasteur : le ministère de l’union. Plus encore que la formation théologique, c’est sa situation de représentant de l’Eglise nationale, qui distingue le pasteur du reste du conseil presbytéral (je ne l’ai pas dit ? le pasteur est membre de droit du CP) Rappeler que l’Eglise est plus vaste que la communauté locale, et parfois aussi, rappeler à l’Eglise nationale, l’existence de la communauté locale, sa spécificité, c’est aussi, me semble-t-il le ministère du pasteur.

Or je ne crois pas qu’un ministère pastoral puisse être un ministère heureux s’il se vit sans, voire contre, le conseil presbytéral ou sans, voire contre, l’Eglise. Etre pasteur, ce n'est pas être seul à la rencontre des autres.

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Wolfram 23/09/2009 12:25


"Le CP a la pleine responsabilité pastorale, qu'il exerce en commun avec le pasteur." C'est à peu près en ces mots que l'exprimait, il y a peu, Marc Labarthe, président du Conseil Régional EST. Je
ne sais pas pourquoi cette dimension a été écartée dans le film. Pour que la consternation ne déborde pas si le CP ne remplit pas son rôle ? Ou simplement parce que dans ce film on parle des
pasteurs, pas des autres qui portent leurs responsabilités ? Il est difficile d'être conseiller presbytéral. Il est encore plus lourd d'en être le président : on reçoit tout à la figure, on doit
porter toute la responsabilité avant de pouvoir (éventuellement) la déléguer aux autres conseillers, on tourne en rond... c'est un travail qui demande son homme ou sa femme, à plein temps souvent.
Et ce, sans la reconnaissance que rencontre, malgré tout, le pasteur - parce qu'il est le pasteur. En même temps, il ne faut pas oublier : dans les multiples actes relationnels que nous
accomplissons tous les jours, le CP n'est pas à nos côtés. Il protège nos arrières, soit, mais la face que rencontrent les autres, c'est nous. Et je crois que les témoignages dans le film voulaient
en parler : j'ai entendu "c'est un ministère public, de quelque façon". Ah que oui... (Et quand parlera-t-on du ministère des membres de famille du pasteur ? ;))


Eric George 24/09/2009 07:41


J'aime bien la citation de Marc Labarthe, je m'en étais tenu à la Discipline et la liturgie pour rester consensuel... En fait, que la vidéo n'explique pas toute la responsabilité du CP, je
comprends très bien. Mais je me demande ce qu'on dirait d'une vidéo parlant du Conseil presbytéral sans jamais évoquer le pasteur. Moi, je trouverais ça dommage aussi.
Bref, je crains que ce silence soit symptomatique, sinon d'un certain cléricalisme, au moins d'un individualisme certain.

Quant au ministère des membres de la famille du pasteur, euh, un ministère ça doit être librement consenti, non ? ;)