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Je suis, tu dois, tu peux

2 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 20 septembre 2009

Exode III 11 à IV, 18

Matthieu X, 1 à 20

Galates II, 16 à 21

 

Et voici Moïse face à sa mission. Et voici que face à cette mission, ce vaillant Moïse que l'on se représente toujours sous les traits du colosse de Michel-Ange ou, au moins, sous les traits de Charlton Heston, selon que l'on fréquente plus les livres d'art ou les salles obscures, se comporte comme un enfant à qui l'on demanderait un service : « je sais pas, je peux pas, je veux pas »

Bien sûr, je suis sévère avec ce malheureux Moïse dont la tâche est effectivement écrasante et effrayante. J'exagère d'autant plus que les objections de Moïse sont bien les nôtres face à l'appel qui nous est adressé, un appel sans doute bien moins lourd que celui qui opposera Moïse à Pharaon.

 

Je laisse de côté, pour le moment, la première objection qui constitue le nœud de tout ce débat, et je m'attaque à la deuxième : « ils ne me croiront pas. »

Ah ! Si seulement nous avions des preuves, des démonstrations percutantes pour appuyer cette bonne nouvelle que nous annonçons, pour prouver ce Dieu libérateur. Comme nous serions plus efficaces !

Et revient comme toujours la question des miracles, des signes, des prodiges, que nous aimerions voir mais plus encore pouvoir accomplir pour prouver le bien-fondé de nos dires. Pourtant, si vous allez voir la suite des aventures de Moïse, ces prodiges qui lui sont donnés d'accomplir ne prouveront rien face au peuple puisque le peuple qui verra les signes puis les plaies d'Egypte continuera à douter. Il en va de même pour Pharaon : devant tous ces prodiges, Pharaon ne croira pas. Déjà, l'Exode nous rappelle cette leçon sur le miracle, le prodige : il ne suscite pas la foi, en fait, il n'est signe, c'est-à-dire il n'a de sens que pour celui qui croit déjà.

En fait, ce qui est flagrant, c'est que les signes qui sont donnés à Moïse ne lui serviront à rien devant le peuple (qui doutera àla première aniccroche) ni devant Pharaon (qui n'y croira pas). Ils ne servent pas non plus à augmenter la foi de Moïse en ce Dieu qui lui parle (le buisson ardent est largement suffisant). En fait, ces prodiges donnés à Moïse me rappellent un classique dont j'ai vu le dernier avatar dans Harry Potter : on donne à un personnage une potion ou un talisman qui lui permettra de réussir tout ce qu'il entreprendra. Une fois que le succès est au rendez-vous, il apparaît que la potion n'était que de l'eau, que le talisman n'était qu'un bibelot, rien qu'une mise en scène pour donner du courage. Eh bien voilà, le rôle du miracle ici, il n'accomplit rien, il ne prouve rien sinon que Dieu entend les craintes de Moïse et accepte d'en tenir compte. Tout comme Jésus acceptera, plus tard de tenir compte des craintes de Thomas.

 

         La réponse à la troisième objection "je ne sais pas parler" est un véritable gag à la Mel Brook. "Qui a fait la bouche de l'homme? Et qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle? N'est-ce pas moi, l'Éternel?". Et on imagine volontiers le grondement du tonnerre dans la voix de Dieu. Et tout ça pour aboutir à "Ton frère Aaron parlera pour toi". C'est vraiment la montagne qui accouche d'une souris : cette solution, moi qui n'ai pas donné à l'homme sa bouche, j'aurais pu la proposer aussi... Mais le décalage n'est pas seulement drôle, il est aussi significatif : bien plus que par des prodiges, Dieu nous soutient par des moyens humains. Moïse n'est envoyé seul, pas plus que les apôtres, pas plus que nous ne le sommes. Dieu nous donne des frères et des soeurs pour nous aider, nous assister. Cette assistance nous est souvent précieuse, parfois pénible aussi parce qu’elle nous empêche de nous camper seul contre tous en évoquant le Saint Esprit comme prétexte à notre volonté, mais elle nous est toujours nécessaire.

 

Par le prodige qui rassure, par le support humain qui assiste, Dieu répond aux objections pratiques de Moïse. Mais l'objection fondamentale, essentielle de Moïse, c'est son premier cri : "qui suis-je pour parler à Pharaon". Et cette objection première est bien toujours la notre : "qui suis-je ?" "Qui suis-je pour annoncer la bonne nouvelle ?" "Qui suis-je pour témoigner de Jésus Christ ?" "Qui suis-je pour aimer mon prochain ?" "Moi, je ne suis pas assez croyant" "Moi, je ne suis pas assez malin" "Moi, je ne suis pas assez bon" C'est curieux comme notre humilité pourtant réelle et sincère, s'exprime en "moi je"...

Eh oui ! Ce que nous opposons à l'appel de Dieu, c'est notre indignité, notre incapacité, mais en fait, c'est nous-même.

Et à ce "qui suis-je?" de Moïse, Dieu oppose son nom : "Je suis". Là où nous demandons "Qui suis-je ?", Dieu répond "C'est moi qui suis".  Alors que nous ne sommes pas, que nous ne voulons pas être, que nous ne parvenons pas à être, Dieu est. C'est ce que Moïse découvre au buisson ardent, c'est ce que Paul s'écriera bien plus tard : "ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi!".

 

Frères et soeurs, Dieu nous appelle à participer à son oeuvre, une oeuvre de vie et de libération. Il est normal que nos faiblesses nous effrayent et nous fassent reculer, mais ces obstacles, ce qui nous empêche d’être, ne comptent plus parce que Dieu est, pour nous.

 

Amen

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